Fin 2021, nous avons eu la chance de passer plusieurs jours dans un club de padel pas comme les autres : El Hangar, situé à Alcobendas, au nord de Madrid, est en effet le cœur du réacteur de Kuikma, le lieu où sont conçus et développés toutes les raquettes et les produits de la marque de Décathlon dédiée au padel. A l’invitation de Frédéric Oudeville, le leader padel de Décathlon, nous avons pu rencontrer les ingénieurs et designers qui façonnent jour après jour la marque la plus vendue au monde, dans près de 100 pays. Nous avons aussi interviewé le coach argentin Horacio Álvarez Clementi, ancien n°1 mondial, qui a très largement contribué à l’élaboration des raquettes Kuikma.
Voici le premier volet de ce reportage, où Fred Oudeville retrace son parcours personnel chez Décathlon, ainsi que la genèse madrilène de la marque Kuikma et son développement mondial.
Fred Oudeville : 45 ans avec une raquette en main
Un peu comme Obélix, Frédéric Oudeville est tombé dès le plus jeune âge dans la marmite : celle du tennis, qu’il a débuté à l’âge de 4 ans, puis celle du padel, depuis quelques années. « Le tennis est présent dans ma vie depuis ma plus tendre enfance. Mon père, qui est Alsacien, habitait à côté de l’Ill TC, à Strasbourg, où je m’entraînais. Aujourd’hui, il est président du TC Riedisheim, à côté de Mulhouse, et toujours aussi passionné. Ma mère, quant à elle, s’est remariée avec Jean-Claude Massias, qui a été Directeur technique national de la FFT pendant neuf ans. Donc, j’ai baigné dans le tennis depuis tout petit. J’accompagnais mon beau-père sur les tournois. Les vacances de Pâques, c’était les tournois de Nice puis Monte-Carlo… Le mercredi et le week-end, j’allais à Roland-Garros, mes copains étaient le fils du gardien et celui du jardinier. J’y allais le matin, je repartais le soir ; on connaissait tous les souterrains. »

Le tennis, une école de vie
« Pour moi, le tennis a été une école, il m’a servi d’équilibre pendant toute ma vie. Quand tu es ado, ça te donne confiance et ensuite, ça t’équilibre quand tu es étudiant, ça permet de décompresser et surtout d’avoir un groupe de copains. Tous mes amis d’aujourd’hui, ce sont des copains du tennis. Ça m’a aussi servi pour mon boulot : quand j’ai postulé à Décathlon, en 1997, j’étais classé 0. J’ai d’abord été directeur adjoint de magasin, puis j’ai été recruté chez Artengo parce que j’avais fait du tennis. J’ai été chef de produit tennis également. Et aujourd’hui, c’est parce que j’ai fait des sports de raquettes que je suis en charge du padel. Je connais l’histoire des différents sports de raquette, les marques phares du tennis, du squash, du badminton, du padel… »
1996 : Décathlon s’ouvre au padel
« Les premiers pas de Décathlon dans le domaine du padel datent du milieu des années 1990. A l’époque, c’était une demande du marché espagnol. Les premières raquettes de padel conçues par Décathlon l’ont été en 1996. Notre savoir-faire et notre expérience dans ce domaine sont donc anciens. »
« Personnellement, j’ai découvert le padel en 2002. J’avais un copain qui présidait la Fédération française de padel vers 1994 ou 1995. Je connaissais donc ce sport, que j’ai toujours adoré. Mais à ce moment-là, à Lille, on ne pouvait pas jouer, faute de terrains. A cette époque, et pendant longtemps, le marché espagnol représentait 90% des ventes de produits padel de Décathlon. Aujourd’hui, nos ventes ont encore progressé en Espagne, mais elles ne représentent plus que 50% du total. Et pour cause, le marché a explosé ailleurs en Europe et dans le monde. »
Après 2016 : l’explosion du padel
« En 2016, Décathlon a estimé qu’en matière de padel, nous étions trop généralistes et trop orientés sur les débutants. On a donc décidé de diviser les sports de raquettes pour avoir des structures plus légères et plus agiles pour chaque sport. Artengo a donc été « découpé » : le padel est devenu indépendant, avec sa propre marque, Kuikma. A titre personnel, j’ai été choisi pour être chef de produit et « leader padel ». Quand on m’a demandé, en 2016, où je voyais l’implantation de la marque, j’ai répondu que ça ne pouvait être qu’à Madrid. C’était la première fois, au sein de Décathlon, qu’un sport sortait de France. Beaucoup m’ont dit que c’était une folie d’être seuls au milieu de la pampa, de faire ce pari de déconnecter la partie conception, les ingénieurs et les designers, du centre de conception de Décathlon. Quatre ans après, ce pari est gagné : en 2021, sur 80 sports, le padel est un des trois ayant le plus progressé chez Décathlon ! ».

L’Espagne, un marché à pleine maturité
« En 2016, c’est en Espagne que se trouvaient plus de 90% de nos clients. On y trouvait déjà tous les types de joueurs et de joueuses. Ce n’est pas comme en France, où le joueur type de padel est un homme venant du tennis, qui a entre 40 et 50 ans. Ici, le padel est un sport d’entrée pour les autres sports de raquettes. Dans un club de padel espagnol, très peu de joueurs ont joué ou jouent au tennis. Le marché en Espagne est donc mature et est tel qu’on pense que seront les autres marchés, comme la France, d’ici dix ans. »

La France du padel en 2030
« Dans dix ans, en France, il y aura des écoles de padel pour les jeunes, davantage de femmes, des joueurs en fauteuils roulants et un niveau qui va considérablement augmenter… Le padel aujourd’hui est perçu comme une opportunité par la FFT et non plus comme une menace. L’implication de la Fédération française de tennis, qui a une très forte expérience en matière de pédagogie, va favoriser cette évolution. J’ai confiance en Arnaud di Pasquale pour aller dans le bon sens. Le président Gilles Moretton y croit également. C’est une chance pour le padel. »
Sociabilité et convivialité, les forces du padel
« Si le développement du padel est bien mené en France, c’est une fabuleuse opportunité de faire vivre les clubs, en apportant de nouveaux joueurs, une ambiance, un côté social et convivial. C’était la force du tennis, mais ça a presque disparu à présent. Si chaque club se dote de seulement un ou deux courts de padel, on reproduira les mêmes erreurs qu’en tennis. Une des clés va être d’arriver à faire des pôles importants pour éviter d’éclater la pratique. Ce qui fait la force du padel, c’est le côté social. Avoir un bar ou une buvette dans un club est essentiel pour l’essor de ce sport. C’est le cas partout en Espagne. »
Italie, Belgique, Suède : le boom est lancé
« Chez Décathlon, on croit en la France et on mise dessus. Il y a des pays comme l’Italie, la Belgique et la Suède où le boom du padel est plus avancé, mais la France devrait suivre la même voie. Ensuite, il y a de futurs géants qui sont l’Allemagne et la Grande Bretagne, et d’énormes géants qui sont les États-Unis et la Chine. »
A SUIVRE
Nos prochains articles vous entraîneront dans les coulisses du “Kuikma test lab”, où travaillent les ingénieurs de la marque, designers et spécialistes du merchandising. Et, cerise sur le gâteau, nous vous préparons une interview exclusive d’Horacio Álvarez Clementi, qui a conseillé la marque pour l’élaboration de ses raquettes.
Après 40 ans de tennis, Jérôme tombe dans la marmite du padel en 2018. Depuis, il y pense tous les matins en se rasant… mais ne se rase jamais pala en main ! Journaliste en Alsace, il n’a d’autre ambition que de partager sa passion avec vous, que vous parliez français, italien, espagnol ou anglais.


























































































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