Une légende du padel mondial aux côtés d’une joueuse de seulement 14 ans : sur le papier, l’histoire est magnifique. Alejandra Salazar a choisi de disputer le FIP Bronze d’Alicante avec sa jeune protégée Carlota Rodríguez, invitée grâce à une wildcard. Mais l’arrivée de cette paire propulsée tête de série 1 bouleverse directement la hiérarchie du tournoi. Premières concernées : les Françaises Kimy Barla et Lou Lambert-Agosti, jusque-là têtes de série 8, qui perdent leur statut de paire protégée. Un nouveau cas qui remet sur la table le débat autour du calcul du poids des paires sur le circuit FIP.
Salazar offre un cadeau en or à Carlota Rodríguez
Difficile de ne pas commencer par la belle histoire. À seulement 14 ans, Carlota Rodríguez va avoir l’occasion de partager la piste avec l’une des plus grandes joueuses de l’histoire du padel : Alejandra Salazar.
La jeune Espagnole n’est pas une inconnue pour Salazar. La Madrilène suit depuis plusieurs années cette jeune joueuse au grand potentiel, déjà titrée dans les catégories jeunes à Madrid, en Espagne et sur la scène mondiale. Pour Rodríguez, difficile d’imaginer plus beau cadeau : disputer un tournoi international chez les seniors aux côtés d’une légende de son sport.
Pour le FIP Bronze d’Alicante aussi, l’opération est forcément belle. La présence d’une joueuse de la dimension d’Alejandra Salazar offre au tournoi une visibilité qu’un événement de cette catégorie n’a pas l’habitude de connaître.
Seulement, cette belle histoire a aussi des conséquences sportives.
De dernière minute, Salazar / Rodríguez deviennent têtes de série 1
Car avec le fonctionnement actuel du classement FIP, le poids d’une paire est déterminé par l’addition des points de ses deux joueuses.
Et dans une association aussi déséquilibrée au classement, le capital de points d’Alejandra Salazar suffit largement à propulser Salazar / Rodríguez tout en haut de la liste.
Résultat : malgré les 14 ans de sa partenaire et son inexpérience à ce niveau, Alejandra Salazar / Carlota Rodríguez deviennent têtes de série 1 du FIP Bronze d’Alicante.
Tout est parfaitement réglementaire. Mais leur arrivée tardive modifie mécaniquement toute la hiérarchie des têtes de série.
Et une paire française en fait directement les frais.
Barla / Lambert-Agosti éjectées des têtes de série
Kimy Barla et Lou Lambert-Agosti avaient organisé leur déplacement à Alicante avec une donnée importante : les deux jeunes Françaises occupaient jusqu’ici la position de têtes de série 8.
Un statut loin d’être anodin.
Être tête de série permet de bénéficier d’un tableau protégé et d’éviter, au moins dans les premiers tours, certaines des meilleures paires de la compétition. Dans la construction d’un calendrier international, où les joueuses doivent jongler entre les tournois, les déplacements et les dépenses, cette position peut également peser dans le choix d’un événement.
Mais avec l’arrivée de Salazar / Rodríguez, tout se décale. Barla / Lambert-Agosti sortent des huit têtes de série et perdent donc cette protection.
Évidemment, rien ne garantit qu’elles auraient réalisé un meilleur tournoi en étant têtes de série 8. Mais les conditions dans lesquelles elles vont aborder la compétition ne sont plus les mêmes que celles qui existaient avant l’inscription de la nouvelle paire espagnole.

Le débat des « paires hybrides » revient sur la table
Le cas Salazar / Rodríguez fait forcément écho au débat soulevé récemment autour des paires dites hybrides, ces associations dans lesquelles l’écart de classement et de points entre les deux partenaires est immense.
Padel Magazine évoquait justement le cas extrême d’Arturo Coello, dont le capital de points est actuellement si important qu’en s’associant fictivement à un joueur ne possédant aucun point FIP, la paire disposerait malgré tout de davantage de points qu’une association composée de deux membres du top 10 mondial.
Le problème ne vient évidemment pas des joueurs ou des joueuses. Ils utilisent simplement les possibilités offertes par le règlement.
Dans le cas présent, difficile également de reprocher à Alejandra Salazar de vouloir offrir une expérience exceptionnelle à une jeune joueuse qu’elle accompagne et croit capable d’aller très haut.
La question se situe ailleurs : est-il logique que le classement d’une seule joueuse puisse suffire à placer une paire extrêmement déséquilibrée devant des associations composées de deux joueuses mieux installées dans la hiérarchie mondiale ?
Le système actuel, fondé sur l’addition des points, rend ce type de situation possible.
Une situation qui ne pourra plus se produire en FIP Bronze en 2027
Le cas d’Alicante pourrait toutefois faire partie des derniers exemples de ce genre dans un FIP Bronze.
La FIP a déjà annoncé plusieurs modifications de son circuit pour 2027. Parmi elles, de nouvelles restrictions de participation concerneront les joueuses et joueurs les mieux classés.
Chez les femmes, les joueuses classées entre la 1re et la 40e place mondiale ne pourront plus participer aux FIP Bronze, et aucune exception via une wildcard ne sera possible. La restriction sera calculée selon le classement de la joueuse au moment de la clôture des inscriptions.
Autrement dit, à partir de la saison prochaine, une joueuse appartenant au top 40 ne pourra plus descendre sur un FIP Bronze pour s’associer à une joueuse beaucoup moins bien classée, même sur invitation.
Une évolution dont l’un des objectifs affichés par la FIP est justement d’offrir davantage d’opportunités de progression aux joueuses moins bien classées et aux jeunes talents sur le FIP Tour.
Une belle histoire qui révèle les limites du système
Deux lectures peuvent donc parfaitement cohabiter.
Pour Carlota Rodríguez, disputer à 14 ans un tournoi international aux côtés d’Alejandra Salazar représente une expérience exceptionnelle. Pour le FIP Bronze d’Alicante, accueillir une joueuse de cette dimension constitue également un énorme coup de projecteur.
Mais pour Kimy Barla et Lou Lambert-Agosti, la conséquence est beaucoup moins réjouissante : en quelques heures, les Françaises sont passées d’une position de tête de série 8 à celle d’une paire non protégée dans le tableau.
Salazar et Rodríguez n’y sont pour rien. Barla et Lambert-Agosti non plus.
C’est simplement l’une des particularités du système actuel de points FIP, capable de faire peser le capital d’une seule joueuse sur toute la hiérarchie d’un tableau.
Et si la FIP a déjà décidé de limiter ce phénomène sur les FIP Bronze à partir de 2027, le cas d’Alicante relance une question plus globale : dans un sport qui se joue à deux, jusqu’où les points d’une seule joueuse doivent-ils pouvoir déterminer le poids d’une paire ?
Maceo Zerhat découvre le padel en 2020 à Savigny-sur-Clairis en Bourgogne. Il participe à l’expansion du club en apportant son énergie et sa curiosité. Sur Padel Magazine, il transmet sa « Padelmania » en rebondissant avec adresse sur toute l’actualité de votre sport préféré !
































































































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