À un peu plus de deux mois de la FIP World Cup 2026 (Championnats du monde de padel), la sélection espagnole masculine s’avance vers Doha avec un problème que beaucoup de nations aimeraient avoir : trop de joueurs capables de prétendre à une place parmi les huit sélectionnés.

Arturo Coello, Alejandro Galán, Juan Lebrón, Mike Yanguas, Paquito Navarro, Coki Nieto, Jon Sanz, Fran Guerrero, Momo González, Javi Leal, Edu Alonso, Javi Garrido… La liste est longue et le sélectionneur Juanjo Gutiérrez devra forcément laisser plusieurs joueurs de très haut niveau à la maison.

Le Mondial, désormais rebaptisé FIP World Cup, se disputera du 2 au 7 novembre 2026 au Khalifa International Tennis & Squash Complex de Doha, avec 16 sélections masculines et 16 féminines. La compétition proposera également un prize money record de 1,2 million d’euros, réparti à égalité entre hommes et femmes. Et autant dire que là, la question ne se pose pas de savoir si certains ne veulent venir ou non…

Coello et Galán : les deux certitudes

Sauf événement imprévu, deux noms paraissent impossibles à écarter : Arturo Coello et Alejandro Galán.

Le classement mondial suffit à mesurer leur avance. Au classement FIP publié le 10 août, Coello partage la première place mondiale avec Agustín Tapia avec 21 123 points, tandis que Galán est troisième, à égalité avec Federico Chingotto, avec 17 906 points.

Les deux Espagnols constituent surtout les deux armes majeures dont dispose Juanjo Gutiérrez face à l’Argentine.

Et contrairement au circuit professionnel, où ils évoluent avec des partenaires argentins, la sélection permet au capitaine de redistribuer complètement les cartes. Lors du Mondial 2024, Coello avait ainsi joué avec Coki Nieto en finale tandis que Galán avait retrouvé Juan Lebrón.

Lebrón également difficile à imaginer absent

Derrière eux, Juan Lebrón semble lui aussi disposer d’une marge importante. L’ancien numéro 1 mondial occupe actuellement la 5e place du classement mondial et reste le troisième Espagnol dans la hiérarchie mondiale.

Son expérience des grandes compétitions et surtout sa polyvalence peuvent peser lourd dans une compétition par équipes.

Le Mondial possède en effet une logique très différente de Premier Padel. Il ne s’agit pas simplement de sélectionner les huit Espagnols les mieux classés : il faut construire trois paires capables de gagner une rencontre, anticiper les compositions adverses et disposer de plusieurs associations possibles.

C’est précisément à partir de là que le casse-tête commence.

Yanguas, Paquito et Coki occupent actuellement les places suivantes

Au classement du 10 août, la hiérarchie espagnole derrière les trois premiers est particulièrement intéressante :

  • Arturo Coello : n°1 mondial
  • Alejandro Galán : n°3
  • Juan Lebrón : n°5
  • Mike Yanguas : n°8
  • Paquito Navarro : n°9
  • Coki Nieto : n°10

Sur la seule logique du classement, Yanguas, Paquito et Coki possèdent donc une longueur d’avance.

Mais derrière eux, la concurrence est considérable.

Mi-août, Jon Sanz apparaissait autour de la 11e place mondiale, Fran Guerrero autour de la 12e, devant notamment Momo González, Javi Leal, Edu Alonso et Javi Garrido.

Autrement dit, l’Espagne dispose d’une densité exceptionnelle de joueurs dans le Top 20 mondial.

Jon Sanz et Fran Guerrero peuvent-ils bousculer la hiérarchie ?

C’est probablement ici que la sélection devient particulièrement intéressante.

Jon Sanz connaît déjà parfaitement l’équipe nationale. Il faisait partie des huit joueurs convoqués pour le Mondial 2024 et avait même été utilisé avec plusieurs partenaires durant la compétition. La Fédération espagnole avait alors sélectionné Coello, Galán, Lebrón, Navarro, Álex Ruiz, Coki Nieto, Yanguas et Sanz.

Fran Guerrero, en revanche, représente l’une des candidatures qui peuvent modifier l’équilibre de la liste 2026. Sa progression dans la hiérarchie mondiale le place désormais directement au contact des joueurs installés depuis plusieurs saisons dans le groupe espagnol.

Le choix ne se résumera donc probablement pas au classement individuel. Juanjo Gutiérrez devra aussi déterminer quels profils sont les plus complémentaires avec Coello, Galán ou Lebrón.

Et derrière ? Momo, Leal, Alonso, Garrido…

C’est ce qui rend la situation espagnole presque unique.

Même des joueurs installés dans le Top 20 mondial ne peuvent absolument pas être certains de participer au Mondial.

Momo González possède déjà une expérience internationale et faisait partie de l’équipe espagnole lors du Mondial 2022, avant de disparaître de la liste en 2024.

Javi Garrido se trouve dans une situation comparable : présent en 2022, il avait été remplacé deux ans plus tard.

À eux s’ajoutent désormais Javi Leal et Edu Alonso, deux joueurs qui se sont installés dans la partie haute du classement mondial et qui peuvent encore faire évoluer la hiérarchie d’ici à l’annonce de la sélection.

La forme des prochaines semaines pourrait donc compter énormément.

Pourquoi le troisième choix peut décider d’un Mondial

Le souvenir de Doha 2024 suffit à comprendre l’importance des choix du sélectionneur.

L’Espagne avait parfaitement commencé la finale contre l’Argentine grâce à Arturo Coello et Coki Nieto, vainqueurs 6/1 6/2 de Franco Stupaczuk et Martín Di Nenno.

L’Argentine avait ensuite égalisé : Agustín Tapia et Federico Chingotto avaient battu Juan Lebrón et Alejandro Galán 7/6 3/6 6/2.

Tout s’était donc joué sur le troisième match.

Et malgré leur statut de favoris sur le papier, Paquito Navarro et Mike Yanguas avaient fini par céder contre les jeunes Leo Augsburger et Tino Libaak après un immense combat : 3/6 7/5 7/6 pour les Argentins. L’Argentine remportait ainsi la finale 2-1 et conservait son titre mondial.

Deux ans plus tard, cette défaite peut forcément nourrir la réflexion espagnole.

Car disposer des deux meilleurs joueurs espagnols ne suffit pas nécessairement. Dans une finale potentielle (oui oui, on le dit pour la forme) contre l’Argentine, la troisième paire peut être celle qui fait gagner ou perdre le titre mondial.

Une Argentine qui oblige l’Espagne à penser en termes de paires

C’est peut-être le véritable enjeu de la sélection.

Coello et Galán sont individuellement parmi les meilleurs joueurs de la planète. Mais l’Argentine possède elle aussi une profondeur considérable avec Tapia, Chingotto, Stupaczuk, Augsburger, Di Nenno et plusieurs autres solutions.

En 2024, le pari argentin avait été spectaculaire : confier le troisième point à Augsburger et Libaak, alors âgés de seulement 20 et 19 ans. Le choix avait payé puisqu’ils avaient remporté le match décisif au tie-break du troisième set.

Pour Juanjo Gutiérrez, la question n’est donc pas seulement : quels sont les huit meilleurs Espagnols ?

Elle pourrait plutôt être : quelles sont les trois meilleures paires espagnoles pour battre l’Argentine ?

Et la réponse n’est pas forcément la même.

Huit places… et beaucoup plus de huit candidats

À l’heure actuelle, une ossature semble se dégager autour de Coello, Galán et Lebrón, avec Yanguas, Paquito et Coki particulièrement bien placés au regard de leur classement et de leur expérience.

Mais derrière eux, la bataille reste très ouverte entre Jon Sanz, Fran Guerrero, Momo González, Javi Leal, Edu Alonso ou encore Javi Garrido.

Et il reste encore plus de deux mois avant Doha.

Des résultats majeurs, une association qui fonctionne particulièrement bien, une blessure ou simplement un choix tactique peuvent encore modifier la hiérarchie.

L’Espagne ne manque clairement pas de talents.

Son véritable défi sera de choisir les huit bons.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.