À seulement 21 ans, Laura Luján Rodríguez s’est déjà installée dans les tableaux principaux de Premier Padel. La joueuse originaire de Séville, actuellement 45e mondiale, a pourtant dû gravir les échelons un à un : les tournois juniors, le FIP Tour, les qualifications de Premier Padel, puis les tableaux finaux.

Rencontrée lors du Madrid P1, l’Espagnole revient sur cette progression, les nouvelles exigences du très haut niveau, l’importance du travail physique, mais aussi le coût financier d’une carrière internationale.

Un parcours que le public français connaît déjà en partie. En 2025, Laura Luján avait partagé la piste avec Léa Godallier. Après plusieurs finales, la paire franco-espagnole avait notamment remporté le FIP Silver de Bandol, en dominant Sandra Bellver et María Rodríguez 6/3 6/3 en finale.

Aujourd’hui associée à Araceli Martínez, Laura Luján poursuit son apprentissage parmi les meilleures joueuses du circuit. Son profil officiel affiche une 45e place mondiale, 1 358 points et un meilleur classement en carrière au 44e rang.

« Je jouais pratiquement tous les week-ends »

Tu as connu toutes les étapes : les tournois juniors, le FIP Tour, les qualifications de Premier Padel puis les tableaux principaux. Comment as-tu réussi à progresser aussi rapidement ?

Laura Luján : J’ai terminé ma période chez les jeunes avec de très bons résultats. Cela se passait vraiment bien pour moi et j’ai notamment été championne du monde. J’avais donc très envie de franchir le cap et de rejoindre le circuit professionnel.

Finalement, je ne suis pas restée très longtemps uniquement sur les tournois FIP. Peut-être un an au maximum. En revanche, je jouais pratiquement tous les week-ends. Nous avons eu la chance d’obtenir de très bons résultats et j’ai remporté beaucoup de tournois FIP.

À cette époque, des joueuses évoluant déjà sur Premier Padel nous appelaient également pour jouer avec elles, car la situation concernant les points et les inscriptions n’était pas encore aussi compliquée qu’aujourd’hui.

« Au début, nous ne gagnions pas beaucoup en qualifications »

Ces résultats sur le FIP Tour t’ont ensuite ouvert les portes de Premier Padel…

Oui. Comme j’obtenais de bons résultats sur les FIP, certaines joueuses m’ont proposé de participer avec elles aux tournois Premier Padel. Même si je n’avais pas encore énormément de points, j’ai ainsi eu l’occasion de disputer les qualifications.

Au début, nous ne gagnions pas beaucoup de matchs en qualifications, il faut être honnête. Mais en continuant à nous entraîner, nous avons progressivement atteint le niveau nécessaire.

Je mélangeais alors les tournois FIP et Premier Padel. Cela me permettait de continuer à entrer dans les qualifications de Premier Padel, d’y accumuler de l’expérience, tout en essayant de gagner des titres et des points sur le FIP Tour.

Nous avons ensuite réussi à devenir têtes de série des qualifications. À partir de là, nous nous sommes qualifiées pour beaucoup de tableaux principaux. Je crois que, pendant quasiment toute une saison, nous avons réussi à franchir les qualifications.

Des opportunités déterminantes dans sa progression

Tu n’avais toutefois pas encore suffisamment de points pour intégrer directement les tableaux…

Non, mais plusieurs joueuses mieux classées m’ont donné l’occasion de disputer directement des tableaux finaux avec elles. C’est aussi grâce à ces opportunités que j’ai pu gagner les points nécessaires et parvenir ensuite à me maintenir dans les tableaux principaux.

Maintenant, les rencontres deviennent évidemment beaucoup plus difficiles. Nous n’avons pas encore remporté énormément de matchs dans les tableaux finaux. Nous avons parfois atteint les huitièmes de finale, mais il faut continuer à avancer petit à petit.

Cette saison, Laura Luján et Araceli Martínez ont notamment atteint les huitièmes de finale du Valencia P1 après avoir renversé Nuria Rodríguez et Giulia Dal Pozzo, alors toutes deux auréolées d’une demi-finale au Major de Rome. La paire s’était imposée 2/6 7/5 6/4. La FIP était revenue sur cette performance.

« J’ai encore énormément de choses à améliorer »

Maintenant que tu es régulièrement présente dans les tableaux de Premier Padel, comment organises-tu ton travail quotidien ?

Je pense que j’ai encore énormément de choses à améliorer. Mes entraîneurs me parlent principalement du physique. C’est extrêmement important et je travaille beaucoup plus sérieusement dans ce domaine.

Avant, je ne faisais pas vraiment de préparation physique, ou alors je la prenais un peu à la légère. Aujourd’hui, j’ai compris que, pour évoluer sur Premier Padel, le physique était indispensable. Je me concentre donc beaucoup plus sur cet aspect.

Techniquement, je pense également avoir une grande marge de progression.

Un calendrier qui laisse peu de place à l’entraînement

Est-il encore possible d’apporter des changements importants à ton jeu au milieu d’une saison aussi chargée ?

C’est compliqué, parce que les tournois Premier Padel se succèdent pratiquement toutes les semaines. Il faut souvent arriver plusieurs jours avant le début de la compétition. Quand tu perds, tu repars généralement le lendemain et beaucoup de tournois se disputent en dehors de l’Espagne.

Il devient donc très difficile de trouver du temps pour travailler et améliorer son jeu. Lorsqu’une semaine se libère, il faut parfois renoncer à participer à un tournoi FIP afin de rester à la maison et de s’entraîner autant que possible. La présaison constitue également une période importante pour cela.

Lorsque je perds un match, j’essaie de rentrer chez moi le plus rapidement possible pour pouvoir reprendre l’entraînement. Nous n’essayons pas de réaliser de grands changements d’un seul coup, car il faut pouvoir conserver de la confiance pour le tournoi suivant. L’objectif est plutôt d’intégrer progressivement de petites évolutions.

Laura Luján : « Pour jouer sur Premier Padel, le physique est devenu indispensable »

« Dormir est très important… et j’adore ça ! »

Avec les voyages, les matchs et les entraînements, comment gères-tu la récupération ?

Nous avons la chance de disposer de kinésithérapeutes sur les tournois Premier Padel. Bien sûr, tu ne peux pas y aller cinq fois dans la journée, mais après un entraînement ou un match, tu peux recevoir des soins. C’est un avantage très important pour récupérer.

Lorsque je rentre chez moi, je retrouve aussi mon équipe et mon propre kinésithérapeute. Nous discutons ensemble afin d’organiser les séances et d’adapter la charge d’entraînement.

Le sommeil est également essentiel. Personnellement, j’aime beaucoup dormir ! Il y a aussi l’alimentation. Avant, je ne mangeais pas forcément très bien. Je n’avais pas de nutritionniste et j’aime beaucoup les produits sucrés.

Depuis que je travaille avec des nutritionnistes, je ressens une vraie différence. Pour moi, l’alimentation est presque aussi importante que la préparation physique.

« L’alimentation influence énormément le rendement »

Tu as donc complètement changé tes habitudes ?

Oui. Les protéines, les glucides et tout ce que l’on mange avant un match peuvent véritablement aider à être plus performante sur la piste.

Tous ces éléments influencent énormément ton rendement, non seulement pendant les rencontres, mais également dans ton travail quotidien. Quand tu veux évoluer au plus haut niveau, tu ne peux plus négliger ce genre de détails.

« Sans les sponsors, une carrière comme la mienne ne serait pas possible »

Être joueuse professionnelle implique également un budget important. Comment finances-tu ta saison ?

Sincèrement, c’est en grande partie grâce à ma représentante. Lorsque j’ai terminé mon parcours chez les jeunes, mes parents payaient encore toutes mes dépenses.

Mais quand tu arrives sur le circuit professionnel, presque tous les tournois sont loin de chez toi et cela représente un coût très important. Ma représentante m’a fait confiance et a contacté plusieurs marques afin de construire un projet autour de moi.

Je suis aujourd’hui accompagnée par Joma pour le matériel et la partie financière. J’ai également un sponsor dans le secteur des appartements à Marbella. Pour la nutrition et les compléments alimentaires, je travaille avec Scientific Nutrition.

Sans ces partenaires, ce ne serait pas possible. Une grande partie du circuit se déroule en dehors de l’Espagne, ce qui implique énormément de déplacements et de billets d’avion. Je ne voulais pas que mes parents continuent à supporter seuls tout ce poids financier.

C’est donc principalement grâce à mes sponsors que je peux me rendre sur les différents tournois et poursuivre ma carrière professionnelle.

Alexandre Prévert

Directeur & Coach de son Académie haut-niveau à Barcelone : Alexandre partage la vie des circuits FIP & Premier Padel !