Léa Godallier et Carla Touly sont devenues championnes de France 2026 à Padel+ Agen. Après leur victoire en finale face à Louise Bahurel et Lucile Pothier (6/3 6/1), les deux Françaises se sont confiées au micro de Franck Binisti pour Padel Magazine.

Une interview d’après-match riche en enseignements : le repositionnement de Godallier à gauche, la complémentarité de la paire, la progression du padel féminin français, mais aussi plusieurs réponses de Carla Touly qui prennent aujourd’hui une tout autre dimension après l’annonce de l’arrêt de sa carrière professionnelle.

Godallier : « Ça a pris un peu de temps »

Pour Léa Godallier, ce titre a demandé une véritable période d’adaptation. Habituée à évoluer à droite sur le circuit international, la Française devait cette fois retrouver le côté gauche aux côtés de Carla Touly.

Et les premiers matchs n’ont pas forcément été simples.

« Je ne sais pas si le mot, c’est assurer. C’est une Léa qui prend ses marques, qui essaye de faire abstraction de la fatigue, des maux physiques et qui s’appuie beaucoup sur sa super partenaire, qui est hyper positive et hyper souriante. Ça m’a beaucoup aidée. »

Godallier rappelle surtout qu’elle n’avait plus évolué à gauche depuis longtemps.

« Je n’ai pas joué à gauche depuis le Mondial des Europes de l’année dernière à gauche. J’arrive de Rotterdam, où j’étais en train de jouer à droite contre Martita, et je me retrouve au Championnat de France à gauche. »

Il lui fallait donc retrouver des automatismes. Une adaptation qui s’est faite progressivement au fil du tournoi.

« Il y a eu un temps d’adaptation. Et après, on savait avec Carla que plus les jours passaient, plus les matchs passaient, plus on prenait nos repères ensemble et mieux c’était. »

Touly : « Essayer de gagner tous les points »

De son côté, Carla Touly abordait ces Championnats de France après environ un mois sans tournoi.

Pourtant, elle n’a pas forcément eu le sentiment d’avoir changé de niveau entre le début de la compétition et cette finale parfaitement maîtrisée.

« Je n’ai pas eu l’impression de faire un meilleur match aujourd’hui qu’hier. Peut-être qu’en le regardant, je me dirais que j’ai fait moins de fautes. »

Son objectif était ailleurs : profiter de cette association avec Godallier et ne rien lâcher.

« C’était vraiment l’objectif : prendre du plaisir avec Léa sur le terrain et essayer de gagner tous les points. Peu importe la manière, en se roulant par terre s’il fallait. »

Une paire construite pour ne rien donner

Cette finale a également permis de mieux comprendre la philosophie de jeu de Godallier / Touly.

À gauche, Godallier ne cherche pas nécessairement à reproduire le profil d’une joueuse ultra-offensive qui doit terminer les points en permanence. Elle préfère s’appuyer sur ses qualités naturelles : défendre, construire, créer des espaces et accélérer lorsque la bonne balle se présente.

La demi-finale face à Marie-Amélie Dardaine et Clara Mansart, particulièrement agressives, lui avait d’ailleurs posé quelques problèmes dans cette recherche d’équilibre.

« Elles nous rentraient dedans tout le temps. Et ça me donnait l’impression qu’il fallait que je rentre moi aussi dedans. Alors que pas du tout. »

En finale, les deux Françaises ont retrouvé leur identité.

« On sait qu’on n’a pas forcément un énorme coup fort. Mais, pour gagner un point contre nous, c’est pénible. »

Godallier développe :

« On veut vraiment que les filles se rendent compte que, pour gagner un point contre nous, il faut vraiment aller le chercher. Nous, on ne donne pas un point gratuit. On crée des espaces en les faisant bouger et, dès qu’on a la bonne balle, on y va. »

Une phrase qui résume parfaitement leur finale : faire jouer, défendre ensemble, ne rien offrir et attendre la bonne opportunité pour faire la différence.

Touly : « Léa, c’est la meilleure joueuse de gauche en France »

Carla Touly a également profité de l’interview pour défendre sa partenaire et remettre en question l’étiquette de « joueuse de droite » souvent associée à Godallier.

« Je pense qu’il faut qu’on arrête de dire que Léa, c’est une joueuse de droite. Je pense que c’est la meilleure joueuse de gauche en France, honnêtement. »

Touly rappelle d’ailleurs un argument difficile à ignorer : Godallier a remporté plusieurs de ses titres nationaux en évoluant précisément à ce poste.

Et surtout, son profil correspond parfaitement au jeu de Touly.

« J’ai joué avec beaucoup de joueuses de gauche, avec un peu tous les profils, des profils très agressifs. Et honnêtement, là où je me suis le mieux sentie sur le terrain, c’est avec des profils comme Léa, qui remet tout, qui s’arrache sur tout et contre qui c’est très pénible de gagner un point. »

Avant de conclure :

« Moi, je suis ravie que Léa joue à gauche. »

Godallier : « Tu peux gagner, tu peux perdre »

Malgré leur statut de paire n°1 au départ, les deux Françaises ne considéraient pas le titre comme acquis.

Godallier reconnaît même avoir connu quelques doutes pendant la compétition.

« Hier et avant-hier, j’en ai douté un petit peu. Mais moi, pas l’équipe. Par contre, je savais que si on arrivait en finale, on allait faire le travail. »

Une prudence qu’elle estime indispensable, même lorsqu’elle dominait déjà les Championnats de France aux côtés d’Alix Collombon.

« L’humilité, on l’a toujours eue. Je l’ai toujours eue, même en jouant avec Alix avant, alors qu’on avait gagné plusieurs années d’affilée. Je pense que c’est hyper important de rentrer sur un terrain et de se dire qu’il peut tout se passer. Tu peux gagner, tu peux perdre. »

Pour Godallier, l’essentiel est alors de réunir les bons ingrédients au bon moment.

« Si tu mets les bons ingrédients avec la bonne énergie, je ne vois pas pourquoi ça ne passerait pas. Et c’est ce qui s’est passé ce matin en finale avec Carla. »

Un « vrai » Championnat de France malgré les absences ?

Pendant le direct, une question est revenue concernant les absences d’Alix Collombon et Jessica Ginier (mais aussi sans Camille Sireix et Mélissa Martin) : pouvait-on malgré tout considérer cette édition comme un véritable Championnat de France avec deux références du padel féminin français absentes ?

Pour Carla Touly, aucun doute.

« Moi, je pense que c’est un vrai Championnat de France parce que, même s’il n’y a pas Jess et Alix, il y a quand même de très bonnes joueuses. »

Elle cite notamment Louise Bahurel et Lucile Pothier, finalistes à Agen, mais également plusieurs joueuses qui commencent à multiplier les expériences sur le circuit international.

« Il y a des filles qui commencent à faire de plus en plus de FIP, comme Clara, comme Marie-Amélie. »

Pour Touly, le constat est surtout celui d’une densité de plus en plus importante dans le padel français.

« Le niveau devient vraiment chaque année de meilleur en meilleur. Ce n’est pas dit que la tête de série 1 va se retrouver en finale tous les ans. »

Et la nouvelle championne de France imagine une hiérarchie de plus en plus ouverte dans les prochaines années.

« Je pense qu’il y aura de plus en plus de place pour de nouveaux champions et championnes de France. »

Godallier repart immédiatement sur le circuit

Pour Léa Godallier, pas vraiment le temps de célébrer.

Une semaine après Agen, direction Milan pour le Premier Padel P1. Son programme doit ensuite se poursuivre avec le Koweït, les Mondiaux et Dubaï.

Et après avoir retrouvé le côté gauche le temps de ces Championnats de France, elle va rapidement reprendre ses habitudes à droite.

Avec humour, elle explique :

« Comme je repars à droite dans une semaine, au final, ma confiance, elle va durer un jour ! »

Touly entretenait encore le mystère sur son avenir

C’est certainement l’un des passages les plus intéressants de cette interview lorsqu’on le réécoute aujourd’hui.

Au moment de répondre aux questions, Carla Touly n’avait pas encore annoncé publiquement sa décision de mettre un terme à sa carrière professionnelle.

Interrogée sur sa présence moins régulière sur le circuit FIP, la Française expliquait d’abord avoir ressenti le besoin de couper.

« Ça a été mon cas pendant plus de trois ans et demi. Et là, j’ai fait une pause de trois semaines, ça va. Je pense qu’en trois ans et demi, j’ai pris peut-être deux semaines de pause en tout. Donc là, j’avais eu ma dose, j’avais besoin de faire un break et je pense que j’ai besoin de faire un break encore quelque temps. »

Lorsqu’on lui demande si cette pause est simplement momentanée et évoque un possible retour en janvier, Touly répond :

« Peut-être, peut-être pas. »

Relancée sur un éventuel retour avant cette échéance, elle répète exactement la même chose :

« Peut-être, peut-être pas. »

Des réponses qui prennent forcément une autre signification depuis. Quelques heures après avoir remporté son premier titre de championne de France, Carla Touly a annoncé l’arrêt de sa carrière professionnelle.

Un choix qui lui permet de quitter le circuit professionnel sur l’une des plus belles images possibles : un titre de championne de France aux côtés de Léa Godallier.

Touly ne disparaîtra cependant pas totalement des pistes. Lors de cette même interview, elle confirmait notamment sa présence aux Mondiaux, ainsi qu’aux prochains Championnats de France par équipes avec le TC Bandol.

Bandol prépare une équipe XXL

Et justement, la fin de l’interview a permis de dévoiler une autre information importante : le TC Bandol prépare une équipe particulièrement relevée pour les prochains Championnats de France par équipes.

Au fil de la discussion, plusieurs noms sont lâchés : Léa Godallier, Carla Touly, Clara Mansart, Georgia Marchetti, Carolina Orsi et Nuria Rodríguez.

Une équipe aux fortes consonances internationales, mais Godallier insiste sur un point : le recrutement n’a pas uniquement été pensé en fonction du niveau des joueuses.

« Nous, honnêtement, l’argent, on s’en fiche. On a vraiment choisi des amies sur le circuit. »

Elle poursuit :

« On voulait vraiment renforcer notre équipe, certes, mais avec de bonnes personnes avec lesquelles on s’entend super bien. »

Les liens avec Marchetti, Orsi ou Rodríguez existaient déjà depuis longtemps sur le circuit international.

« Les gens qui nous connaissent savent que, quand on est sur les tournois, Marchetti, Orsi, on traîne toujours avec elles. Nuria, on s’entend super bien avec elle. »

Bandol affichera donc de grandes ambitions, mais les championnes de France refusent déjà de considérer la victoire comme acquise.

« Il y a de très bonnes équipes en face. Il y a des équipes qui s’organisent de l’autre côté. »

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.