Le padel français continue de grandir à une vitesse impressionnante, mais cette croissance entraîne désormais de nouveaux problèmes : multiplication des tournois, concurrence entre clubs, P500 devenus parfois trop accessibles, W.O. de dernière minute, classement à adapter et nécessité de mieux contrôler l’organisation des compétitions.

À l’occasion des Championnats de France de padel 2026 à Padel Plus Agen, Padel Magazine s’est entretenu avec Éric Largeron, vice-président de la Fédération Française de Tennis et élu en charge du padel.

Dans cet entretien, il revient sans détour sur plusieurs dossiers sensibles. Il reconnaît notamment que, dans certaines zones, le nombre de tournois est devenu excessif, que le système actuel des P500 présente une « dérive inverse » après les modifications apportées à son barème et que la FFT réfléchit à de nouveaux moyens de lutter contre les forfaits et les W.O.

Il évoque également le dialogue avec les structures privées, l’outil Moja, l’évolution permanente des cuts et un chiffre qui illustre à lui seul le changement d’échelle du padel français : environ 170 000 joueurs et joueuses classés.

« Dans ce sport, il faut être très réactif »

Padel Magazine : Les Championnats de France sont aussi l’occasion de dresser un premier bilan. Comment analyses-tu l’évolution du padel français en 2026 ?

Éric Largeron : Pour nous, la nouvelle saison a déjà commencé puisque nous fonctionnons depuis le 1er septembre. Nous avons donc déjà réalisé de premiers bilans et mis en place des évolutions réglementaires, informatiques ainsi que différents tests.

Nous sommes dans un sport qui connaît toujours une croissance extrêmement importante et un mouvement constant.

Il faut donc être très réactif. Ce n’est pas toujours facile pour nous, mais c’est le jeu et nous nous y prêtons bien volontiers.

« La vérité d’il y a trois ans est-elle toujours la même aujourd’hui ? »

Padel Magazine : Le padel évolue tellement rapidement que certaines bonnes décisions prises il y a quelques années peuvent nécessiter aujourd’hui d’être revues.

Éric Largeron : Exactement. Il y a beaucoup d’exemples.

Le premier qui me vient à l’esprit est celui de l’indexation, c’est-à-dire le quota de licences demandé aux clubs pour pouvoir organiser un certain nombre de tournois, avec également le travail d’harmonisation.

Quand nous avons mis ce système en place il y a trois ans, la situation était différente.

La question que nous devons nous poser aujourd’hui est simple : la vérité d’il y a trois ans est-elle toujours la même aujourd’hui ?

Nous réfléchissons donc à ces sujets. Et nous associons également les groupes privés à cette réflexion, notamment à travers leur association.

L’objectif est de pouvoir faire évoluer les choses rapidement lorsqu’il le faut, mais sans se précipiter.

Les clubs privés désormais associés aux réflexions

Padel Magazine : Une association représentant des clubs privés s’est récemment structurée. Le dialogue avec la FFT fonctionne-t-il ?

Éric Largeron : Oui, le dialogue existe.

Évidemment, il y a des demandes auxquelles nous pouvons répondre favorablement et d’autres pour lesquelles ce ne sera pas possible.

Mais ce que je retiens surtout, c’est que cette association partage avec nous la volonté de développer le padel français.

C’est donc positif de travailler ensemble.

Cette association peut également nous alerter sur une partie du fonctionnement que nous connaissons moins historiquement à la Fédération : la dimension commerciale des structures.

Nous venons d’une culture davantage associative, notamment avec le tennis. Les structures privées ont parfois une approche différente.

Puisque nous devons avancer ensemble, il est très intéressant d’avoir ces différents points de vue.

P500 : « Une dérive inverse est arrivée »

Padel Magazine : Parlons du P500, une catégorie qui continue de susciter beaucoup de discussions. Le système actuel doit-il encore évoluer ?

Éric Largeron : Le P500 a depuis longtemps eu du mal à trouver sa place.

Avec notre système de cut et la manière dont étaient organisés les P250, P500 et P1000, un bon joueur de P250 pouvait parfois préférer continuer à jouer des P250.

Pourquoi ? Parce qu’il avait davantage de chances d’y prendre des points que sur un P500 plus relevé, dans lequel il devait aller chercher une très bonne place pour véritablement améliorer son classement.

Nous avons donc modifié le système cette année avec un barème fixe.

Mais une autre dérive est apparue.

Des joueurs relativement faibles, situés en queue de cut d’un P500, peuvent aujourd’hui repartir avec un nombre important de points.

Un joueur habitué aux P100 peut, sans gagner un match sur un P500, repartir avec davantage de points que s’il avait remporté un P100.

C’est un peu la dérive inverse.

Nous en avons conscience.

Limiter le nombre de P500 par club ?

Face à cette situation, Éric Largeron évoque une piste particulièrement intéressante : limiter éventuellement le nombre de P500 qu’un même club peut organiser.

Attention toutefois : il s’agit à ce stade d’une idée évoquée dans la réflexion, et non d’une décision actée.

Éric Largeron : Changer les règles tous les quatre matins n’est pas forcément la meilleure solution.

Mais peut-être pourrait-on limiter le nombre de P500 par club, de manière à éviter que cette catégorie devienne une sorte d’usine à points facile.

L’idée serait au contraire que le P500 redevienne un événement recherché dans un club, avec des joueurs qui viennent essayer d’y réaliser le meilleur résultat possible.

C’est une idée, rien de plus à ce stade.

Padel Magazine : L’objectif serait donc aussi de redonner une véritable hiérarchie entre les catégories ?

Éric Largeron : Oui.

Ce que nous voulons, c’est qu’un P250 rassemble des joueurs globalement plus faibles que sur un P500, que le P500 soit en dessous du P1000, mais au-dessus du P100, et ainsi de suite.

Il faut conserver une cohérence sportive entre les catégories.

Le prize money pourrait-il revenir sur les P500 ?

Padel Magazine : Il y a quelques années, un prize money était obligatoire sur les P500. Cette contrainte limitait mécaniquement le nombre de tournois. Est-ce que son retour pourrait être une solution ?

Éric Largeron : Il faut rappeler pourquoi nous l’avons supprimé.

Ce sont notamment de nombreuses structures privées qui nous avaient demandé de retirer cette obligation de prize money.

Et nos statistiques montraient également qu’il y avait trop peu de P500 organisés en France.

Nous avons donc accédé à cette demande.

Depuis, nous n’avons pas modifié la règle.

Mais il faut bien comprendre que nous avons rendu le prize money non obligatoire. Nous ne l’avons pas interdit.

Un organisateur peut parfaitement décider de proposer une dotation financière sur son P500.

« Les joueurs iront peut-être vers les meilleures organisations »

Avec la multiplication des clubs et des compétitions, Éric Largeron estime également qu’une forme de sélection pourrait progressivement s’opérer du côté des joueurs.

Éric Largeron : À un moment donné, il y aura peut-être des choix à faire par les joueurs.

Il y aura tellement de clubs et tellement de tournois proposés qu’ils pourront naturellement aller vers les meilleures organisations, celles qui proposent les meilleures conditions, éventuellement les meilleures dotations ou les meilleurs cadeaux et qui respectent le mieux le joueur.

Je ne suis pas forcément très à l’aise avec le mot « concurrence », mais dans le padel français aujourd’hui, nous sommes obligés d’en tenir compte.

Il y a énormément de structures et, parfois, énormément de clubs concentrés dans les mêmes zones.

« Dans certains endroits, il y a beaucoup trop de tournois »

Padel Magazine : On voit désormais des joueurs participer à un tournoi le matin, parfois à un autre l’après-midi et éventuellement encore à une autre compétition ensuite. Certains clubs expliquent même être obligés d’organiser toujours plus de tournois pour ne pas perdre leurs joueurs au profit du voisin. Est-ce que cette profusion commence à devenir problématique ?

Éric Largeron : Il faut distinguer plusieurs choses.

Lorsqu’une structure ouvre, la Fédération n’a pas vocation à lui interdire d’obtenir une habilitation lui permettant de développer du padel fédéral.

Nous ne pouvons pas mettre en place une sorte de numerus clausus et dire : « Là, vous êtes trop nombreux, donc nous refusons votre ouverture. »

Ce n’est pas notre fonctionnement.

Mais une fois qu’un club privé est ouvert, il doit évidemment être rentable.

Le tournoi peut alors être considéré de deux façons : comme une animation du club, ce qui est très positif, mais également comme un moyen de remplir les heures creuses.

C’est aussi ce qui explique cette profusion de compétitions.

Quand nous voyons certaines structures organiser énormément de tournois, nous pouvons nous demander si cela ne traduit pas aussi une difficulté à remplir certaines plages horaires avec de la location classique.

Et il faut être prudent.

Si les joueurs ne font plus que des tournois, ils ne s’entraînent plus forcément et ne réservent plus nécessairement des pistes pour faire des parties loisirs.

Les ligues peuvent déjà harmoniser les calendriers

Pour Éric Largeron, une partie de la réponse peut venir des ligues et des comités départementaux, qui disposent déjà de leviers pour éviter certaines situations absurdes.

Éric Largeron : Les ligues et les comités départementaux peuvent harmoniser.

Si vous avez, par exemple, deux P100 organisés à cinq kilomètres l’un de l’autre, le territoire peut intervenir et décider qu’il n’y en aura qu’un des deux.

Cela ne supprime pas totalement le problème du nombre de tournois pour les structures disposant de beaucoup de licences, mais cela permet au moins de donner davantage de chances aux compétitions de se remplir.

Sinon, vous pouvez avoir deux tournois proches géographiquement qui ne remplissent ni l’un ni l’autre et qui, finalement, se tirent mutuellement vers le bas.

Les clubs sont-ils « pris en otage » par les tournois ?

Padel Magazine : Un responsable de club me disait récemment se sentir presque « pris en otage » : il aimerait parfois organiser moins de tournois, mais s’il ne le fait pas, ses joueurs vont jouer dans le club voisin. Est-ce que tu comprends ce sentiment ?

Éric Largeron : Je n’aime pas les termes excessifs.

Mais il est vrai qu’organiser un tournoi peut parfois être plus simple que de monter une partie loisir avec quatre joueurs de même niveau.

Pour une partie loisir, la structure doit parfois trouver deux personnes, puis deux autres joueurs d’un niveau comparable pour que tout le monde passe une heure et demie agréable.

Avec un tournoi, on ouvre les inscriptions et les joueurs viennent.

Cela demande évidemment ensuite du travail au juge-arbitre, parce qu’il faut gérer les désistements, les changements de partenaires et tout ce qui peut arriver.

Mais le tournoi peut malgré tout représenter une forme de facilité.

Et mon message est clair : des tournois, il y en a beaucoup. Dans certains endroits, il y en a beaucoup trop.

Après, chacun doit prendre ses responsabilités.

Certaines structures ont peut-être besoin de ces tournois parce que, sans eux, elles auraient des pistes vides.

Peut-il aussi y avoir trop de clubs dans certaines zones ?

Padel Magazine : Si certaines régions ont trop de tournois, cela signifie-t-il qu’il y a aussi parfois trop de clubs ?

Éric Largeron : Oui, cela peut se ressentir.

Les structures elles-mêmes le constatent.

Elles voient certains tournois moins bien se remplir qu’avant. Les carnets de réservation peuvent être très bons aux heures pleines, mais beaucoup moins sur l’ensemble de la journée.

Je pensais naïvement qu’un nouvel investisseur souhaitant ouvrir une structure irait naturellement vers une zone dans laquelle il y avait peu d’offre.

Ce n’est pas forcément ce qui se produit.

Certains voient qu’un club fonctionne bien, réalise un certain chiffre d’affaires avec un certain nombre de pistes et se disent qu’ils vont pouvoir faire la même chose juste à côté.

Mais ce n’est pas aussi simple.

À un moment, les structures risquent de se tirer vers le bas.

Il y a de plus en plus de joueurs de padel, c’est indéniable. Mais ils ne pourront pas forcément permettre à toutes les structures de fonctionner avec un taux de remplissage maximal.

Moja : davantage de transparence dans les tournois

Parmi les évolutions déjà engagées par la FFT, Éric Largeron insiste sur le déploiement de Moja pour la gestion sportive des compétitions.

L’objectif est notamment de disposer d’un outil permettant de mieux encadrer l’organisation des tournois et d’éviter certaines incohérences.

Éric Largeron : C’est quelque chose d’assez nouveau dans l’organisation des tournois de padel.

Le travail a commencé depuis le mois de juin, mais il faut maintenant que les clubs et les juges-arbitres s’approprient véritablement l’outil.

Avec Moja, nous pouvons notamment savoir si un juge-arbitre est déclaré sur deux tournois simultanément ou si un joueur participe à deux tournois au même moment.

Il y a également l’obligation d’inscrire la paire et non simplement un joueur.

Cela apporte davantage de transparence et permet de limiter certaines dérives ou certains arrangements.

Nous sommes très vigilants là-dessus.

L’objectif est désormais de consolider Moja, car tout ne fonctionne pas encore parfaitement et tout le monde ne maîtrise pas encore complètement l’outil.

W.O. : la FFT réfléchit à des pénalisations au classement

C’est l’une des déclarations les plus importantes de l’entretien.

La FFT souhaite mieux lutter contre les joueurs qui déclarent forfait très tardivement et réfléchit à des formes de pénalisation pouvant avoir un impact sur le classement.

Là encore, aucune mesure précise n’est annoncée comme définitivement adoptée.

Éric Largeron : Nous allons accélérer sur certaines choses que nous n’aimons pas voir.

Je pense notamment aux joueurs qui multiplient les W.O., qui annoncent la veille au soir qu’ils ne viendront finalement pas.

Nous réfléchissons à des formes de pénalisation, par exemple au niveau du classement.

Ce ne sera pas mis en place immédiatement, mais les forfaits nous posent problème.

Notre outil devrait nous permettre de mieux répondre à certaines de ces situations.

Redonner au juge-arbitre son rôle de garant de la compétition

Au-delà de l’outil informatique, Éric Largeron souhaite également rappeler la place centrale du juge-arbitre.

Éric Largeron : Le padel possède une particularité.

Le juge-arbitre est souvent très lié à une structure. Et les joueurs sont également des clients de cette structure.

Nous venons d’une culture dans laquelle le juge-arbitre doit être une personne neutre, qui prend les décisions et garantit la compétition.

Nous aimerions retrouver pleinement ce rôle.

Le juge-arbitre ne doit pas nécessairement aller dans le sens des joueurs. Il doit avant tout être le garant du bon déroulement de la compétition.

« Il faudrait presque changer les cuts tous les deux mois »

Padel Magazine : Sur le plan réglementaire, peut-on s’attendre à d’autres changements dans les prochains mois, notamment en 2027 ?

Éric Largeron : Nous sommes en constante évolution.

Nous observons tout ce qui se passe et tous les points qui deviennent difficiles.

Prenons les cuts : avec la croissance actuelle, il faudrait presque les changer tous les deux mois.

Nous avons aujourd’hui environ 170 000 personnes classées.

À une époque, j’ai moi-même été autour de la 4 000e place, mais il n’y avait alors qu’environ 4 200 joueurs classés.

Aujourd’hui, être 4 000e français signifie avoir un tout autre niveau.

Le classement se construit du haut vers le bas et nous sommes en train de remplir énormément la base de la pyramide.

Cela rend les réflexions sur les cuts et les catégories beaucoup plus complexes.

Padel contre tennis : beaucoup moins de compétiteurs, mais une activité très intense

Padel Magazine : Avec cette multiplication des compétitions, le joueur de padel ne participe-t-il pas finalement beaucoup plus souvent à des tournois qu’un joueur de tennis ?

Éric Largeron : Il faut distinguer le nombre de compétiteurs et leur fréquence de participation.

En tennis, nous sommes autour de 350 000 joueurs classés, contre environ 170 000 en padel.

Il reste donc davantage de compétiteurs en tennis.

Mais il y a énormément de tournois de padel.

En Occitanie, par exemple, nous étions autour de 8 200 à 8 600 tournois sur la saison 2026, toutes catégories confondues.

Il faut cependant rappeler qu’un tournoi de tennis peut accueillir 300, 400 ou 500 personnes, alors qu’un tournoi de padel peut compter 12, 16 ou 24 paires.

Et ce sont souvent les mêmes joueurs qui enchaînent plusieurs compétitions.

Je dirais donc que le padel est beaucoup plus actif en termes de fréquence de compétition, parce que les joueurs de padel participent beaucoup plus régulièrement à des tournois que les joueurs de tennis.

C’est ma perception. Je n’ai pas forcément toutes les mesures permettant de l’affirmer statistiquement, mais les chiffres disponibles montrent cette très forte activité.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.