Il y a les résultats, et puis il y a ce qu’ils provoquent. À Roland-Garros, Thomas Leygue n’a pas seulement signé le meilleur parcours d’un Français dans un Major : il a aussi réussi à faire sortir son histoire du seul cercle des médias spécialisés français.

Issu des qualifications avec Jesús Moya, vainqueur successivement de Gala / Jensen puis de Sanyo Gutiérrez / Esbrí, le Français a atteint les huitièmes de finale avant de céder face à Stupaczuk / Sanz. Quatre victoires au total, deux en qualifications et deux dans le tableau principal, pour une semaine devenue historique.

En Espagne, Leygue devient une véritable histoire

La performance de Thomas Leygue a également trouvé un écho de l’autre côté des Pyrénées. Mundo Deportivo, l’un des principaux quotidiens sportifs espagnols, lui a consacré un article entier au lendemain de sa victoire contre Sanyo Gutiérrez / Juanlu Esbrí, avec un titre particulièrement évocateur : « De toucher le fond à briller à Roland-Garros : le héros inattendu du Paris Major ».

Le média va même jusqu’à présenter le Français comme « le grand protagoniste de la journée à Roland-Garros », alors que Coello / Tapia, Galán / Chingotto, Lebrón / Augsburger ou encore Stupaczuk / Sanz étaient tous sur les pistes ce mercredi.

Plus que le simple résultat, c’est surtout l’histoire de Leygue qui intéresse la presse espagnole. Mundo Deportivo revient sur sa rupture du tendon d’Achille au Major de Rome en juin 2025, ses près de huit mois loin des pistes, puis cette longue reconstruction jusqu’à retrouver un niveau compétitif.

Un traitement loin d’être anodin dans un pays où l’actualité padel est quotidienne et où les joueurs espagnols occupent naturellement l’essentiel de l’espace médiatique. Leygue n’a pas seulement créé la surprise sportivement : pendant une journée, son histoire a réussi à s’imposer au milieu de celles des plus grandes stars du circuit.

La reconnaissance des grands noms du circuit

L’écho du parcours de Thomas Leygue ne s’est pas limité aux médias espagnols. Sur la piste aussi, le Français a gagné le respect de plusieurs références du circuit. Après son élimination en seizièmes, Sanyo Gutiérrez, ancien n°1 mondial et battu avec Juanlu Esbrí 6/2 4/6 7/5, a tenu à mettre en avant son adversaire : « Félicitations Thomas Leygue, tu méritais de jouer sur cette piste et tu méritais de gagner hier. »

L’Argentin a surtout souligné la capacité du Français à supporter une pression inhabituelle, estimant que Leygue avait été « le principal protagoniste » de la soirée et qu’il avait su gérer les nerfs liés au fait de jouer à domicile.

Le lendemain, Franco Stupaczuk est allé encore plus loin après avoir mis fin à son parcours avec Jon Sanz, 7/5 6/3. L’Argentin, impressionné, s’est souvenu d’un Leygue encore en pleine rééducation lors de son passage à Roland-Garros quelques mois auparavant, travaillant en salle pendant que les meilleurs mondiaux disputaient le tournoi.

Retrouver le Français cette fois de l’autre côté du filet, en huitièmes d’un Major, donnait forcément une autre dimension à leurs retrouvailles. Pour Stupa, sa présence à ce stade n’avait d’ailleurs rien d’un accident : « Ils avaient le niveau pour être là et ils méritaient d’être là. »

Deux témoignages particulièrement symboliques. En l’espace de 24 heures, Leygue a reçu les compliments d’un ancien n°1 mondial puis d’un joueur installé depuis des années parmi l’élite internationale. Au-delà de son huitième de finale, le Français quitte donc Roland-Garros avec quelque chose de plus difficile à mesurer : la reconnaissance de joueurs qui connaissent parfaitement les exigences du très haut niveau.

Pour Pablo Ayma, le signe d’un cap franchi

Présent à Roland-Garros pour suivre les Tricolores, Pablo Ayma n’a pas caché sa satisfaction. Après quatre années à la tête de l’équipe de France masculine, le sélectionneur considère cette édition comme « probablement la meilleure pour les joueurs français » depuis son arrivée.

Un constat évidemment nourri par le huitième de finale de Thomas Leygue, mais également par les performances de Timéo Fonteny et Dylan Guichard, dans un Paris Major où plusieurs Français ont réussi à franchir des tours.

Et Ayma relève un autre changement visible à Roland-Garros : des tribunes de plus en plus remplies, y compris dès les premiers tours. Dans ce contexte, le parcours de Leygue prend une dimension supplémentaire. Il ne constitue pas encore la preuve que le padel français a rejoint les grandes nations, mais il offre une première image de ce que cherche à construire Ayma : des joueurs français capables de performer sur les plus grandes scènes et un public qui commence à véritablement s’identifier à eux.

Leygue, une performance qui manquait encore au padel français

Le parcours de Thomas Leygue prend aussi du relief lorsqu’on le replace dans le contexte du développement spectaculaire du padel en France. La discipline compte désormais environ 350 000 licenciés FFT qui la pratiquent, tandis que le pays dispose de plus de 4 000 pistes.

Le Paris Major accompagne lui aussi cette progression : en 2025, environ un spectateur sur trois découvrait Roland-Garros pour la première fois, et l’édition 2026 doit être la première à présenter un bilan financier positif.

Mais cette croissance populaire ne s’était pas encore totalement traduite au plus haut niveau masculin. Avant le tournoi, aucun Français n’avait obtenu son entrée directe dans le tableau principal par son classement, et Leygue lui-même avait dû partir des qualifications. Quelques jours plus tard, il quittait finalement Roland-Garros après quatre victoires, un huitième de finale historique et une ovation du Philippe-Chatrier.

À sa manière, son parcours est donc venu réduire, le temps d’une semaine, ce décalage entre un padel français qui grandit extrêmement vite dans les clubs et un padel masculin qui cherche encore ses premières grandes références sur le circuit international.

Raphael Degironde

Fan et joueur de padel, je scanne le milieu du padel : Attention vous êtes surveillés !