81 000 spectateurs, un Philippe-Chatrier plein pour le week-end des finales, un parcours historique de Thomas Leygue et une finale masculine conclue au tie-break du troisième set : l’Alpine Paris Major 2026 a franchi un nouveau cap. Quelques minutes après la finale, Arnaud Di Pasquale, directeur du tournoi, a dressé pour Padel Magazine le bilan de cette cinquième édition. Rentabilité, développement du Padel Festival, fréquentation en semaine, place des Français ou encore éventuelle évolution du format des finales : il se projette déjà vers la suite.

« On est sur des finales de Grand Chelem »

La dernière image de cette édition 2026 aura sans doute beaucoup compté. Agustín Tapia et Arturo Coello ont remporté leur quatrième Paris Major consécutif en dominant Federico Chingotto et Alejandro Galán 6/3 4/6 7/6(1), après avoir été menés 5-2 dans la manche décisive. Un scénario à suspense qui a offert au tournoi la conclusion espérée.

Pour Arnaud Di Pasquale, cette finale illustre la dimension désormais prise par le rendez-vous parisien.

« On est sur des finales de Grand Chelem. »

Le directeur du tournoi insiste notamment sur l’image d’un Philippe-Chatrier plein et sur une demande qui s’est manifestée plus tôt que lors des précédentes éditions.

« On savait qu’on était à un virage. Là, on en est sortis. C’est fantastique de voir ça. Cette attractivité, que ce soit au niveau des spectateurs ou des partenaires, elle se ressent de plus en plus d’année en année. »

Le constat s’appuie sur un chiffre désormais officiel : 81 000 spectateurs ont fréquenté l’Alpine Paris Major 2026, un record pour l’épreuve. Premier Padel a confirmé cette fréquentation à l’issue du tournoi.

Le Paris Major est sorti de la « zone rouge »

Au-delà de la fréquentation, Arnaud Di Pasquale confirme surtout une évolution importante sur le plan économique.

Interrogé sur la capacité du tournoi à ne plus perdre d’argent après plusieurs années d’investissement, il répond :

« On peut le dire. […] Sortir de la zone rouge est important. »

Une étape symbolique pour un tournoi lancé en 2022, à une époque où l’installation du padel à Roland-Garros constituait encore un pari.

« Quand on décide de se lancer dans cette aventure complètement folle […] on était peu nombreux, mais on y a cru très fort. Et cinq ans plus tard, le chemin parcouru, il est fou. »

Pour Di Pasquale, la progression ne tient pas uniquement à l’augmentation du nombre de spectateurs. Le tournoi a progressivement construit sa propre identité, autour du Philippe-Chatrier mais également des animations, du Garden Padel et désormais du Padel Festival.

« On a mis aussi du temps, je pense, à trouver la bonne formule. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on y est. »

PARIS MAJOR : RECORD, RENTABILITÉ, AMBITIONS… ARNAUD DI PASQUALE FAIT LE BILAN

Le prochain défi : remplir davantage Roland-Garros dès le jeudi et le vendredi

Le week-end n’est donc plus le principal problème. L’objectif est maintenant de faire progresser la fréquentation plus tôt dans la semaine.

« Maintenant, on va avoir des objectifs d’aller encore plus loin, d’avoir plus de monde le vendredi, d’avoir plus de monde le jeudi, d’avoir plus de monde le mercredi. Il faut que ça ruisselle. »

Arnaud Di Pasquale fixe même un premier cap :

« La prochaine étape, c’est de remplir le vendredi, c’est d’avoir plus de 10 000 personnes le jeudi. »

Pour y parvenir, l’organisation envisage notamment de développer davantage la logique after-work. Le constat est pragmatique : le padel français n’a pas encore atteint un niveau de maturité permettant de remplir Roland-Garros en pleine journée au début de la semaine.

« Aujourd’hui, je ne crois pas qu’on soit assez mûrs en France pour prendre une journée et venir voir du padel au Stade Roland. […] Peut-être dans 5, 10, 15 ans. »

Le Padel Festival devrait revenir

Autre chantier identifié : le Padel Festival, lancé pour la première fois en ouverture du tournoi.

Pour Di Pasquale, cette journée dépasse la seule logique événementielle. Elle doit servir de porte d’entrée vers le padel auprès d’un public plus large.

« Cette journée, elle est faite pour ça. C’est une journée même à dimension presque fédérale, c’est-à-dire de développement. On veut vraiment faire rayonner le padel à travers cette journée. »

Avec des tarifs annoncés à 20 euros pour les adultes et 10 euros pour les enfants, des animations et des pistes permettant également de pratiquer, le principe consiste à attirer des spectateurs qui ne sont pas nécessairement des consommateurs habituels de padel.

Une deuxième édition paraît déjà très probable. Interrogé directement sur son retour en 2027, le directeur du tournoi répond qu’il y a « de très bonnes chances ».

Mais le format doit encore progresser : animations du Garden Padel, gestion des flux, files d’attente ou encore organisation des différents temps forts.

« Le padel, c’est une sorte de laboratoire. On tente plein de choses, on fait beaucoup de choses, on essaye. Parfois, on réussit, parfois on se casse un peu la gueule, on se reprend, mais on apprend à chaque fois. »

Thomas Leygue, la preuve de l’importance d’un Français dans le tableau

Cette édition a également livré un enseignement sportif important pour l’organisation : la présence d’un Français capable d’aller loin change immédiatement l’atmosphère du tournoi.

Issu des qualifications avec Jesús Moya, Thomas Leygue est devenu le premier Français à atteindre les huitièmes de finale d’un Major chez les hommes. Après quatre victoires dans le tournoi, son parcours s’est arrêté face à Franco Stupaczuk et Jon Sanz, têtes de série n°4, 7/5 6/3.

Di Pasquale a surtout retenu la connexion créée entre le joueur français et le public du Philippe-Chatrier.

« Thomas, il y va. C’est quelqu’un qui communie avec le public. Donc il a rassemblé, il a fédéré autour de lui. C’était fantastique. »

Selon lui, la performance n’a probablement pas directement entraîné une hausse des ventes de billets, mais son impact sur l’ambiance a été évident.

« L’atmosphère, l’ambiance, elle était dingue. Elle était électrique sur le Philippe-Chatrier quand il a joué. »

Et le directeur du tournoi imagine déjà ce que pourrait devenir Roland-Garros si un Français s’installait durablement dans les derniers tours :

« Si on a des Français qui arrivent à ce niveau de la compétition, le Chatrier va être en ébullition. »

Des finales en trois sets gagnants ? Di Pasquale n’est pas convaincu

L’hypothèse de finales de Major disputées dans un format plus long a également été évoquée durant l’entretien.

Arnaud Di Pasquale ne ferme pas complètement la discussion.

« Les discussions, on peut les ouvrir. Pourquoi pas en discuter ? Pourquoi pas en parler ? »

Mais dans la configuration actuelle du Paris Major, avec les deux finales programmées le même jour, il ne considère pas cette évolution comme prioritaire.

Son raisonnement est celui du spectateur : même lorsqu’une première finale est rapide, le billet donne accès aux deux rencontres et représente déjà plusieurs heures passées dans le stade.

« On passe quand même de 14h à plus de 19h dans un stade. C’est déjà beaucoup. Donc dans cette configuration-là, je ne suis pas sûr. »

La réflexion pourrait en revanche être différente si les finales féminine et masculine étaient un jour séparées, comme dans les tournois du Grand Chelem de tennis.

Di Pasquale défend le padel féminin après une finale à sens unique

La différence entre les deux finales du dimanche a enfin alimenté le débat. Ariana Sánchez et Andrea Ustero ont dominé Claudia Fernández et Martina Calvo 6/2 6/0 en seulement 1h11, avant que la finale masculine ne propose un scénario beaucoup plus indécis.

Pour Arnaud Di Pasquale, tirer de cette seule rencontre une conclusion sur l’attractivité du padel féminin serait une erreur.

« Cette semaine, j’ai vu des matchs féminins complètement dingues. […] Là, oui, il y a eu une finale ratée, manquée par une paire principalement. Mais autrement, c’est un match, il y a de la pression, elle est très importante et on sait ce que c’est. »

Il rappelle surtout qu’une finale à sens unique peut survenir aussi bien chez les femmes que chez les hommes.

« On ne peut pas juger sur un match. Oui, c’est une finale et c’est dommage parce que c’est finalement la partie la plus visible. »

Le défi du Paris Major semble donc avoir changé de nature. Il ne s’agit plus uniquement de démontrer que le padel peut remplir Roland-Garros lors des grands rendez-vous. Les 81 000 spectateurs de l’édition 2026 et un week-end de finales à guichets fermés ont déjà apporté une partie de la réponse.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.