Présent à Roland-Garros pour suivre les Français engagés au Paris Major, Pablo Ayma, sélectionneur de l’équipe de France masculine, s’est confié au micro de Padel Magazine. Une interview particulièrement intéressante à quelques semaines du Mondial de Doha, dans laquelle l’Argentin revient sur la progression du padel français, le choix effectué depuis plusieurs années de miser sur la jeunesse, les performances de Timéo Fonteny, Dylan Guichard ou Thomas Leygue, mais aussi sur les ambitions des Bleus à court et long terme.

Et après quatre années à la tête de la sélection, Ayma ne cache pas son enthousiasme : pour lui, ce Paris Major est tout simplement le meilleur réalisé par les joueurs français depuis qu’il est en poste.

« C’est sans doute la meilleure année pour les joueurs français ici »

Le bilan tricolore à Roland-Garros a forcément marqué le sélectionneur. Plusieurs Français ont réussi à franchir le premier tour et Thomas Leygue, parti des qualifications, est allé encore plus loin en atteignant les huitièmes.

« C’est ma quatrième année ici et, sur ces quatre années, je pense que c’est sans doute la meilleure pour les joueurs français dans ce tournoi. Pour moi, le Paris Major est l’un des tournois les plus beaux et les plus importants. »

Ayma souligne également l’évolution générale de l’événement, avec des tribunes de plus en plus remplies et un public désormais très présent dès les premiers tours. Un contexte idéal pour voir les Français réaliser leur meilleure campagne parisienne.

Le pari de la jeunesse commence à porter ses fruits

Depuis plusieurs saisons, l’équipe de France a amorcé un changement de génération. Un choix qui n’était pas forcément évident au départ.

Ayma rappelle qu’à son arrivée, la France disposait d’une équipe très expérimentée, avec plusieurs joueurs installés depuis longtemps en sélection. Mais pour lui, il fallait préparer l’avenir.

« C’était un projet qui pouvait être un peu risqué, parce qu’il fallait prendre des décisions difficiles. La France avait une équipe très forte, avec beaucoup de joueurs vétérans et énormément d’expérience, mais il fallait laisser de la place aux jeunes. »

La raison est simple : le sélectionneur ne veut pas uniquement construire une équipe capable de rester derrière l’Espagne et l’Argentine. Son ambition est, à terme, de réduire réellement l’écart avec les deux références mondiales.

« Sincèrement, nous sommes encore loin du niveau de l’Argentine et de l’Espagne. Mais la seule façon d’y arriver est d’amener des jeunes qui s’entraînent à très haut niveau, qui ont du potentiel et du talent. Peut-être que dans quatre ou cinq ans, nous serons capables de présenter une équipe qui ne sera pas forcément favorite, mais qui pourra réellement rivaliser. »

Une vision à moyen terme assumée : ne pas rechercher uniquement le résultat immédiat, mais construire une génération capable, un jour, de regarder les meilleures nations dans les yeux.

Timéo Fonteny impressionne Ayma : « Ce qu’il a joué, c’est incroyable »

Parmi les symboles de cette nouvelle génération, Timéo Fonteny occupe évidemment une place importante.

134e mondial, le français a encore franchi un cap au Paris Major. Avec Nacho Moragues, il a dominé Álvaro Meléndez / José Luis González 6/1 6/4, avant de pousser José Jiménez / Álex Arroyo, tête de série 14, dans leurs retranchements en seizièmes.

Ayma a particulièrement apprécié son attitude.

« Ce qu’il a joué, c’est incroyable. Timéo a joué avec un niveau de clarté, de sérénité et de maturité qui n’est pas commun à cet âge. Il a fait un super premier match et, ensuite, il a perdu de très peu contre une très bonne paire. Je suis très fier. »

Le sélectionneur estime également que son association avec Nacho Moragues lui apporte une forme de sécurité particulièrement intéressante dans sa progression.

« Il a un partenaire espagnol qui lui donne peut-être la solidité et la sécurité dont un jeune joueur a besoin. Je pense que c’est une très bonne chose. »

Pour Ayma, les wild cards attribuées aux jeunes Français font justement partie du travail de développement : leur donner la possibilité de se confronter à ce niveau et d’accumuler de l’expérience.

Il cite également Yoan Boronad et Jérémy Robert, qui ont livré un gros premier tour à Roland-Garros malgré leur élimination, comme deux autres joueurs qui suivent cette trajectoire.

Dylan Guichard, quatre ans après : « Aujourd’hui, il est numéro 1 français »

L’histoire de Dylan Guichard illustre peut-être encore mieux le projet d’Ayma.

Le sélectionneur se souvient parfaitement de sa première année, lorsqu’il avait décidé de ne pas retenir Guichard pour le Mondial.

« Je me souviens de ma première année. Je ne l’avais pas pris au Mondial. Il était très triste, mais je lui avais dit : “Pour moi, tu ne seras pas seulement dans l’équipe un jour, tu seras l’un des meilleurs joueurs français. Si tu prends ça comme un défi personnel, je t’assure que tu arriveras là-haut.” »

Quatre ans plus tard, la prédiction s’est réalisée.

« Aujourd’hui, il est numéro 1 français. Il joue à un niveau très élevé. »

À Roland-Garros, Guichard et Clément Geens avaient impressionné au premier tour en écrasant Santiago Pineda / Javi Ruiz 6/0 6/2, avant de tomber face à Lebrón / Augsburger.

Pour Ayma, cette progression montre aussi qu’il faut parfois accepter de ne pas sélectionner immédiatement un jeune joueur pour mieux l’accompagner vers le très haut niveau.

L’émotion Thomas Leygue : « Quand ils ont gagné, j’ai pleuré »

Mais le moment le plus fort de son Paris Major reste probablement la victoire de Thomas Leygue / Jesús Moya face à Sanyo Gutiérrez / Juanlu Esbrí.

Ayma connaissait parfaitement la situation de Leygue. Après sa grave blessure au tendon d’Achille et une longue période pour retrouver son niveau, le sélectionneur croyait toujours en ses capacités.

« En parlant avec Thomas, je lui avais dit qu’il était revenu à un très haut niveau, peut-être proche de celui qu’il avait juste avant sa blessure. Je croyais totalement qu’il avait toutes les chances de passer les qualifications. Mais ce qu’il s’est passé ensuite, c’est incroyable. »

Leygue / Moya ont non seulement passé les qualifications, mais également battu David Gala / Enzo Jensen, puis Esbrí / Gutiérrez au terme d’un troisième set complètement fou.

Et Ayma n’a pas caché son émotion.

« Il y avait de la tension, énormément d’émotions. Quand je les ai vus gagner le match, j’ai pleuré. C’était très émouvant, parce que ça montre tout ce que Thomas a traversé. Après sa blessure, après avoir été très haut au classement puis être redescendu, il a démontré que son niveau et le classement qu’il va retrouver, il les mérite à 100 %. »

Pour lui, Leygue possède encore une marge importante.

« Il a beaucoup de talent et beaucoup de potentiel. »

Un moment fort pour un sélectionneur qui suit depuis plusieurs années la reconstruction de son joueur.

Un suivi beaucoup plus poussé des candidats à l’équipe de France

Avec l’émergence de nombreux joueurs, suivre tous les candidats devient forcément plus compliqué.

Ayma explique avoir renforcé son organisation cette saison, notamment avec l’arrivée d’un deuxième capitaine, qui l’aide à observer les joueurs tout au long de l’année.

Le travail ne se limite pas aux résultats.

« Nous communiquons tout le temps. Nous suivons les FIP, nous regardons les matchs, nous analysons les résultats, nous faisons des rapports et nous les transmettons aux joueurs. »

Le stage organisé à Vichy a également été un moment important. Plusieurs prétendants à la sélection y ont participé, avec des entraînements, des matchs et différentes associations testées.

« Nous avons essayé de changer les positions, de voir qui pouvait bien fonctionner avec qui. Après le stage, j’ai fait un rapport sur l’état de chaque joueur. »

Ayma échange aussi directement avec les joueurs sur leurs projets personnels et avec leurs entraîneurs afin d’avoir une vision la plus complète possible avant de faire ses choix.

« Nous avons eu un entretien avec chacun. Ils nous ont expliqué où ils en étaient, où ils voulaient aller, ce qu’ils voulaient faire. Nous leur avons aussi donné notre point de vue et nous avons parlé avec leurs coachs pour essayer de travailler ensemble. »

Une méthode destinée à construire une véritable équipe, et pas simplement sélectionner les huit meilleurs classements du moment.

« Il faut être fier d’avoir une équipe 100 % française »

À quelques semaines du Mondial de Doha, Ayma reste néanmoins lucide sur la place actuelle de la France.

Le sélectionneur rappelle que plusieurs nations concurrentes disposent de joueurs nés ou formés en Espagne ou en Argentine, ce qui permet d’élever rapidement le niveau d’une sélection.

La France, elle, suit une autre voie.

« La France a une équipe 100 % française. Il faut être fier de ça. »

Ayma assume totalement cette construction sur la durée.

« Si nous ajoutions aujourd’hui seulement deux joueurs du très haut niveau mondial, je pourrais dire que nous sommes parmi les trois meilleures équipes du monde. Mais nous n’allons pas faire ça. Nous allons attendre que nos joueurs deviennent ces meilleurs joueurs. »

Une philosophie cohérente avec tout le projet lancé depuis plusieurs saisons : former et accompagner une génération plutôt que chercher des raccourcis.

Doha : les quarts comme premier objectif

Alors, jusqu’où peut aller la France au prochain Mondial ?

Ayma ne promet pas de médaille. Compte tenu de la densité internationale, il préfère fixer un premier objectif réaliste.

« La place que nous voulons, c’est être parmi les huit meilleures équipes. Je pense qu’atteindre les quarts de finale serait excellent. »

Mais derrière cet objectif immédiat, le projet est beaucoup plus ambitieux.

La génération Guichard, Fonteny, Leygue, Boronad, Robert et les autres jeunes qui progressent doit permettre à la France de s’installer durablement parmi les meilleures nations.

Et après ce Paris Major, Pablo Ayma semble plus convaincu que jamais que le pari pris il y a plusieurs années commence réellement à porter ses fruits.

Benjamin Dupouy

J’ai découvert le padel directement lors d’un tournoi, et franchement, je n’ai pas trop accroché au début. Mais la deuxième fois, ça a été le coup de foudre, et depuis, je ne rate plus un seul match. Je suis même prêt à rester éveillé jusqu’à 3h du matin pour regarder une finale de Premier Padel !