Le tableau du Rotterdam P2 laisse entrevoir un quart de finale particulièrement intéressant entre Mike Yanguas–Coki Nieto et Juan Lebrón–Leo Augsburger. Rien n’est encore acquis : les deux paires devront d’abord franchir les tours précédents. Mais si l’affiche se confirme vendredi, elle opposera surtout deux manières très différentes de prendre le contrôle d’un échange.

Lebrón et Augsburger cherchent souvent à réduire le temps nécessaire pour passer d’une situation neutre à une position d’attaque. Dès qu’une balle permet d’avancer, leur capacité à prendre le filet, à jouer haut et à accélérer peut rapidement étouffer l’adversaire. Face à eux, Yanguas et Nieto devront probablement résoudre une équation délicate : ralentir cette prise d’initiative sans se condamner à défendre en permanence.

Empêcher Lebrón–Augsburger de frapper en avançant

C’est probablement le premier indicateur à observer si les deux paires se retrouvent.

Le problème posé par Lebrón–Augsburger ne commence pas lorsque Leo arme un smash. Il apparaît souvent plusieurs frappes auparavant, au moment où l’un des deux peut jouer une première balle offensive avec le poids du corps vers l’avant. À partir de là, la paire gagne du terrain, ferme progressivement les angles et oblige l’adversaire à défendre toujours plus bas.

Pour Yanguas et Nieto, l’objectif pourrait donc être de modifier la position depuis laquelle leurs adversaires frappent. Un lob profond n’a pas besoin de provoquer immédiatement une récupération du filet pour être efficace : s’il oblige Augsburger ou Lebrón à reculer avant de jouer, il retire déjà une partie de leur avantage.

Toute la difficulté sera de trouver cette profondeur sans offrir de balle intermédiaire. Face à une paire aussi agressive, un lob trop court peut immédiatement se transformer en nouvelle séquence offensive.

Le choix des lobs sera essentiel

La direction de ces lobs donnera également une première indication du plan adopté par Yanguas et Nieto. Chercheront-ils davantage la diagonale pour obtenir de la longueur et du temps, utiliseront-ils le parallèle pour déplacer la structure adverse, ou alterneront-ils suffisamment les deux pour empêcher Lebrón et Augsburger d’anticiper ?

La question mérite surtout d’être observée plutôt que tranchée avant le match.

Même chose pour la répartition du volume. On pourrait être tenté d’imaginer que Yanguas–Nieto chercheront volontairement Augsburger afin de limiter l’influence de Lebrón dans la construction. Mais cette hypothèse doit être vérifiée sur la piste. Donner énormément de balles à l’Argentin signifie également lui offrir davantage d’occasions d’utiliser sa puissance.

Le véritable relevé intéressant sera donc moins le nombre de balles jouées sur l’un ou l’autre que le type de balles qu’ils seront obligés de jouer : en avançant, à l’arrêt ou en reculant.

Faire baisser le point de contact au filet

L’autre bataille devrait se situer autour de la première volée.

Lorsque Lebrón–Augsburger récupèrent le filet sur une balle confortable, ils peuvent immédiatement imposer leur rythme. Yanguas et Nieto auront donc tout intérêt, lorsqu’ils ne peuvent pas lober dans de bonnes conditions, à chercher des trajectoires suffisamment basses pour empêcher une première volée agressive.

C’est là que la chiquita, les balles travaillées au corps ou les trajectoires dans les pieds peuvent prendre de l’importance. L’objectif n’est pas nécessairement de passer immédiatement. Il s’agit d’obliger le joueur au filet à relever sa volée plutôt qu’à la frapper vers l’avant.

Une seule balle basse peut parfois suffire à changer la géométrie du point : la paire offensive doit jouer une frappe supplémentaire, celle qui défend peut avancer de quelques mètres et le filet redevient contestable.

Pour Yanguas et Nieto, qui savent installer des séquences plus longues sans forcément chercher l’accélération immédiate, cette capacité à transformer progressivement une défense en situation neutre pourrait être déterminante.

Le centre pour réduire les angles

L’utilisation du centre sera également intéressante à suivre.

Face à une paire qui aime accélérer, ouvrir constamment les angles comporte un risque : une trajectoire extérieure mal exécutée peut offrir exactement l’espace nécessaire pour prendre davantage de vitesse. Le centre permet au contraire de réduire les possibilités immédiates et peut créer un bref temps d’hésitation dans la répartition des zones.

Il ne s’agira pas nécessairement de chercher une faute entre Lebrón et Augsburger. L’intérêt peut simplement être de les empêcher de jouer systématiquement dans leur direction préférée et de gagner suffisamment de temps pour replacer la paire.

C’est précisément sur ces détails que Yanguas–Nieto pourraient tenter de déplacer le rapport de force. Ils n’ont aucun intérêt à accepter une bataille uniquement fondée sur la vitesse et la puissance. Leur solution passerait davantage par la profondeur, la répétition, la qualité des trajectoires et la capacité à obliger leurs adversaires à jouer une frappe supplémentaire dans une position moins confortable.

Contrôler sans reculer

Reste un danger évident : à force de vouloir contrôler la puissance adverse, Yanguas et Nieto ne devront pas tomber dans une défense trop passive.

Face à Lebrón–Augsburger, rendre continuellement le filet sans créer de possibilité de contre-attaque peut rapidement devenir intenable. Même une défense excellente finit par céder si chaque point se transforme en succession de frappes jouées depuis le fond.

Leur capacité à identifier le moment de remonter sera donc aussi importante que leur qualité défensive. Une volée basse imposée, un lob qui repousse suffisamment la paire adverse ou une balle neutre au centre devront être transformés en occasions de reprendre du terrain.

C’est toute la nuance de l’affrontement potentiel : contenir sans subir.

Un quart qui permettrait de mesurer deux structures

Avant d’en arriver là, le tableau doit évidemment suivre son cours. Lebrón et Augsburger, têtes de série 3, attendent en huitièmes le vainqueur du match entre Aguirre–García et Tello–Arce. Yanguas et Nieto, têtes de série 6, doivent quant à eux passer deux tours pour atteindre les quarts.

Mais si la rencontre se produit, elle offrira un test tactique particulièrement lisible. Il faudra regarder la profondeur des lobs de Yanguas–Nieto, la position de Lebrón et Augsburger au moment de jouer leurs premières frappes offensives, la hauteur de leurs volées, la fréquence des balles au centre et surtout la capacité des Espagnols à récupérer le filet après avoir défendu.

La question ne sera probablement pas de savoir s’ils peuvent empêcher Lebrón et Augsburger d’attaquer. Sur la durée d’un match, ce serait illusoire.

Le véritable enjeu sera de savoir s’ils peuvent les obliger à attaquer dans de moins bonnes conditions, suffisamment souvent pour reprendre eux-mêmes le contrôle de l’échange.

Antoine Tricolet

J’ai découvert le Padel en Espagne par hasard dans un camping. Le virus a pris immédiatement, passionné de padel, je suis l’actualité internationale et régionale en vibrant tout autant que ce sport.