Sacrées au Bordeaux Premier Padel P2 après cette finale face à Gemma Triay et Delfi Brea (4/6 6/1 6/1), Claudia Jensen et Tamara Icardo ont pu compter sur un Maxi Grabiel particulièrement ému. Quelques minutes après le sacre, l’entraîneur argentin s’est confié à Padel Magazine sur la préparation tactique du duo, l’émotion qui l’a submergé au moment de la victoire et les clés mentales qui ont permis à ses joueuses de renverser la meilleure paire du monde. Entretien.

« Avec le père de Claudia, nous préparons ensemble les matchs »

Padel Magazine : Cristina, de Padel Magazine. Les stratégies sont-elles préparées avec le père de Claudia ou est-ce vous seul qui définissez la tactique ?

Maxi Grabiel : Parfois nous les préparons ensemble. Au-delà d’être le père de Claudia, Cristian est un ami de longue date. Nous échangeons énormément. Quand il ne se déplace pas sur un tournoi, il m’appelle souvent pour me dire qu’il a regardé le match des futures adversaires ou il partage son analyse. De mon côté, je fais la même chose. On se complète vraiment et cela nous aide beaucoup.

« J’ai craqué parce que je connais tous les sacrifices qu’elles font »

Padel Magazine : Tamara et Claudia nous ont raconté que vous avez fondu en larmes à la fin du match. Qu’avez-vous ressenti ?

Maxi Grabiel : Je me suis laissé submerger par l’émotion parce que j’ai énormément d’affection pour elles. Ce sont deux joueuses exceptionnelles, mais surtout deux personnes extraordinaires qui travaillent sans relâche.

Nous savons tous les efforts que demande ce métier. Il n’y a pas seulement les entraînements. Il y a aussi les semaines passées loin de la maison, les voyages permanents et tous les sacrifices du quotidien. Quand un travail comme celui-là est récompensé par une victoire dans un tournoi de cette importance, forcément, l’émotion prend le dessus.

Maxi Grabiel : « Face aux numéros un, il ne faut pas changer de stratégie, il faut tenir jusqu'à ce qu'elles baissent »

« Non, je ne pleure pas après chaque victoire ! »

Padel Magazine : Vous êtes aussi ému après chaque match ?

Maxi Grabiel : (Sourire) Non, quand même pas ! Il y a des matchs que l’on est censé gagner. Mais lorsqu’on remporte un tournoi comme celui-ci, avec tout ce qu’il représente, c’est une émotion très particulière.

« Je leur ai dit de ne rien changer »

Padel Magazine : C’était une première finale pour cette paire. Après avoir perdu le premier set contre Gemma Triay et Delfi Brea, vous remportez ensuite les deux suivants 6/1 6/1. Que leur avez-vous dit au changement de côté ?

Maxi Grabiel : Je leur ai simplement dit qu’elles jouaient déjà très bien.

En face, Gemma et Delfi montraient tout simplement pourquoi elles étaient les numéros un mondiales. Il ne fallait surtout pas paniquer ni modifier notre stratégie.

Je leur ai répété qu’elles devaient continuer exactement de la même manière. Si les numéros un maintiennent leur meilleur niveau, elles battent quasiment tout le monde. Mais si elles baissent légèrement d’intensité et que nous continuons à jouer à notre niveau, alors le match peut basculer.

Le plus grand danger aurait été de vouloir en faire davantage ou de changer complètement notre plan de jeu. C’est souvent à ce moment-là que le match vous échappe.

Maxi Grabiel : « Face aux numéros un, il ne faut pas changer de stratégie, il faut tenir jusqu'à ce qu'elles baissent »

« Le break du début du deuxième set a tout changé »

Padel Magazine : Qu’est-ce qui a fait tourner le match selon vous ?

Maxi Grabiel : Le break obtenu très rapidement au début du deuxième set nous a énormément aidés.

Mentalement, cela leur a donné confiance. Si ce break n’était pas arrivé aussi vite, le scénario aurait sans doute été différent.

Je leur ai également raconté une chose que je vivais lorsque j’étais joueur.

Quand j’affrontais les numéros un, je me disais toujours : « Si je joue à 8 sur 10 et qu’eux jouent aussi à 8, ils me battent. Mais si je reste à 8 et qu’eux descendent à 7, alors j’ai ma chance. »

C’est exactement ce qui s’est passé aujourd’hui. Nous avons continué à produire notre jeu sans nous disperser, et c’est ce qui a fait la différence.

« Le mot “championnes” sera forcément dans la vidéo »

Padel Magazine : Une dernière question. Vous êtes également très actif sur YouTube. Comment allez-vous appeler cet épisode consacré à Bordeaux ?

Maxi Grabiel : (Rires) Je ne connais pas encore le titre, mais je peux déjà vous dire qu’il y aura forcément le mot “championnes” sur la miniature !

Cette chaîne YouTube est avant tout un hobby. J’aime partager les coulisses de notre métier. En réalité, je fais ça depuis très longtemps. Avant YouTube, je tenais déjà un blog lorsque j’étais joueur.

J’aurais adoré retrouver les vidéos de cette époque où je voyageais avec Fernando Belasteguín et d’autres grands joueurs, mais malheureusement je ne les ai plus. Aujourd’hui, c’est simplement une autre manière de raconter notre quotidien sur le circuit.

À travers ses réponses, Maxi Grabiel résume parfaitement le succès de Claudia Fernández et Tamara Icardo à Bordeaux : ne pas céder à la précipitation face aux meilleures joueuses du monde, conserver le même plan de jeu malgré un premier set perdu et croire que la moindre baisse de régime adverse peut faire basculer une finale. Une philosophie qui a porté ses fruits avec une victoire éclatante 4/6 6/1 6/1, synonyme de premier titre ensemble sur le circuit Premier Padel.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.