Ricardo Oliveira est le président de la Fédération portugaise de padel. Il se confie à Padel Magazine sur l‘évolution du sport au Portugal, les “querelles institutionnelles” et nous donne également son point de vue sur l’avenir de notre sport.
Faire du padel, un sport majeur au Portugal
Padel Magazine : Avant toute chose, peut-on parler de vous, vos objectifs et les ambitions de la Fédération au Portugal et à l’international ?
Ricardo Oliveira : Pour être franc, je n’ai pas vraiment de carrière dans le padel. Cela a toujours été un loisir pour moi, et ça l’est toujours.
Ma première fois, c’était en 2009… j’ai adoré. A la base, je joue au golf. et puis j’ai eu ce coup de foudre pour le padel. Je me suis acheté une machine pour m’envoyer des balles. Je jouais 2 à 3 matchs par jour, j’étais accro.
Et puis il y a eu cet épisode où j’ai été “forcé” de lancer la Fédération portugaise de padel. On a eu de la chance : le WPT nous a reconnus. Et on les a convaincus d’organiser un événement ici.
On a organisé les championnats du monde en 2016, et le championnat d’Europe en 2017.
Notre but est de faire du padel un sport majeur. On veut créer une base solide pour le futur.
Devenir coach officiel de padel prend plus d’un an
PM : Pouvez-vous nous parler de l’évolution du padel au Portugal?
RO : Le padel existe au Portugal depuis 1990 environ. Pendant longtemps, le sport n’a jamais rattrapé son retard, même si nous étions à côté de l’Espagne.
Il y a de nombreuses années, au Lisbon Racket Center, nous avions des WPT, mais il n’y avait pas de public.
Désormais, nos tournois réguliers comptent en moyenne 250 paires, les nationaux dépassant 500 paires et 5 niveaux différents. Nous avons plus de 250 clubs et gardez à l’esprit qu’il s’agit de clubs de padel purs et non de courts de padel dans des clubs de tennis. Le padel est un sport indépendant au Portugal.
Nous avons formé plus de 200 arbitres, plus de 3.000 professeurs d’éducation physique avec spécialisation padel.
Notre programme d’entraînement et de formation pour devenir coach est reconnu par le gouvernement :
- Vous devez suivre environ 150 heures de formation dans le padel. Il y a aussi un tronc commun avec les autres sports.
- Et il y a un stage d’un an que tu dois faire avec un coach officiel / licencié pour que tu puisses enfin obtenir ta licence de coach.
Nous avons fait le choix de la FEPA en Europe

PM : Pendant les championnats d’Europe de padel à Marbella, le Portugal était le grand absent. Quel est votre point de vue?
RO : Le Portugal n’est pas allé à Marbella, d’abord parce que même si notre budget dépasse aujourd’hui largement le million d’euros par an, tout ne peut pas aller aux équipes nationales.
Nous avons déjà un programme (Team FPP) où nous subventionnons nos 4 meilleurs joueurs féminins et masculins, pour les aider à participer aux circuits mondiaux, où ils peuvent acquérir de l’expérience à ramener sur notre circuit national.
Ensuite, et c’est triste à dire, les joueurs et les fédérations se retrouvent malgré eux dans une guerre institutionnelle. On nous demande de prendre un parti alors que nous voulons juste jouer au padel et promouvoir notre sport.
En Europe, comme un certain nombre de fédérations, nous sommes reliés à la FEPA (Fédération Européenne de padel) et la FIP (Fédération Internationale de Padel).
Et nous avons fait le choix de suivre la FEPA en Europe et évidemment de suivre la FIP pour les mondiaux. Mais La FIP refuse cette position.
La FIP devrait organiser les championnats du monde et laisser à la FEPA le soin d’organiser les championnats d’Europe. Cela paraît évident.
La FIP tente de nous forcer la main. Mais le Portugal est libre de choisir à quel championnat il souhaite participer.
Ainsi, le Portugal, comme il l’a fait en 2019, a décidé de participer aux Championnats d’Europe FEPA en 2021 et de ne pas participer aux Championnats d’Europe FIP.
Le Portugal ne sera pas présent au Mondial
PM : Le FEPA vs la FIP, ne perd-t-on pas du temps avec ces querelles ?
En ce qui concerne les querelles institutionnelles, tout cela est évidemment très décevant. Mais il faut bien comprendre que du côté de la FEPA, il y a toujours eu une envie de négocier avec la FIP et de passer à autre chose. Là aussi, on pose la question à la FIP : que faire de plus ?
En 2019, la FEPA a entamé des négociations avec le président de la FIP (ndlr. Luigi Carraro). Un accord a été trouvé. Puis, soudainement, pour des raisons obscures, l’accord a finalement disparu. Que s’est-il passé ? Pourquoi la FIP a-t-elle fait machine arrière ? Si vous obtenez une réponse auprès de la FIP, je suis preneur.
La FEPA a tenté de s’affilier à la FIP. La FEPA a écrit à plusieurs reprises à la FIP. Aucune réponse de la FIP.
PM : Est-ce que le Portugal sera au Qatar pour les championnats du monde?
RO : NON, nous ne serons en aucun cas au Qatar.
Amérique vs. Europe une imitation de l’EuroAmerica Padel Cup
PM : Il y a une polémique concernant la récente compétition en Suède “Amérique vs. Europe” organisée par Lisandro Borges. Peut-on savoir pourquoi ?
RO : D’abord, bravo pour ce grand événement de padel, car le niveau des joueurs était incroyable. Je suis très proche de certains joueurs qui y ont participé. J’ai beaucoup de respect pour eux.
Mais dire qu’il s’agit de la Ryder Cup de padel, une copie du célèbre événement de golf, dire que c’est le premier événement du genre, et l’appeler une bataille des continents, c’est absurde.
Premièrement, il y a déjà eu une EuroAmerica Padel Cup auparavant, au Portugal et organisée par la FEPA et la CAPF (Continental American Padel Federation). Donc, dire qu’il s’agit d’une grande première est tout simplement faux.
Ensuite, L’EuroAmerica Padel Cup avait elle des ressemblances avec la Golf Ryder Cup. Premièrement, ce n’était pas une Argentine contre l’Espagne. (ndlr. Lors de “America vs Europe” en 2021, il y a eu 8 joueurs / team dont 5 Espagnols et 5 Argentins)
Ainsi, l’EuroAmerica stipule que vous devez avoir au moins 7 pays représentés et aucun pays ne peut avoir plus de 3 joueurs dans l’équipe. De plus, aucun joueur d’un pays ne peut jouer avec un joueur du même pays.
De cette façon, nous impliquons de nombreux pays et pas seulement les plus grands.
Nous devons tous nous asseoir et repartir de zéro.
PM : Quelle est votre opinion sur le WPT, l’APT Padel Tour et le 3ème circuit professionnel que Lisandro Borges va mettre en place?
RO : J’aimerais voir le World Padel Tour et l’APT Padel Tour se retrouver sur une même ligne et avancer ensemble. Il y a des gens intelligents des deux côtés.
En tant que Président de la Fédération Portugaise de Padel, nous accueillons chaque circuit au Portugal. Tous les joueurs peuvent participer à tous les circuits proposés au Portugal. C’est le rôle d’une fédération de ne pas être reliée uniquement à un seul circuit.
En ce qui concerne Lisandro Borges, je ne le connais pas, mais je pense qu’il est prématuré de parler de choses qui n’existent pas.
PM : Nous sommes un peu perdus avec tous les problèmes liés au padel. Est-ce que vous le comprenez ?
RO : Je le comprends. Et nous en sommes tous victimes. Notre sport doit s’organiser. Nous avons besoin d’un nouvel ordre, d’un nouveau départ. D’abord professionnaliser les institutions. Beaucoup de gens ont utilisé le sport pour se promouvoir et garder le contrôle. Il faut briser les guerres d’ego.
Le padel est en plein boom est c’est tant mieux. Ce boom cache le naufrage des institutions qui nous gouvernent. Et les fans en ont marre.
Il faudrait une énorme remise en question. Nous devons tous nous asseoir et repartir de zéro.
Je suis devenu un véritable fan de padel lorsque j’ai assisté à la première édition du FIP RISE Canet-en-Roussillon en 2021. L’ambiance, le jeu et ce sport m’ont motivé comme jamais pour allier ma profession et le padel.

























































































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