Plus d’un an après sa rupture quasi-totale du tendon d’Achille, l’ancien numéro 1 français a retrouvé le top 150 mondial. Pour Padel Magazine, Thomas Leygue a accepté de revenir sur les coulisses d’une longue reconstruction, entre rééducation, travail mental, perte de repères et retour progressif au plus haut niveau. De nouveau compétitif sur le circuit Premier Padel, le Français l’assure pourtant : il est encore loin de son meilleur niveau.
Tout reconstruire
Il aura fallu plus d’un an à Thomas Leygue pour retrouver le top 150 mondial. Plus d’un an pour reconstruire un corps, retrouver des sensations et surtout réapprendre à faire confiance à son tendon d’Achille. Mais le plus difficile n’était peut-être pas de retrouver les courts. C’était de savoir s’il pourrait un jour y retrouver le même joueur.
Lorsqu’il se blesse à Rome en juin 2025, le Français est pourtant dans une dynamique totalement différente. Alors numéro 1 français et 86e mondial, Thomas Leygue estime jouer l’un des meilleurs padel de sa carrière. Avec Jesús Moya, il vient de lancer un projet qui fonctionne et nourrit de nouvelles ambitions. Puis, face aux frères Deus au premier tour de l’Italy Major, tout s’arrête brutalement. Une rupture quasi-totale du tendon d’Achille met fin à sa saison et l’oblige à repartir de zéro.
À ce moment-là, la première question n’est pas de savoir combien de temps durera son absence. C’est de savoir s’il pourra revenir sur un terrain et retrouver son niveau. Une interrogation qui va accompagner les longs mois de rééducation du Français, bien décidé à se donner toutes les chances de réussir son retour. « Je me suis donné à 300 % pour revenir », résume-t-il aujourd’hui.
Je me suis donné à 300 % pour revenir
Pendant plusieurs mois, Thomas Leygue va alors mettre sa carrière entre parenthèses pour se consacrer entièrement à sa reconstruction. Quatre à cinq heures de rééducation par jour, entre piscine, kinésithérapie, préparation physique, bottes de récupération et bains froids : chaque journée est pensée autour d’un seul objectif, retrouver son corps de joueur professionnel. Une période éprouvante, mais durant laquelle le Français assure ne jamais avoir réellement envisagé de ne pas revenir.
Une blessure qui laisse des traces
La reconstruction de Thomas Leygue ne s’est toutefois pas limitée au physique. Dès le début de l’année 2025, avant même sa blessure, le Français travaillait déjà avec son préparateur mental. Un accompagnement qu’il a poursuivi pendant sa convalescence, alors que la rupture du tendon d’Achille venait bouleverser bien plus que sa seule carrière sportive.
Pour aller plus loin dans cette période particulière, Leygue s’est également entouré d’une psychologue, avec une approche davantage tournée vers les difficultés du quotidien. Car si le préparateur mental l’accompagne principalement dans sa vie de sportif, le Français avait aussi besoin de quelqu’un capable de comprendre ce qu’il traversait en dehors des courts : des habitudes chamboulées, l’éloignement de la compétition, la perte de ses repères et les incertitudes liées à son retour.
La blessure a également changé son rapport à son propre corps. Aujourd’hui, il assure davantage l’écouter, éviter les surcharges et prendre le temps de récupérer. Son corps est devenu plus que jamais son outil de travail, et il a appris à mieux connaître ses limites.
Car même si son niveau physique se rapproche désormais de celui d’avant sa blessure, certaines barrières ont mis beaucoup plus de temps à disparaître. À son retour, il n’osait pas toujours sauter, prendre appui sur son pied ou réaliser certains mouvements comme auparavant. Des blocages qui s’effacent progressivement avec les matchs, mais dont il sait qu’une part de la crainte restera probablement toujours présente.
Le tendon a donc progressivement retrouvé sa solidité. La confiance, elle, a demandé davantage de temps.
Le retour à la réalité du terrain
Après huit mois loin de la compétition, Thomas Leygue a enfin retrouvé ce qui lui avait tant manqué : la sensation d’un match, la pression de la compétition et l’adrénaline des grands rendez-vous. Mais reprendre la compétition ne signifie pas immédiatement retrouver son meilleur niveau. Les premiers mois de son retour ont d’ailleurs été plus compliqués qu’il ne l’imaginait.
Puisque si le Français n’a jamais réellement douté de sa capacité à revenir pendant sa rééducation, le retour à la compétition a fait naître de nouvelles interrogations. Perdre des matchs qu’il estime être en mesure de gagner, retrouver un niveau de jeu inférieur à ses standards et devoir accepter de ne pas être immédiatement le joueur qu’il était avant sa blessure ont parfois été difficiles à gérer.
Une période de doute qui intervient finalement après son retour sur les courts. Jusqu’alors, Thomas Leygue avançait avec une conviction : il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour revenir. Mais une fois confronté à la réalité de la compétition, les défaites sont venues remettre certaines certitudes en question.
Ces revers ont parfois été particulièrement difficiles à encaisser. Au point que le Français reconnaît que, sans son entourage, la suite aurait pu être très différente : « Sans mes entraîneurs, j’aurais sûrement arrêté le padel. » Une phrase qui témoigne de l’importance de son équipe dans cette période où la frustration a parfois pris le dessus.
Sans mes entraîneurs, j’aurais sûrement arrêté le padel.
Mais le Français a continué à travailler. Et depuis, les résultats semblent lui donner raison.
À Malaga, associé à Arnau Ayats, il décroche une nouvelle qualification pour le tableau principal du P1. Quelques semaines plus tard, à Pretoria, il récidive avec Pablo Vicente.
Puis vient Londres, où Leygue franchit une nouvelle fois les qualifications, cette fois avec le Belge Clément Geens. La paire signe ensuite une victoire dans le tableau principal face à Alvaro Cepero (53e mondial) et Eduardo Torre (76e), une performance particulièrement symbolique pour le Français.
Trois performances qui arrivent donc après cette période de doute et qui témoignent d’une progression réelle. À Malaga, le Français ne s’est pourtant pas satisfait de son niveau de jeu. À Pretoria, il estime afficher un visage convaincant en qualifications avant de connaître davantage de difficultés dans le tableau final. À Londres, enfin, il considère avoir livré un très bon niveau en qualifications avant de connaître des matchs plus compliqués dans le tableau principal, notamment sur le plan mental.
De l’extérieur, les progrès sont désormais évidents. De l’intérieur, ils sont forcément plus difficiles à mesurer. Lorsqu’un joueur travaille chaque jour pour retrouver son niveau, il voit davantage ce qu’il lui reste à améliorer que le chemin déjà parcouru.
Mais les résultats récents constituent aussi une forme de réponse à ses doutes. Après avoir traversé une période où les défaites pouvaient faire vaciller sa confiance, Leygue recommence aujourd’hui à accumuler les signes positifs.
Pour autant, le Français refuse de considérer son retour comme terminé. Il estime encore être loin de son meilleur niveau, notamment dans sa capacité à enchaîner les performances avec constance. En effet retrouver le top 150 mondial est une étape. Retrouver durablement le joueur qui avait atteint la 86e place en est une autre.
Et cette reconstruction passe désormais par un autre défi : retrouver une stabilité avec un partenaire capable de l’accompagner dans cette nouvelle étape.
À la recherche de stabilité
Après avoir reconstruit son corps et retrouvé progressivement son niveau de jeu, Thomas Leygue doit désormais relever un autre défi : retrouver de la stabilité avec un partenaire. Depuis le début de l’année, le Français cherche à s’inscrire dans un projet sur la durée, avec un joueur capable de l’accompagner dans sa remontée vers le haut du classement.
La quête n’a pourtant pas été simple. Leygue a notamment disputé quatre à cinq tournois avec Nuno Deus, sans parvenir à obtenir les résultats espérés. Une association qui n’a donc pas permis de construire la dynamique recherchée. Son niveau d’exigence et son envie de se projeter sur plusieurs tournois rendent le choix du partenaire particulièrement important.
Derrière cette recherche se cache aussi une conséquence directe de sa blessure : sa place dans la hiérarchie a changé. Avant Rome, Leygue était le numéro 1 français et pointait à la 86e place mondiale. Après huit mois d’arrêt, il a dû redescendre sur les FIP et reconstruire progressivement sa situation. Une réalité qui se ressent également dans la recherche d’un partenaire.
Le Français l’assume avec une certaine franchise : « des fois, tu es le dernier choix. » Une situation forcément difficile pour un joueur qui avait connu une tout autre position avant sa blessure. Mais les dernières performances, notamment à Malaga, Pretoria et Londres, commencent progressivement à changer la perception autour de lui.
Des fois, tu es le dernier choix.
Et cette remontée pourrait finalement le conduire vers une association particulièrement symbolique. Jesús Moya, son partenaire au moment de sa blessure à Rome, doit retrouver Leygue pour la deuxième partie de saison. Un nouveau départ pour une paire dont le premier projet avait été brutalement interrompu alors qu’elle commençait à prendre forme.
C’est avec Jesús Moya que Thomas Leygue avait abordé l’Italy Major en 2025. C’est avec lui que sa saison s’était arrêtée. C’est désormais avec lui qu’il veut écrire la suite de sa carrière.
Écrire la suite
Après avoir traversé plus d’un an de rééducation et de reconstruction, Thomas Leygue veut désormais regarder devant lui. Le Français sait qu’il lui reste encore du chemin pour retrouver le niveau qui lui avait permis d’atteindre la 86e place mondiale, mais ses ambitions n’ont pas disparu avec sa blessure.
Les Championnats de France constituent notamment une nouvelle échéance importante. Associé à Bastien Blanqué, Thomas Leygue ne se considère toutefois pas comme le favori de la compétition, malgré le passé historique de leur association. À ses yeux, plusieurs paires disposent des armes pour aller chercher le titre, avec notamment Dylan Guichard, Timéo Fonteny, Yoan Boronad ou encore Jérémy Robert. Une densité qui rend le tournoi particulièrement ouvert et qui permet au Français d’aborder cette échéance sans forcément porter le statut de favori.
Une position qui lui convient finalement assez bien. Après avoir connu les attentes liées à son statut de numéro 1 français, Leygue préfère désormais se concentrer sur le jeu et la recherche de constance, plutôt que de se fixer uniquement sur un classement. Son objectif reste de retrouver progressivement le niveau qui était le sien avant sa blessure et de construire une dynamique suffisamment solide pour remonter durablement dans la hiérarchie mondiale.
Car Thomas Leygue le sait désormais mieux que quiconque : un comeback ne se résume pas à retrouver les courts. Il faut retrouver son corps, ses sensations, sa confiance, ses résultats et progressivement sa place dans la hiérarchie. Le Français a déjà parcouru une grande partie de ce chemin. Mais il refuse encore de considérer ce chapitre comme terminé.
Le padel c’est toute ma vie, je ne peux pas arrêter sans avoir tout donné.
Une phrase qui résume finalement parfaitement son état d’esprit. Plus d’un an après Rome, Thomas Leygue est de retour. Et maintenant, il lui reste à voir jusqu’où ce retour peut le mener.
Fan et joueur de padel, je scanne le milieu du padel : Attention vous êtes surveillés !































































































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