À l’occasion du Paris Major 2026 à Roland-Garros, Dorian Navarro a pris la parole pour évoquer la réalité du padel-fauteuil en France, ses règles, son développement, mais surtout les obstacles qui freinent encore sa structuration à l’échelle internationale.

À 28 ans, le Français fait partie des références de la discipline. Champion de France en 2024 et vice-champion de France en 2025, il raconte un sport encore jeune, qui cherche désormais à franchir une nouvelle étape.

Du premier essai en 2021 au plus haut niveau français

L’histoire entre Dorian Navarro et le padel commence relativement récemment.

« J’ai essayé le padel pour la première fois fin 2021 et j’ai vraiment commencé en septembre 2022 à peu près. »

Quelques années seulement lui auront donc suffi pour s’installer parmi les meilleurs joueurs français de padel-fauteuil.

Depuis janvier 2024, il est entraîné par Jean-Michel Pequery à Antibes. Une situation plutôt favorable puisque Navarro peut également compter sur plusieurs joueurs dans sa région.

« J’ai beaucoup de chance parce qu’on est trois dans mon département, sur Nice, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. »

Car l’un des premiers problèmes rencontrés par les pratiquants reste justement de trouver des partenaires d’entraînement.

« Beaucoup de gens sont obligés de s’entraîner tout seuls de leur côté ou avec des gens qui ne sont pas en fauteuil. Ça marche très bien aussi, mais avoir un groupe d’entraînement de quatre joueurs en fauteuil, c’est compliqué. »

Quelle différence entre le padel-fauteuil et le padel classique ?

Sur le terrain, les règles restent très proches de celles du padel traditionnel. La principale adaptation concerne le nombre de rebonds autorisés.

« La règle qui diffère vraiment, c’est le double rebond. Au troisième rebond par terre, le point s’arrête. Dans le padel valide, au deuxième rebond, le point s’arrête. Sinon, on a les mêmes règles que les autres. »

Une adaptation essentielle qui permet de conserver les caractéristiques du padel tout en tenant compte des déplacements en fauteuil.

Dorian Navarro : « Si vous ne pouvez plus jouer debout, le padel-fauteuil est une solution »

Une quinzaine de tournois par an en France

Le circuit français de padel-fauteuil reprend également une partie de la nomenclature utilisée dans le padel traditionnel.

Navarro explique notamment que les P250 représentent le niveau le plus élevé du circuit, comparable dans sa hiérarchie aux P3000 chez les valides, tandis que les P100 se rapprochent des P2000.

Mais le calendrier reste encore limité.

« On doit avoir une quinzaine de tournois par an. On ne peut pas tout faire parce que, parfois, c’est un peu loin. »

La faible densité de joueurs et les déplacements nécessaires compliquent encore davantage la construction d’une véritable saison sportive.

Roland-Garros 2027, le possible début d’une nouvelle ère

C’est probablement le sujet majeur évoqué par Dorian Navarro : l’absence actuelle d’un véritable circuit international structuré.

Une situation qui pourrait toutefois commencer à évoluer dès 2027, avec la perspective d’un tournoi de padel-fauteuil organisé dans le cadre du Paris Major.

Une annonce que Navarro accueille comme une avancée importante.

« C’est vraiment une grosse avancée qu’on a eue grâce à M. Moretton et ça va être génial. J’espère que ça pourra ensuite se répercuter et permettre d’avoir un circuit FIP et un classement. »

L’objectif est clair : profiter de l’exposition de Roland-Garros pour poser les premières pierres d’une organisation internationale.

« Il n’y a pas de circuit international. C’est justement pour ça qu’on milite et qu’on pousse la chose. J’espère que le tournoi de Roland-Garros l’année prochaine sera précurseur de ce circuit. »

Pas de prize money : les joueurs dépendent des sponsors et des associations

La question économique constitue un autre défi important.

Alors que les joueurs professionnels du circuit traditionnel peuvent compter sur leurs sponsors en complément des prize money, la situation est encore plus compliquée en padel-fauteuil.

Dorian Navarro le résume avec humour :

« Nous, c’est bien parce qu’il n’y a pas de prize money, donc au moins c’est sûr qu’on ne gagne pas d’argent avec le prize money ! »

Les joueurs doivent donc trouver d’autres solutions pour financer leur pratique et leurs déplacements.

« Ça vient uniquement des sponsors et des soutiens financiers qu’on peut avoir via des associations, des comités ou des ligues. Mais c’est beaucoup plus compliqué. »

Les associations sportives jouent ainsi un rôle essentiel pour permettre aux joueurs de poursuivre leur saison.

Le circuit espagnol encore difficilement accessible aux Français

L’Espagne pourrait naturellement constituer une alternative pour les meilleurs Français, compte tenu du développement du padel-fauteuil dans le pays.

Mais là encore, un obstacle existe.

« Au début, on avait le droit, puis ça s’est compliqué et maintenant on n’a plus le droit. Il faut être résident espagnol pour pouvoir le jouer. »

Une situation que Navarro regrette, aussi bien pour les joueurs étrangers que pour les Espagnols.

« C’est dommage parce que tout le monde était content d’avoir des joueurs différents, de nouvelles têtes qui arrivent sur le circuit. Les Espagnols sont très contents aussi parce que ça fait un moment qu’ils jouent entre eux. »

Le Français espère là encore une évolution prochaine des règles.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.