Cela peut sembler étonnant, voire presque impossible à imaginer : un joueur demande à quitter la piste pour aller aux toilettes… et l’arbitre peut lui dire non.
C’est pourtant prévu noir sur blanc dans le règlement Premier Padel 2026.
La règle ne signifie évidemment pas qu’un arbitre peut refuser arbitrairement toute pause toilettes. Elle vise un cas bien précis : lorsque la demande est considérée comme une tentative de gagner du temps, de casser le rythme du match ou comme un abus manifeste du règlement.
Une problématique qui n’est d’ailleurs pas propre au padel. Le tennis professionnel a connu ces dernières années plusieurs polémiques retentissantes autour des « toilet breaks », au point que l’ATP a dû considérablement durcir ses règles.
« Denying a player request » : le règlement est très clair
La disposition apparaît dans la section 6.2.3 du règlement masculin Premier Padel 2026.
Son titre est :
« Denying a player request », soit « Refuser la demande d’un joueur ».
Le texte dit précisément :
“The Chair Umpire and/or Supervisor shall have the authority to deny a player permission to leave the court during a match to go to the restroom if the Referee and/or Supervisor interprets it as gamesmanship and/or flagrant abuse of the rules.”
Soit, en français :
« Le Chair Umpire et/ou le Supervisor ont le pouvoir de refuser à un joueur l’autorisation de quitter la piste pendant un match pour aller aux toilettes si le Referee et/ou le Supervisor considère cette demande comme du gamesmanship et/ou un abus flagrant du règlement. »
Le mot « gamesmanship » est important.
Il désigne ici l’utilisation d’une situation réglementaire dans un objectif tactique : casser le rythme, perturber l’adversaire ou chercher à obtenir un avantage qui ne relève pas directement du jeu.

Même règle chez les femmes
Sur ce point, il n’existe aucune différence entre hommes et femmes.
Le règlement féminin reprend pratiquement mot pour mot la même disposition :
“…deny a player permission to leave the court during a match to go to the bathroom…”
soit :
« refuser à une joueuse l’autorisation de quitter la piste pendant un match pour aller aux toilettes »
lorsque la demande est interprétée comme du gamesmanship ou un abus flagrant des règles.
Un joueur ne peut de toute façon pas quitter la piste librement
Cette règle s’inscrit dans un principe plus général.
Pendant un match, un joueur ne peut pas simplement quitter la piste de sa propre initiative.
Le Code de conduite précise :
“A player shall not leave the court area during a match (…) without the Chair Umpire or Supervisor/Referee’s permission.”
Soit :
« Un joueur ne doit pas quitter la zone de jeu pendant un match sans l’autorisation du Chair Umpire ou du Supervisor/Referee. »
Et la sanction n’est pas anodine.
Quitter la piste sans autorisation peut entraîner une amende pouvant aller jusqu’à 3 000 euros, avec éventuellement des sanctions supplémentaires.
En résumé : même lorsqu’il s’agit d’aller aux toilettes, le joueur doit demander l’autorisation.
Mais l’arbitre peut-il réellement savoir si le besoin est « vrai » ?
C’est évidemment là que la règle devient délicate.
Le règlement ne demande pas à l’arbitre de déterminer si le joueur a réellement besoin d’aller aux toilettes.
Ce n’est pas son rôle.
Le critère réglementaire est différent : la manière dont la demande est utilisée dans le contexte du match.
Le Referee ou le Supervisor doit considérer qu’elle constitue du gamesmanship ou un « flagrant abuse of the rules », soit un « abus flagrant du règlement », pour pouvoir la refuser.
Autrement dit, le texte vise davantage l’utilisation tactique de la pause que le besoin physiologique lui-même.
Et s’il y a réellement urgence ?
C’est une nuance essentielle.
Le passage que nous avons étudié ne dit pas qu’un arbitre doit refuser une pause lorsqu’un joueur présente un problème médical réel.
Premier Padel dispose parallèlement de règles médicales spécifiques et d’un dispositif permettant l’intervention du personnel médical en cas de problème physique.
Il serait donc excessif de résumer cette disposition par :
« Premier Padel peut interdire à un joueur malade d’aller aux toilettes. »
Ce n’est pas ce que dit le règlement.
La formulation correcte est plutôt :
Premier Padel permet à l’arbitre ou au Supervisor de refuser une demande de pause toilettes lorsqu’elle est considérée comme abusive ou tactique.
Pourquoi une telle règle ?
Pour comprendre la logique, il suffit de regarder ce qui s’est passé dans le tennis.
Les pauses toilettes ont longtemps constitué un sujet sensible sur les circuits professionnels parce qu’elles peuvent interrompre un match pendant plusieurs minutes, précisément à des moments importants.
Et l’un des cas les plus célèbres remonte à l’US Open 2021.
Murray – Tsitsipas : la polémique qui a marqué le tennis
Au premier tour de l’US Open 2021, Stefanos Tsitsipas affronte Andy Murray.
Le Grec prend plusieurs longues pauses durant la rencontre, dont une importante interruption avant le cinquième set.
À l’époque, aucune durée maximale précise n’était prévue pour la pause toilettes, et Tsitsipas rappelle lui-même qu’il n’avait enfreint aucune règle.
Andy Murray vit néanmoins très mal ces interruptions.
Après sa défaite, le Britannique critique publiquement la situation et estime que les pauses ont affecté le rythme de la rencontre. La controverse prend alors une ampleur considérable.
Tsitsipas est de nouveau sifflé quelques jours plus tard après une pause ayant provoqué environ huit minutes d’interruption lors de son match suivant à New York.
L’ATP finit par modifier son règlement
La polémique participe à une réflexion plus large sur l’utilisation stratégique des pauses.
À partir de la saison 2022, l’ATP instaure une réglementation beaucoup plus stricte : une seule pause toilettes par match, avec une durée maximale de trois minutes à partir du moment où le joueur entre dans les toilettes. Une pause combinant toilettes et changement de tenue peut atteindre cinq minutes.
Le règlement ATP 2026 conserve aujourd’hui cette logique de temps strictement encadré.
Autrement dit, le tennis a progressivement cherché à empêcher qu’une pause physiologique puisse devenir un outil tactique.
Le padel s’inscrit dans la même logique
C’est précisément ce que recouvre le mot gamesmanship utilisé par Premier Padel.
Imaginons une situation.
Une paire vient de perdre cinq jeux consécutifs. L’adversaire est en pleine dynamique. Juste avant un moment important, un joueur demande à quitter la piste.
Si l’arbitre estime que cette demande constitue manifestement une stratégie destinée à interrompre la dynamique adverse plutôt qu’une utilisation normale de la règle, le règlement lui donne le pouvoir de dire non.
Il ne s’agit évidemment que d’un exemple théorique permettant d’illustrer le fonctionnement du texte.
La décision dépend dans tous les cas de l’appréciation du Referee ou du Supervisor.
Et l’abus peut être sanctionné
Le règlement ne se contente pas d’autoriser le refus.
La section suivante précise :
“Players shall be penalized in accordance with the Code of Conduct Defined Penalties for any abuse of this rule.”
Soit :
« Les joueurs seront sanctionnés conformément aux sanctions définies dans le Code de conduite pour tout abus de cette règle. »
Une demande considérée comme abusive peut donc non seulement être refusée, mais également déboucher sur une procédure disciplinaire selon les circonstances.
Peut-on partir quand même ?
Ce serait risqué.
Comme indiqué plus haut, quitter la piste pendant le match sans l’autorisation de l’arbitre constitue en soi une violation du Code de conduite.
Le joueur s’expose alors à une amende pouvant atteindre 3 000 euros, voire à des sanctions supplémentaires liées au fait de ne pas terminer correctement le match.
La situation théorique devient donc assez claire :
demande refusée + joueur qui quitte malgré tout = possible infraction supplémentaire.
Une règle étrange… mais finalement assez logique
Lue sans contexte, la phrase peut faire sourire :
« Un arbitre peut empêcher un joueur d’aller aux toilettes. »
Mais sa logique apparaît beaucoup plus claire lorsqu’on la replace dans l’histoire des sports de raquette.
Le problème n’est pas réellement la pause toilettes.
Le problème est son éventuelle utilisation tactique.
Le tennis a connu des controverses suffisamment importantes pour instaurer des limites de temps très précises. Premier Padel choisit lui aussi d’encadrer le phénomène en donnant au corps arbitral un pouvoir explicite de refus lorsqu’il estime qu’il y a gamesmanship ou abus manifeste.
Et le règlement 2026 ne laisse donc guère de doute :
oui, un joueur Premier Padel peut demander à aller aux toilettes. Mais non, cette demande n’est pas automatiquement acceptée.
Dans certaines circonstances, l’arbitre peut lui dire : non.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.































































































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