Atteindre une finale sur Premier Padel, c’est aller au bout d’une semaine éprouvante… avant parfois de devoir recommencer quelques jours plus tard.

Coki Nieto / Mike Yanguas viennent d’en faire l’expérience : après près de trois heures de combat en finale du Madrid P1 face à Chingotto / Galán, les Espagnols ont rejoint Paris avant de chuter dès les huitièmes de finale face à Alonso / Goñi (6/4 6/3), une défaite où le poids de la fatigue a notamment été pointé du doigt.

Récupération physique, fatigue mentale, déplacements ou encore changements de conditions de jeu : comment les joueurs parviennent-ils à remettre les compteurs à zéro lorsqu’ils enchaînent les longues semaines de compétition ?

Quand la finale laisse des traces

Coki Nieto / Mike Yanguas ne sont pas les seuls à avoir connu un retour sur terre brutal après une finale. Quelques semaines plus tôt, Javi Leal / Fran Guerrero avaient réalisé un superbe parcours au Pretoria P1, jusqu’à atteindre leur première finale Premier Padel ensemble, perdue face à Chingotto / Galán. À peine le temps de quitter l’Afrique du Sud qu’il fallait déjà rallier Londres : lors du tournoi suivant, la paire espagnole s’inclinait dès son entrée en lice, incapable de prolonger la dynamique construite à Pretoria.

Même scénario récemment pour Nieto / Yanguas : après leur finale de 2 h 43 à Madrid, conclue par une défaite 6/4 5/7 6/4 face à Chingotto / Galán, ils ont rejoint Paris avant de tomber dès les huitièmes contre Alonso / Goñi (6/4 6/3). Deux exemples qui illustrent ce que peut coûter une semaine passée à aller jusqu’au dimanche : aux matchs accumulés s’ajoutent la déception d’une finale perdue, la récupération à gérer et, parfois, un déplacement vers le tournoi suivant presque immédiat.

Des chiffres qui racontent pourtant une autre histoire

Ces deux exemples pourraient laisser penser qu’une finale se paie presque automatiquement quelques jours plus tard. Les résultats observés cette saison racontent pourtant une réalité bien différente. Sur les 28 cas étudiés de paires ayant disputé une finale avant d’enchaîner immédiatement avec un nouveau tournoi Premier Padel, 25 ont de nouveau atteint au minimum les demi-finales, soit près de 89 %, et 18 sont même retournées en finale. Une capacité particulièrement impressionnante chez les deux meilleures paires mondiales.

Coello / Tapia ont par exemple remporté successivement Rome, Valence, Valladolid, Bordeaux puis Malaga, malgré quatre semaines consécutives de compétition entre Rome et Bordeaux. Chingotto / Galán, leurs adversaires lors des finales de Rome, Valence, Valladolid et Bordeaux, ont eux aussi enchaîné quatre finales consécutives sur cette période.

Plus récemment, après leur combat de 2 h 43 face à Nieto / Yanguas à Madrid, ils ont encore trouvé les ressources pour atteindre la finale du Paris Major quelques jours plus tard. La fatigue existe, mais les meilleures paires semblent justement posséder une capacité supérieure à l’absorber sans que leurs résultats ne s’effondrent.

Récupérer les jambes, mais aussi la tête

La récupération entre deux tournois ne se limite pourtant pas aux heures passées chez le kiné. L’accumulation est également mentale. Franco Stupaczuk travaille depuis plusieurs années avec une psychologue sportive et explique avoir gagné en maturité dans sa manière de gérer les éléments qu’il ne contrôle pas pendant la compétition.

Plus récemment, il confiait encore travailler spécifiquement sur l’ambition et la capacité à arriver sur chaque tournoi avec la même faim, malgré les années passées au plus haut niveau. Le rythme du circuit impose aussi de savoir couper : Stupaczuk et Yanguas avaient déjà insisté sur la nécessité de trouver un équilibre entre compétition, déplacements, vie d’équipe et moments de repos avec leurs proches. Une dimension parfois sous-estimée lorsqu’une paire vient de passer six jours sous tension avant de devoir immédiatement se projeter sur un nouveau tableau.

D’autant que le voyage s’ajoute à l’équation : Jorge Martínez, entraîneur de Chingotto / Galán, souligne lui-même l’usure provoquée par un calendrier international et les déplacements permanents. Récupérer après une finale, c’est donc autant remettre le corps en état que réussir à refermer mentalement un tournoi pour en commencer un autre presque immédiatement.

D’un tournoi à l’autre, il faut aussi changer de repères

À cette récupération s’ajoute une autre difficulté : les conditions peuvent complètement évoluer en quelques jours. L’enchaînement Madrid–Paris en est un bon exemple. Le P1 espagnol se disputait en indoor au Movistar Arena, dans des conditions particulièrement rapides, Chingotto soulignant lui-même à Madrid que la balle « sort beaucoup ».

Quelques jours plus tard, changement de décor à Roland-Garros : tournoi outdoor, températures nettement plus fraîches — autour de 15 degrés au plus bas contre près de 38 degrés à Madrid et donc des sensations différentes dans le jeu.

Les joueurs ne doivent donc pas seulement récupérer : ils doivent immédiatement adapter leurs repères, leur défense, leurs lobs ou encore leur jeu aérien. Pour une paire qui vient de disputer cinq ou six matchs et une finale le dimanche, la semaine suivante commence ainsi parfois par une véritable remise à zéro.

La récupération, une qualité de plus pour gagner

Le paradoxe est finalement assez simple : plus une paire va loin dans un tournoi, moins elle dispose de temps pour préparer le suivant. Lorsque Coello / Tapia remportaient Rome en juin, le Premier Padel reprenait dès le lendemain à Valence ; quelques semaines plus tard, le passage de Valladolid à Bordeaux s’effectuait avec, selon les propres mots de la FIP, à peine le temps de profiter du tournoi précédent.

Pourtant, les meilleures paires continuent souvent de répondre présentes. Savoir récupérer vite, tourner la page d’une victoire ou d’une défaite, voyager puis s’adapter à de nouvelles conditions est désormais une composante de la performance au même titre que le physique ou la tactique.

Les exemples de Nieto / Yanguas et Leal / Guerrero montrent que l’équilibre peut parfois se rompre. Ceux de Coello / Tapia ou Chingotto / Galán rappellent surtout qu’au sommet du padel mondial, la différence se fait peut-être aussi entre deux tournois, loin de la piste.

Raphael Degironde

Fan et joueur de padel, je scanne le milieu du padel : Attention vous êtes surveillés !