Au printemps, Federico Chingotto semblait avoir trouvé la formule pour dérégler Arturo Coello : le déplacer, jouer dans son dos ou vers la grille, puis fondre sur le filet avant même que le gaucher espagnol ait pu retrouver son équilibre. Quelques mois plus tard, la dynamique s’est inversée. Coello ne se contente plus de résister dans cette diagonale : il dispose désormais de deux réponses qui lui permettent de reprendre du temps à celui qui, jusque-là, lui en retirait constamment.

Les chiffres traduisent clairement ce basculement. Après avoir perdu quatre confrontations consécutives face à Galán et Chingotto en début de saison, Tapia et Coello ont remporté leurs cinq derniers duels directs. Leur victoire au London P1, 6/3 5/7 7/5, leur permet de mener désormais 6-4 dans les confrontations de 2026.

Mais cette série ne s’explique pas uniquement par la puissance de Coello ou le talent de Tapia. Dans la diagonale opposant les deux joueurs de droite, un changement tactique semble progressivement s’être installé.

Lorsque Chingotto empêchait Coello de jouer

Lors des succès de Galán et Chingotto en début de saison, et notamment pendant leur démonstration en finale du Buenos Aires P1, remportée 6/2 6/1, l’impression visuelle était saisissante.

Chingotto ne cherchait pas nécessairement à terminer le point immédiatement. Son objectif était d’abord de déplacer Coello et de lui imposer une première défense inconfortable. Une víbora profonde dans les pieds, une balle vers la grille ou une trajectoire placée dans son dos suffisait à déséquilibrer le numéro 1.

L’Argentin avançait ensuite à une vitesse impressionnante. À peine Coello avait-il touché la balle que Chingotto était déjà installé au filet, prêt à agresser une réponse trop courte. Le grand gaucher n’avait alors ni le temps de reprendre sa position, ni celui de préparer son jeu offensif.

Cette capacité à lui supprimer du temps représentait probablement l’une des meilleures armes de Galán et Chingotto face aux numéros 1.

Première réponse : contrer la víbora en demi-volée

La première évolution visible dans les confrontations récentes concerne la défense de Coello sur la víbora de Chingotto.

Plutôt que de reculer systématiquement et d’attendre la balle près de la vitre, Coello cherche davantage à la prendre tôt, parfois en demi-volée. Le geste est difficile, car la marge au-dessus du filet est réduite, mais il modifie complètement la séquence.

Lorsque Coello bloque cette balle basse dans les pieds de Chingotto, l’Argentin n’a plus le temps d’armer une première volée confortable. Il se retrouve à devoir jouer pendant sa course vers l’avant, souvent sous le niveau du filet. Celui qui devait agresser devient alors celui qui doit négocier une balle délicate.

Coello utilise également cette prise de balle précoce pour lober directement. Ce lob en demi-volée est certainement plus risqué, mais lorsqu’il est bien exécuté, il oblige Chingotto à interrompre sa montée et à repartir vers le fond de la piste.

L’effet tactique est double. Coello sort immédiatement de la pression, tandis que Chingotto doit multiplier les courses avant-arrière. Sur la durée d’une finale, cette dépense physique n’est pas anodine.

Surtout, Coello récupère l’élément qui lui manquait : du temps. Une fois replacé, il peut avancer progressivement et finir par installer son jeu.

Deuxième réponse : fermer le long de ligne vers Galán

L’autre ajustement se trouve dans la direction choisie par Coello.

Chingotto a longtemps pu anticiper une grande partie des réponses croisées du gaucher et avancer très vite dans sa diagonale. Coello utilise désormais plus régulièrement le parallèle pour jouer directement sur Galán.

Lorsqu’elle est parfaitement exécutée, cette balle longe la grille latérale avant de mourir près de la vitre. Galán doit alors défendre dans son angle, avec très peu d’espace pour laisser passer la balle et organiser sa réponse.

Ce changement de direction n’a pas besoin d’être gagnant à chaque fois pour être efficace. Sa simple présence modifie le positionnement adverse. Chingotto ne peut plus se projeter aussi librement vers le filet en anticipant uniquement la diagonale. Galán, de son côté, doit davantage protéger son couloir et ne peut pas systématiquement venir fermer le centre.

Coello crée ainsi une forme d’incertitude. Il peut continuer à jouer croisé sur Chingotto, mais il dispose maintenant d’une sortie parallèle suffisamment précise pour empêcher les numéros 2 de verrouiller la piste autour de lui.

Coello n’est pas seulement devenu plus puissant

Le smash, la volée et la capacité de Coello à couvrir le filet ne sont évidemment pas nouveaux. Ils faisaient déjà de lui l’un des joueurs les plus dominants du circuit.

Le changement se trouve ailleurs : il défend mieux les zones utilisées par Chingotto pour le déséquilibrer.

Coello ne gagne pas seulement davantage de points directs. Il concède moins souvent la balle suivante dans une position défavorable. Sa demi-volée lui permet de neutraliser la montée de Chingotto et son parallèle vers Galán empêche les numéros 2 de concentrer entièrement leur système sur la diagonale.

Une fois cette première pression absorbée, le rapport de force redevient favorable aux numéros 1. Coello peut reprendre le filet, Tapia dispose de davantage d’espace pour créer et leur puissance finit par peser sur l’échange.

Le premier set de la finale de Londres l’a parfaitement illustré. Coello a immédiatement contrôlé sa diagonale et Chingotto a eu besoin de temps pour retrouver de l’efficacité avec sa víbora. Lorsqu’il y est finalement parvenu dans la deuxième manche, Galán et lui ont réussi à égaliser. Mais dans le troisième set, les numéros 1 ont encore fait la différence à 6/5, au moment où quelques erreurs de Chingotto ont ouvert la porte.

Une série de défaites, mais toujours très peu d’écart

Les cinq dernières victoires de Tapia et Coello ne doivent toutefois pas laisser penser qu’un fossé s’est créé entre les deux paires.

À Rome, les numéros 1 se sont imposés 7/5 7/6. À Valence, Galán et Chingotto ont mené 5/2 dans le troisième set, puis 5-1 dans le tie-break décisif, avant de s’incliner 6/7 6/1 7/6. À Bordeaux, ils ont remporté la première manche avant de céder 5/7 7/6 6/2. Enfin, à Londres, un seul break à 6/5 dans le troisième set a séparé les deux équipes.

À l’exception de la finale de Valladolid, remportée 6/4 6/3 par les numéros 1, les rencontres restent extrêmement serrées.

Galán et Chingotto ne sont donc pas loin de la solution. Mais ils ne parviennent plus à maintenir suffisamment longtemps l’intensité qui leur avait permis de dominer cette rivalité au printemps. Ils obtiennent leurs occasions, poussent régulièrement leurs adversaires dans une manche décisive, puis finissent par céder dans les derniers jeux.

Pretoria, un contre-exemple qui en dit long

La défaite de Coello et Tapia face à Javi Leal et Fran Guerrero en demi-finale du Pretoria P1 rappelle néanmoins que les numéros 1 peuvent toujours être mis en difficulté lorsqu’ils n’ont pas le temps d’installer leur jeu.

Dans des conditions rendues extrêmement rapides par l’altitude de Pretoria, située à environ 1 338 mètres, Leal et Guerrero ont refusé de subir. Ils ont cherché à prendre le filet, évité de multiplier les globes et maintenu une pression constante. Ils se sont imposés 7/5 7/5, mettant fin à une série de 27 tournois consécutifs avec une finale pour Coello et Tapia.

Les conditions sud-africaines étaient particulières et il serait hasardeux d’en tirer une recette universelle. Mais le principe rejoint ce que Chingotto et Galán réussissaient en début de saison : empêcher Coello et Tapia de respirer, réduire leur temps de préparation et les obliger à jouer chaque balle dans l’urgence.

La difficulté est désormais de reproduire cette pression dans des conditions moins extrêmes et pendant l’intégralité d’une finale.

Madrid, prochain laboratoire de cette diagonale

La reprise au Madrid P1, programmé du 29 août au 6 septembre, permettra d’observer la prochaine évolution de ce duel.

Chingotto devra peut-être varier davantage la profondeur de sa víbora, modifier le moment de sa montée ou accepter de construire une balle supplémentaire avant de se jeter vers le filet. Galán pourrait également chercher à anticiper davantage le parallèle de Coello afin de lui retirer cette nouvelle porte de sortie.

La finale ne se joue évidemment pas uniquement entre Coello et Chingotto. Tapia et Galán restent capables de bouleverser une rencontre en quelques points. Mais cette diagonale semble actuellement conditionner une grande partie du rapport de force.

Lorsque Chingotto parvenait à déplacer Coello et à l’agresser immédiatement, Galán et lui prenaient l’ascendant. Depuis plusieurs tournois, Coello absorbe mieux cette première attaque, contre plus tôt et change davantage de direction. Il peut alors s’installer, avancer et faire parler ses qualités naturelles.

Chingotto était le joueur qui retirait du temps à Coello. Désormais, Coello ne lui laisse plus le temps de profiter des déséquilibres qu’il vient lui-même de créer. C’est peut-être là que s’est joué le basculement de cette rivalité.

Antoine Tricolet

J’ai découvert le Padel en Espagne par hasard dans un camping. Le virus a pris immédiatement, passionné de padel, je suis l’actualité internationale et régionale en vibrant tout autant que ce sport.