Quelques heures avant son entrée en lice au Paris Major, Alix Collombon s’était confiée à Padel Magazine. Son association avec Ksenia Sharifova, son retour en France après presque dix années passées à Barcelone, son nouveau projet avec Benjamin Tison à My Center Palavas, son absence aux Championnats de France ou encore l’émergence de la nouvelle génération française : la numéro 1 française faisait le point sur une période charnière de sa carrière.
Depuis cette interview, le Paris Major a livré son verdict. Alix Collombon et Ksenia Sharifova se sont inclinées dès leur entrée en lice, tandis que chez les hommes, les Français ont réalisé l’une de leurs plus belles campagnes à Roland-Garros, avec notamment Thomas Leygue en huitième de finale, ainsi que Timéo Fonteny et Dylan Guichard en seizième. Des résultats qui donnent encore davantage de relief aux propos de Collombon sur la progression du padel français.
Roland-Garros, « la semaine la plus spéciale de l’année »
Avant même de rentrer sur la piste, Alix Collombon ne cachait pas ce que représente Roland-Garros à ses yeux. Malgré les années et les différentes éditions disputées, le Paris Major reste un rendez-vous à part dans sa saison.
« Clairement, c’est la semaine la plus spéciale de l’année pour moi et pour tous les autres Français. »
Au-delà du tournoi de padel, c’est le lieu et son histoire qui donnent une dimension supplémentaire à l’événement.
« Roland, c’est mythique. C’est beaucoup de souvenirs de jeunesse. On est sur les pas d’immenses champions, de légendes. Même si ce n’est pas le même sport, ça reste des immenses champions et ça se ressent. »
Une atmosphère qui augmentait forcément son envie de réussir : « On a toujours très envie de bien y performer. »
L’aventure parisienne ne prendra finalement pas la tournure espérée pour la Française, éliminée dès le premier tour avec Ksenia Sharifova.
Avec Sharifova, une marge de progression encore importante
Quelques mois auparavant, Collombon avait décidé de mettre un terme à son association avec Jana Montes. Non pas à cause d’une mauvaise relation entre les deux joueuses, mais parce que la paire ne parvenait pas à trouver le fonctionnement espéré sur la piste.
« On s’adore en dehors, mais ça ne fonctionne pas sur le terrain. C’est dommage, parfois ça arrive. »
Collombon reconnaît quelques bonnes performances, mais estime que la paire avait surtout remporté les rencontres qu’elle était censée gagner. Face à certaines équipes moins bien classées, les sensations n’étaient pas toujours bonnes et les matchs devenaient parfois plus compliqués que prévu.
C’est à ce moment-là que Ksenia Sharifova l’appelle. Une opportunité intéressante sportivement, mais également en termes de classement puisque cette association lui permet notamment d’être tête de série au Major de Rome.
Un statut dont elle mesure l’importance, particulièrement au moment d’aborder le Paris Major sans être tête de série.
« Je peux le dire maintenant parce que là, on n’est pas tête de série ici : ça se sent, c’est différent. »
Avec Sharifova, elle retrouve surtout une joueuse habituée aux grandes rencontres.
« C’est une joueuse qui a de l’expérience, qui a déjà fait de gros résultats, qui a battu de grosses paires. Elle avait d’ailleurs fait quart ici l’année dernière. »
Collombon souligne également ses importantes qualités offensives, mais considère que l’expérience constitue l’une des principales différences avec son précédent projet.
« Le circuit Premier Padel, c’est la guerre »
Le changement de partenaire ne règle évidemment pas toutes les difficultés. Collombon insiste sur la densité désormais atteinte par le circuit féminin.
« Aujourd’hui, le circuit Premier Padel, c’est dur, c’est la guerre. Il n’y a plus un match facile. Même quand on joue des qualifiées, ça joue très, très bien. »
Dans un circuit aussi dense, le tirage du tableau prend une importance considérable. Collombon reconnaît volontiers qu’une part de réussite intervient et estime en avoir bénéficié récemment avec Sharifova.
Encore faut-il savoir en profiter. La paire parvient désormais plus régulièrement à atteindre les huitièmes de finale, où elle retrouve souvent l’une des meilleures associations mondiales. Le passage supplémentaire vers les quarts devient alors beaucoup plus difficile.
Mais la Française voit surtout le potentiel encore inexploité de son association.
« Je pense qu’on a une énorme marge de progression encore. »
Les deux joueuses sortaient d’une première partie de saison délicate lorsqu’elles ont commencé à évoluer ensemble.
« On a commencé ce projet toutes les deux avec peu de confiance. Arriver à bien jouer dans les moments importants, à sortir le meilleur de nous-mêmes pendant les matchs, c’est quelque chose qu’on avait un petit peu perdu toutes les deux. »
Une confiance qui revient progressivement. Et en dehors de la piste, la relation fonctionne : « On s’entend super bien dehors, donc c’est un projet cool pour l’instant. »
Après presque dix ans à Barcelone, le besoin de rentrer en France
C’est probablement le changement le plus important de sa saison. Après presque une décennie installée à Barcelone, où elle a construit l’essentiel de sa carrière de joueuse professionnelle, Alix Collombon a décidé de revenir vivre et s’entraîner en France. Une décision loin d’être anodine.
« J’avais tout construit là-bas. Je suis partie, je n’étais vraiment pas grand-chose, en tout cas en termes de niveau de padel. »
Pendant près de dix ans, la Lyonnaise s’est développée à Barcelone, notamment aux côtés de Juan Alday, dans un environnement devenu indissociable de sa progression jusqu’au plus haut niveau. Mais après un début de saison compliqué, aussi bien professionnellement que personnellement, Collombon ressent le besoin de modifier son quotidien.
« Je pense que j’avais besoin d’un retour à mes sources, d’être plus proche de ma famille, plus proche de mes amis, de commencer à avoir un équilibre un peu plus important entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle. »
À 33 ans, la numéro 1 française ne voit pas ce retour comme une manière de lever le pied. Au contraire, elle considère cet équilibre comme une condition pour continuer à performer.
« Pour continuer à performer, et c’est ce que je veux parce que c’est la finalité, je pense que j’avais besoin d’être mieux personnellement. »
Depuis plusieurs années, son quotidien barcelonais lui correspondait moins. Les nombreux voyages du circuit accentuaient notamment ce besoin de retrouver ses proches lorsqu’elle rentrait de tournoi. Après dix années consacrées presque exclusivement au padel, ses priorités évoluent également.
« Ça fait dix ans que j’ai la tête dans le guidon. Je me suis vraiment donné les moyens à fond. Je dors, je mange, je sieste, je padel depuis dix ans. J’arrive à un moment où j’ai besoin d’autre chose. »
Benjamin Tison, un choix presque évident
Une fois la décision de rentrer en France prise, le choix de son nouvel environnement d’entraînement a été beaucoup plus rapide : direction My Center Palavas, avec Benjamin Tison. Une association qui dépasse largement le cadre d’une simple relation joueuse-entraîneur.
« Benjamin Tison, avant d’être mon entraîneur aujourd’hui, est mon meilleur ami. »
L’ancien numéro 1 français connaît parfaitement son jeu, mais également son fonctionnement au quotidien.
« Il me connaît parfaitement, il a vu beaucoup de mes matchs, il a vu comment je m’entraîne, il connaît mon caractère. »
Collombon espère désormais que cette connaissance très fine de son jeu lui permettra de franchir un palier qu’elle avait davantage de difficultés à passer ces derniers temps.
« Il voit ce que je pourrais avoir besoin de travailler pour peut-être arriver à passer ce cap que je n’arrivais plus à passer depuis quelque temps. »
Une fois son retour acté, « le choix de Ben et My Center s’est fait très, très rapidement ».
Pourquoi elle ne jouera pas les Championnats de France
Autre décision forte : pour la première fois, Alix Collombon ne disputera pas les Championnats de France cette saison. Un choix principalement lié à la gestion de son calendrier.
« Ça fait plusieurs années où les dates des Championnats de France sont vraiment un moment où on joue énormément. On a beaucoup de tournois, beaucoup de voyages. »
À 33 ans, Collombon estime devoir désormais gérer différemment l’accumulation des compétitions.
« Mon calendrier, il faut que je commence un petit peu à le gérer mieux. Ça me paraissait important cette année de faire l’impasse dessus. »
Une décision qu’elle n’a pas prise seule. La Française en a discuté en amont avec Alexia Dechaume et la Fédération française de tennis, notamment pour s’assurer que cette absence ne posait pas de problème dans la perspective de l’équipe de France.
« S’ils m’avaient dit : “Non Alix, pour nous, no way, tu les fais et il n’y a pas de débat”, je serais évidemment passée outre mes envies personnelles et je les aurais joués. »
La Fédération ayant compris sa démarche, Collombon a été confortée dans son choix. Pour autant, il ne faut pas y voir un adieu définitif aux Championnats de France.
« Peut-être que je les referai l’année prochaine, dans deux ans, dans trois ans. Je n’ai pas envie de dire dès aujourd’hui : oui, c’est sûr, on me reverra, ou non, c’est sûr, on ne me reverra pas. »
Une réflexion qui accompagne forcément celle sur la suite de sa carrière.
« Je suis plus à la fin qu’au début, on ne va pas se mentir. Mais je ne préfère rien annoncer aujourd’hui parce que je n’en sais rien. »
Godallier / Touly favorites, Pothier / Bahurel pour les bousculer ?
Même absente, Collombon suivra évidemment les Championnats de France. Et pour elle, la hiérarchie semble assez claire : Léa Godallier et Carla Touly partiront avec le statut de grandes favorites.
« C’est sûr qu’elles sont ultra favorites, on ne va pas se mentir. »
Mais la numéro 1 française voit notamment une paire capable de leur poser des problèmes : Louise Bahurel / Lucile Pothier.
« Ça peut être un match, une éventuelle finale très sympa. »
Collombon reste néanmoins prudente : dans un Championnat de France, aucun tour n’est gagné à l’avance et chaque rencontre peut apporter son lot de difficultés.
Une nouvelle génération qui confirme à Roland-Garros
Avant le Paris Major, Collombon observait déjà avec attention l’évolution du padel masculin français. Timéo Fonteny, Olivier Guy de Chamisso ou encore Jérémy Robert avaient commencé à obtenir des résultats significatifs sur le circuit FIP. Une évolution qu’elle accueillait avec enthousiasme.
« Ça fait du bien de voir des jeunes qui arrivent en France. »
Pour elle, cette progression dépasse même les intérêts du padel français.
« C’est très bien pour le padel français, mais aussi pour le padel international, parce que c’est important, pour que ce sport évolue, qu’il y ait plus de nationalités au plus haut niveau. »
Quelques jours plus tard, le Paris Major allait justement donner une nouvelle dimension à cette progression. Thomas Leygue a atteint les huitièmes de finale, tandis que Timéo Fonteny et Dylan Guichard ont rejoint les seizièmes, confirmant sur la plus grande scène française que les Tricolores commencent progressivement à gagner du terrain au niveau international.
Désormais installée à My Center, Collombon peut également observer cette nouvelle génération au quotidien.
« Maintenant que je suis à My Center, je vois quelques pépites arriver. Il y a Sacha Huard de la Marre qui joue très bien aussi. J’espère que ça va bien monter. »
Pour la numéro 1 française, voir davantage de Tricolores s’installer au plus haut niveau aurait aussi un effet direct sur le développement de la discipline dans l’Hexagone.
« Plus il y a de monde, plus ça va créer de l’engouement. »
Numéro 1 française, « forcément qu’il y a un rôle à jouer »
Depuis plusieurs années, Alix Collombon représente le padel féminin français au plus haut niveau international. Un statut qui en fait forcément une référence pour les joueuses et joueurs qui arrivent derrière elle. Se considère-t-elle pour autant comme un modèle ? La Française ne cherche pas spécialement à endosser ce rôle, mais reconnaît les responsabilités liées à son statut.
« Forcément, un petit peu. Je pense que tout numéro 1 dans chaque sport ressent ce truc-là, de devoir montrer l’exemple, de devoir montrer une belle image. »
Une responsabilité qu’elle préfère assumer sans chercher à construire un personnage.
« J’essaie d’être le plus naturelle possible. Après, ça plaît ou ça ne plaît pas, ça c’est autre chose. Mais en tous les cas, j’essaie d’être fidèle à moi-même, fidèle à mes valeurs. »
Des valeurs qu’elle résume autour de quelques principes qui ont accompagné toute sa carrière : le travail, le respect de son entourage et de son équipe, mais aussi l’exigence de toujours donner le maximum.
« Toujours donner le meilleur de soi-même, que ce soit à l’entraînement ou en match. »
Si son parcours peut désormais servir d’exemple à la génération suivante, Collombon en serait évidemment heureuse, même si elle assure ne pas construire sa carrière autour de cette idée.
« Si ça véhicule une bonne image et quelque chose chez d’éventuels jeunes joueurs et que ça donne envie, c’est génial. Ce n’est pas un truc auquel je pense. »
Reste que près de dix ans après son départ pour l’Espagne, le statut a forcément changé. Celle qui était partie à Barcelone avec encore beaucoup à apprendre est devenue la référence du padel féminin français.
Et elle en a conscience :
« Le fait d’être numéro 1, forcément qu’il y a un rôle à jouer, comme chaque numéro 1 dans chaque pays, dans chaque sport. »
Un rôle qu’elle qualifie elle-même de « petit poids à porter », et qu’elle continuera d’assumer avec la même ligne directrice : rester fidèle à elle-même.
Maceo Zerhat découvre le padel en 2020 à Savigny-sur-Clairis en Bourgogne. Il participe à l’expansion du club en apportant son énergie et sa curiosité. Sur Padel Magazine, il transmet sa « Padelmania » en rebondissant avec adresse sur toute l’actualité de votre sport préféré !