Suite à notre article « Au padel aussi, la Suisse prend tout son temps », le vice-président de la fédération suisse, Manuel Faure, a répondu à nos questions sur le développement du padel dans son pays, où l’on compte actuellement une centaine de piste, 800 licenciés et autour de 10 000 pratiquants.

Padel Magazine : Au-delà des clichés sur la lenteur supposée des Suisses, comment se porte le padel en Suisse ?

Manuel Faure : « Parler de lenteur me paraît exagéré, car nous avons démarré plus tard que d’autres pays et ce n’est que depuis trois ans environ que le padel commence vraiment à se diffuser plus largement chez nous. Nous en sommes au stade où était le Danemark à la fin 2018 : on y recensait alors environ une centaine de terrains et en trois ans, ce chiffre a dépassé les 400. Nous SUIPA (la fédération Swiss Padel) espérons parvenir à la même vitesse de développement ! »

Rentabiliser un investissement est plus risqué

P.M. : Quels sont les freins et les difficultés spécifiques, en Suisse ?

M.F. : « Les freins principaux au développement rapide de nouveaux sites de padel sont de trois sortes. D’abord le coût du mètre carré de terrain en Suisse, en particulier dans les zones urbaines ou péri-urbaines. Ensuite, la rareté des emplacements propices, qui soient par exemple éloignés de zones d’habitation afin d’éviter des recours contre des projets pour cause de nuisances. Enfin, le poids des charges, des salaires, des assurances, etc., qui rend la rentabilisation d’un investissement de padel plus risquée. »

P.M. : A l’inverse, quels sont les atouts du padel suisse ?

M.F. : « Le tennis est un peu en perte de vitesse, après les décennies fastes de la fin du siècle dernier et la première du 21e siècle, ce qui crée une niche de développement pour notre sport. Les clubs de tennis et autres centres sportifs voient dans le padel une manière de diversifier leur offre, face à une clientèle qui est également moins fidèle à un seul sport que par le passé. Sur le plan du rendement, il est évident que l’espace est plus efficacement utilisé par le padel : huit joueurs de padel occupent à peu près la même surface qu’un terrain de tennis !

Par ailleurs, les faibles distances en Suisse et la forte densité de population peuvent également être des atouts, car cela facilite les mélanges entre joueurs des diverses régions.»

Le n°2 de la fédération suisse, Manuel Faure, pala en main.

PM : Quels sont les objectifs prioritaires de SUIPA en tant que fédération ?

M.F. : « Depuis 2021, nous avons bien avancé sur plusieurs objectifs: le padel est par exemple maintenant présent dans toutes les régions du pays, le nombre de compétitions est en augmentation, les sponsors s’intéressent de plus en plus au padel et un mouvement junior national a pris son essor, concrétisé par l’envoi de sélections suisses à deux championnats européens.

Notre objectif prioritaire reste la reconnaissance du sport “padel” par l’organisme “Swiss Olympic”, qui est l’organisation faîtière du sport suisse. Cela officialiserait alors le padel en tant que sport reconnu en Suisse et donnerait accès à certaines aides ou subsides – par exemple des aides aux clubs en temps de pandémie… Nous remplissons actuellement tous les critères pour soumettre un dossier d’acceptation, sauf celui des 1000 licenciés actifs, ce qui ne devrait plus tarder – il y en a actuellement environ 800 – d’ici 2023 certainement.»

Le padel, “petit cousin” du tennis ?

M.F : Suite à l’acceptation à Swiss Olympic, nous pourrons alors faire reconnaître la formation que nous avons mise sur pied par la structure nationale “Jeunesse et Sport”, qui ajoutera de nouveaux modules à notre formation et permettra aux entraîneurs formés de recevoir des fonds pour les cours donnés à des groupes de Jeunes jusqu’à 20 ans. 

Nos autres objectifs [détaillés dans cet article de janvier 2021], comme par exemple le développement dans les milieux scolaires, la promotion du padel auprès des autorités sportives, la présence lors de grands événements sportifs ou populaires ou la tenue de compétitions internationales, restent toujours d’actualité, à des degrés divers.

P.M. : Vous n’êtes pas favorable à une intégration du padel au sein d’une fédération de tennis, comme c’est le cas en France. Pourquoi ?

 M.F. : « Pour SUIPA, le padel doit rester indépendant des autres sports de raquette. L’association avec le tennis est peut-être bénéfique à court terme, donnant accès plus rapidement à de gros moyens, mais sur le moyen ou long terme, nous pensons que cette association conduira à maintenir le padel dans le rôle d’un “petit cousin” du tennis, qui ne pourra pas toujours décider librement de son futur ! D’ailleurs, pourquoi le padel devrait-il s’associer au tennis, alors que les autres sports de raquette tels le badminton, le squash ou le tennis de table ont tous leurs fédérations nationales ?

P.M. : Le padel suisse bénéficie-t-il de financements publics ?

M.F. : « Les communes et cantons commencent à inclure des projets “padel” dans leurs projets de construction actuels et futurs. La couverture par les médias augmentant parallèlement avec le nombre de pratiquants, les autorités sportives ne peuvent plus ignorer le padel ! Les aides publiques pour un site en projet sont essentiellement locales, au niveau de la commune ou du canton et les situations sont très variables d’une région à l’autre de Suisse. ON a pu le voir avec les aides distribuées pendant les divers confinements liés au Covid. Une reconnaissance par Swiss Olympic apportera un crédit supplémentaire au sport “padel” et facilitera certainement l’acceptation de certaines demandes de soutien. »

jérome arnoux journliaste

Après 40 ans de tennis, Jérôme tombe dans la marmite du padel en 2018. Depuis, il y pense tous les matins en se rasant… mais ne se rase jamais pala en main ! Journaliste en Alsace, il n’a d’autre ambition que de partager sa passion avec vous, que vous parliez français, italien, espagnol ou anglais.