À l’approche du Paris Major, la distribution des wild cards masculines pose une vraie question : jusqu’où la FFT compte-t-elle pousser sa politique en faveur de la jeunesse et de l’avenir du padel français ?

Car une fois certains dossiers considérés comme prioritaires, une dernière invitation pourrait donner lieu à un arbitrage particulièrement intéressant. D’un côté, Bastien Blanqué / Maxime Joris, une paire 100 % française mêlant expérience et avenir. De l’autre, Olivier Guy de Chamisso / Vasco Pascoal, avec l’un des jeunes Français ayant le plus progressé cette saison, mais associé à un Portugais de 37 ans.

Et selon les critères retenus par la Fédération, les arguments ne sont pas tout à fait les mêmes.


Suite à une erreur de la FIP, à noter qu’Olivier Guy de Chamisso joue bien avec Manuel Vives. Yanis Muesser avec Arthur Hugounenq. Une mise à jour est prévue prochainement.


Boronad / Robert et Fonteny / Moragues semblent avoir une longueur d’avance

Avant d’arriver à ce possible duel, il faut regarder la situation globale.

Sur la liste du Paris Major arrêtée au 25 août, Timéo Fonteny / Nacho Moragues occupent la 11e place de la liste d’attente, tandis que Yoan Boronad / Jérémy Robert sont 20es.

Le dossier Boronad / Robert paraît notamment difficile à contourner si la FFT souhaite continuer à miser sur ses meilleurs jeunes. Les deux joueurs forment une paire 100 % française, sont issus de cette nouvelle génération accompagnée par la Fédération et sont déjà mieux placés sur la liste que plusieurs autres candidats tricolores.

Fonteny, lui, est associé à l’Espagnol Nacho Moragues, mais leur 11e position les place beaucoup plus près d’une entrée naturelle dans les qualifications.

En fonction de la répartition entre invitations pour le tableau principal et pour les qualifications, ces deux dossiers semblent donc occuper une place importante dans l’équation.

Et si la dernière place se jouait entre Blanqué / Joris et Guy de Chamisso / Pascoal ?

C’est ensuite que les choix pourraient devenir beaucoup plus délicats.

Bastien Blanqué / Maxime Joris sont 21es sur la liste d’attente. Vasco Pascoal / Olivier Guy de Chamisso sont 25es. Entre les deux se trouve notamment Manuel Vives / Matteo Rosingana, 24es.

Si d’autres invitations sont déjà orientées vers Boronad, Robert ou Fonteny, le débat pourrait alors se resserrer autour de deux philosophies : récompenser une paire française déjà solide et compétitive, ou pousser encore davantage la carte de la très grande jeunesse avec Guy de Chamisso.

Blanqué / Joris : expérience, équipe de France… et avenir

Réduire Blanqué / Joris à une candidature de joueurs expérimentés serait une erreur.

Certes, Bastien Blanqué a dépassé la trentaine, mais il demeure l’un des piliers du padel français et de l’équipe de France. Son expérience des grandes compétitions internationales constitue forcément un argument dans un tournoi comme le Paris Major.

Mais à ses côtés, Maxime Joris n’a que 25 ans.

Il n’est pas passé par un cursus fédéral comparable à celui des jeunes aujourd’hui intégrés au CNE, notamment parce que cette structure est récente. Faut-il pour autant considérer qu’il appartient moins à l’avenir du padel français ?

La question mérite d’être posée.

À 25 ans, Joris possède encore une marge de progression importante et s’est déjà installé parmi les joueurs français capables d’évoluer sur le circuit international. Miser sur Joris peut donc également être considéré comme miser sur l’avenir, simplement par un chemin différent de celui des joueurs issus du nouveau dispositif fédéral.

Et leur candidature possède un autre avantage évident : Blanqué et Joris sont tous les deux Français.

Guy de Chamisso, la carte de la très grande jeunesse

Face à eux, le dossier Olivier Guy de Chamisso représente peut-être l’expression la plus directe de la nouvelle politique fédérale.

À seulement 17 ans, le Français a explosé cette saison. Passé par le CNE, plusieurs fois champion de France dans les catégories jeunes, il a surtout franchi un cap sur le circuit international.

En mai, il remportait notamment son premier titre FIP à Marnes-la-Coquette avec Jérémy Robert, à seulement 17 ans. Un résultat qui ne relève plus simplement de la promesse : Guy de Chamisso a déjà montré qu’il était capable de gagner sur le circuit international.

À ce titre, il coche presque toutes les cases d’une politique tournée vers la formation et le long terme.

Mais son dossier possède deux handicaps par rapport à Blanqué / Joris.

Le premier est mathématique : Pascoal / Guy de Chamisso sont 25es sur la liste d’attente contre une 21e place pour Joris / Blanqué.

Le second concerne son partenaire.

Vasco Pascoal, 37 ans et Portugais : un détail qui peut compter

Guy de Chamisso s’est inscrit avec Vasco Pascoal. À 37 ans, le Portugais dispose d’une grande expérience et a connu différents circuits professionnels au cours de sa carrière.

Sportivement, évoluer avec un joueur de cette expérience peut évidemment être bénéfique pour un Français de 17 ans.

Mais du point de vue d’une wild card attribuée par la FFT pour son Major, la question est différente.

Une invitation récompense une paire. En donnant une wild card à Guy de Chamisso / Pascoal, la Fédération offrirait donc également une place à un joueur portugais de 37 ans, alors qu’elle dispose parallèlement d’une candidature Blanqué / Joris 100 % française.

Et dans un choix qui pourrait se jouer sur des détails, cela compte forcément.

Blanqué / Joris – Guy de Chamisso / Pascoal : les arguments

CritèreBlanqué / JorisGuy de Chamisso / Pascoal
Position sur la liste d’attenteAvantage : 21es25es
Paire 100 % françaiseOuiNon
Très grande jeunesseJoris : 25 ansGuy de Chamisso : 17 ans
Expérience Forte avec BlanquéForte avec Pascoal
Équipe de FranceBlanqué, cadre des Bleus
Joris, membre
Guy de Chamisso, projet d’avenir
Cursus fédéral / CNENon pour JorisOui pour Guy de Chamisso
Résultat FIP marquant en 2026Expérience internationale de la pairePremier titre FIP pour Guy de Chamisso à Marnes
Projection à long termeOui avec Joris, 25 ansTrès forte avec Guy de Chamisso, 17 ans

Ce tableau montre surtout qu’il n’existe pas de choix totalement évident.

Quelle définition de « l’avenir du padel français » ?

C’est finalement la question centrale.

Si la priorité absolue est donnée aux très jeunes joueurs identifiés et accompagnés dans le projet fédéral, Guy de Chamisso possède un dossier extrêmement fort. À 17 ans, membre du CNE et déjà vainqueur d’un tournoi FIP, il représente exactement le type de profil que la FFT cherche à faire émerger.

Mais si la Fédération élargit sa définition de l’avenir du padel français, Maxime Joris, à seulement 25 ans, en fait lui aussi pleinement partie. Avec en plus Bastien Blanqué, pilier de l’équipe de France, une meilleure position sur la liste d’attente et une paire entièrement tricolore, Blanqué / Joris accumulent plusieurs arguments importants.

C’est pourquoi, en fonction évidemment des autres invitations distribuées, la véritable bataille pour une éventuelle dernière wild card pourrait se situer entre ces deux paires.

Et le choix serait particulièrement révélateur.

Blanqué / Joris, ce serait privilégier une paire 100 % française, mieux placée sportivement, associant un cadre des Bleus à un joueur de 25 ans qui peut encore représenter plusieurs années l’équipe de France.

Guy de Chamisso / Pascoal, ce serait pousser encore plus loin la politique jeunesse, en considérant que le potentiel d’un Français de 17 ans suffit à justifier une invitation, même avec un partenaire étranger et malgré une position moins favorable sur la liste d’attente.

Je terminerais avec une conclusion assez éditoriale, qui assume ton analyse tout en séparant bien les faits de ton avis :

Une autre option : ne toucher à aucune paire déjà qualifiée

Une chose paraît certaine : il y aura des déçus. À moins que la FFT ne fasse un choix différent : laisser les deux paires comprenant un Français déjà présentes en qualifications, Dylan Guichard / Clément Geens et Thomas Leygue / Jesús Moya, suivre leur parcours sans leur attribuer une wild card pour le tableau principal. La liste actuelle les place respectivement aux 4e et 8e rangs des qualifications.

Traditionnellement, la FFT a pourtant eu tendance à aller chercher certains Français déjà présents en qualifications pour leur offrir une wild card dans le tableau principal. Une stratégie qui sécurise la présence de ses meilleurs représentants, mais qui réduit mécaniquement le nombre de places disponibles pour faire entrer de nouvelles paires françaises dans le Paris Major.

À notre sens, une autre stratégie pourrait cette fois être défendue : ne pas toucher aux Français déjà qualifiés pour les previas et utiliser les invitations pour élargir la représentation tricolore.

Le cas Guichard / Geens est particulièrement parlant. La paire franco-belge est déjà tête de série 4 des qualifications. Elle dispose donc, sur le papier, d’une position favorable pour aller chercher le tableau principal par la voie sportive. Une qualification acquise sur le terrain aurait également l’intérêt de leur permettre de profiter pleinement des bénéfices sportifs avec le bonus des points.

Cela permettrait surtout à la FFT d’utiliser ses wild cards pour ouvrir la porte à d’autres Français. Et, dans cette hypothèse, la bataille entre Blanqué / Joris et Guy de Chamisso / Pascoal prendrait encore davantage de sens.

Reste à savoir quelle philosophie choisira la Fédération : sécuriser ses Français les mieux placés en les faisant monter directement dans le tableau principal, ou profiter des wild cards pour donner leur chance à davantage de joueurs tricolores ?

C’est peut-être finalement le véritable choix de politique sportive derrière ces invitations.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.