Numéro 1 mondial de padel fauteuil et neuf fois champion d’Espagne, Edorta de Anta était présent à Roland-Garros à l’occasion du Paris Major 2026. Quelques semaines après avoir participé au tournoi international de Tarbes, l’Espagnol a eu l’occasion de fouler le Philippe-Chatrier lors de l’exhibition organisée avant les finales.
Pour Padel Magazine, Edorta de Anta revient sur son parcours, ses débuts après son accident, la structuration du padel fauteuil en Espagne, les difficultés économiques auxquelles sont confrontés les joueurs et le développement encore nécessaire d’un véritable circuit international.
Padel Magazine : Comment as-tu découvert le padel fauteuil ?
Edorta de Anta : Après mon accident, lorsque je suis sorti de l’hôpital, j’avais surtout envie de refaire du sport. Une fois rentré chez moi, j’ai commencé à me renseigner auprès des fédérations.
J’ai d’abord pratiqué la pelote basque, à la pala, au fronton. Puis un clinic de padel fauteuil a été organisé au Real Club de Tenis de San Sebastián. On nous a proposé de venir essayer.
Et là, dès la première fois, ça a été un véritable coup de foudre pour le padel. Petit à petit, j’ai laissé davantage de côté la pelote basque pour me consacrer au padel.
Est-il facile de trouver des joueurs avec lesquels s’entraîner en padel fauteuil ?
C’est forcément plus compliqué parce que nous ne sommes pas encore très nombreux à jouer en fauteuil.
Certaines régions disposent d’un vivier plus important, notamment Madrid, Valence ou Barcelone. Ailleurs, nous sommes beaucoup plus limités.
La plupart du temps, nous nous entraînons donc avec des joueurs debout et nous retrouvons les autres joueurs en fauteuil lors des compétitions.
Qui est ton entraîneur et à quel rythme t’entraînes-tu ?
Mon entraîneur est Iñaki López “Chapu”.
Aujourd’hui, je me consacre complètement à cette activité. Je m’entraîne pratiquement tous les jours de la semaine, le matin ou l’après-midi. À cela s’ajoutent notamment des séances de musculation et de piscine.
Le circuit espagnol de padel fauteuil est-il aujourd’hui bien développé ?
Nous jouons au padel fauteuil en Espagne depuis environ 17 ou 18 ans.
Aujourd’hui, nous avons un circuit qui compte environ 18 épreuves, en incluant le championnat d’Espagne par paires et le championnat des communautés autonomes.
En pratique, cela représente généralement un tournoi national toutes les deux semaines, organisé dans différentes régions d’Espagne.
Peut-on vivre financièrement du padel fauteuil ?
C’est très compliqué.
Selon la catégorie du tournoi, il peut y avoir entre 1 500 et 2 000 euros, mais cette somme sert généralement à participer aux frais de déplacement de l’ensemble des joueurs.
Ensuite, certaines marques nous accompagnent en fournissant du matériel ou des vêtements.
Pour le reste, chaque joueur doit essayer de trouver individuellement des sponsors, des partenaires ou des fondations capables de l’accompagner. C’est ce qui permet de compenser une partie des coûts liés au circuit.
L’Espagne est-elle en avance sur les autres pays ?
Je pense que nous avons été les pionniers dans la création d’un véritable circuit de padel fauteuil.
Nous sommes arrivés jusqu’à environ 140 licences et 150 joueurs.
Mais d’autres pays progressent. La France est en train de se développer très fortement, l’Italie possède également beaucoup de joueurs et, à l’international, il y a aussi l’Argentine.
Petit à petit, le padel fauteuil commence donc à se développer dans davantage de pays.
Existe-t-il déjà un véritable circuit international de padel fauteuil ?
Pas encore réellement.
Pendant longtemps, les compétitions organisées en Espagne pouvaient accueillir des joueurs internationaux. Mais avec les changements intervenus entre les fédérations dédiées au sport adapté et les fédérations classiques, cela s’est un peu arrêté.
Nous avons néanmoins déjà disputé des compétitions en France ou en Italie.
Le problème est qu’il manque encore une véritable intégration internationale permettant d’avoir des points, un classement mondial et un circuit structuré.
C’est l’une des prochaines étapes importantes.
Les joueurs ont-ils eux-mêmes participé au développement du padel fauteuil ?
Énormément.
Cela fait environ 18 ans que nous sommes dans ce sport et, pendant une dizaine d’années, ce sont vraiment les joueurs eux-mêmes qui ont tiré le projet vers l’avant.
Lorsque nous avons intégré la fédération dédiée au handicap, nous avons reçu beaucoup plus de soutien et les tournois sont devenus davantage réglementés et structurés.
Aujourd’hui, nous avons intégré la fédération classique. Je pense que c’est une étape très importante pour pouvoir ensuite avancer vers une véritable intégration internationale et compétition mondiale structurée.
Que manque-t-il aujourd’hui au padel fauteuil pour franchir un nouveau cap ?
L’objectif est justement d’arriver à cette structuration internationale.
Nous avons déjà des compétitions et plusieurs pays où la discipline progresse, mais il faut maintenant pouvoir intégrer pleinement le système international, avoir des tournois qui comptent réellement, un classement et des points à l’échelle mondiale.
Ce serait une étape très importante pour notre sport.
Tu viens de jouer à Roland-Garros sur le Philippe-Chatrier. Qu’as-tu ressenti ?
C’est incroyable.
Il y a encore moins d’un mois, nous étions au tournoi de Tarbes, en France. Le président de la fédération était présent et nous a annoncé que quatre joueurs auraient la possibilité de venir ici.
Tout s’est ensuite fait très rapidement et l’organisation a été spectaculaire.

Pour moi, c’est comme un rêve.
Pouvoir passer plusieurs jours ici, s’entraîner à Roland-Garros et finalement jouer sur le Philippe-Chatrier… C’est quelque chose d’incroyable.
« Un rêve » sur le Philippe-Chatrier
Pour Edorta de Anta, cette présence au Paris Major 2026 dépasse donc largement le cadre d’une simple exhibition.
Elle illustre aussi le chemin parcouru par le padel fauteuil, une discipline encore en construction à l’échelle internationale mais déjà particulièrement structurée en Espagne.
Après près de deux décennies de développement et des années durant lesquelles les joueurs ont eux-mêmes contribué à faire avancer leur discipline, l’ambition est désormais claire : franchir les frontières nationales, structurer un véritable circuit international et disposer d’un classement mondial reconnu.
Et une apparition sur le Philippe-Chatrier, devant le public de Roland-Garros, constitue forcément une belle vitrine pour poursuivre dans cette direction.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.
































































































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