Depuis leur retour ensemble, Paquito Navarro et Martín Di Nenno ont retrouvé une place régulière dans le dernier carré. Bordeaux, Málaga puis Londres : à chaque fois, leur parcours s’est pourtant arrêté face à Arturo Coello et Agustín Tapia. Trois confrontations, trois défaites en deux sets et un même constat : leur qualité de construction leur permet de faire tomber une grande partie du circuit, mais elle ne suffit pas encore à bousculer durablement les numéros 1 mondiaux.
Trois demi-finales, un même plafond
Les scores racontent une histoire particulièrement régulière : 6/3 6/2 à Bordeaux, 6/4 6/3 à Málaga, puis 6/3 6/2 à Londres. En six manches, Paquito Navarro et Martín Di Nenno n’ont jamais dépassé les quatre jeux remportés dans un set. Au total, ils ont inscrit 17 jeux contre 36 pour Coello et Tapia, sans parvenir à disputer le moindre tie-break.
La répétition interpelle d’autant plus que leur dynamique générale est très positive. Après trois quarts de finale lors de leurs trois premiers tournois depuis leur réunion, ils ont franchi un cap à Bordeaux. Depuis, ils ont atteint trois demi-finales en quatre étapes, seule leur élimination en huitièmes de finale à Pretoria venant interrompre cette série.
Paquito et Di Nenno ne butent donc pas sur tout le monde. Mais lorsqu’ils atteignent les demi-finales, ils butent pour l’instant toujours sur les mêmes.
Une base de jeu qui punit presque tout le circuit
Pour mesurer la valeur de leur association, il suffit de regarder les adversaires éliminés avant ces demi-finales.
À Bordeaux, ils ont dominé Juan Lebrón et Leo Augsburger 6/3 7/5. À Málaga, ils ont écarté Franco Stupaczuk et Mike Yanguas 7/5 6/3. À Londres, ils ont résisté à la puissance d’Aimar Goñi et à la qualité d’Edu Alonso au terme d’un quart de finale en trois sets, remporté 7/5 6/7 6/3.
Trois oppositions, trois profils différents et une même capacité à faire déjouer l’adversaire.
Leur formule repose sur une complémentarité bien connue. À droite, Di Nenno apporte du volume, de la défense et une immense capacité à maintenir l’échange en vie. À gauche, Paquito varie davantage les trajectoires, utilise la chiquita, change les rythmes et cherche à créer le décalage avant de conclure.
Le duo donne rarement des matchs simples à ses adversaires : il oblige à jouer une balle supplémentaire, puis une autre, tout en conservant une vraie maîtrise des zones.
Face à la majorité des paires, cette densité finit par provoquer la faute ou ouvrir une balle attaquable. Face à Coello et Tapia, elle semble surtout retarder le moment où les numéros 1 reprennent le contrôle.
Face aux numéros 1, il faut souvent gagner le point plusieurs fois
C’est peut-être là que se situe la différence essentielle.
Paquito et Di Nenno construisent souvent leurs points par séquences : défendre, retrouver de la hauteur, reprendre le filet, déplacer le bloc adverse, puis obtenir enfin une balle favorable.
Le problème est que Coello et Tapia tolèrent mieux que quiconque cette succession d’actions. Une première volée ne suffit pas toujours. Une bonne bajada non plus. Même un smash qui serait définitif contre beaucoup d’autres paires peut revenir et relancer entièrement l’échange.
Les numéros 1 disposent, eux, d’une capacité supérieure à raccourcir le point. Une balle légèrement courte peut permettre à Coello d’imposer immédiatement sa puissance. Tapia peut créer une accélération ou un angle depuis une position qui paraissait jusque-là neutre.
Ils n’ont pas systématiquement besoin d’installer une longue séquence favorable : ils peuvent la provoquer en un ou deux coups.
Dans ce type de confrontation, l’écart ne vient donc pas seulement de la qualité moyenne du jeu. Il vient aussi du nombre d’efforts nécessaires pour gagner chaque point.
Le manque de « points gratuits », une hypothèse qui se répète
Parler de « points gratuits » ne signifie évidemment pas que Paquito Navarro est incapable de terminer. L’Espagnol reste un joueur offensif, capable de prendre beaucoup de terrain et de conclure au-dessus de la tête.
Mais la paire ne génère pas aujourd’hui la même menace permanente que certaines associations construites autour d’un très grand frappeur.
Lorsque le lob n’est pas parfait, Coello peut sanctionner. Lorsque l’échange s’allonge, Tapia peut accélérer. De l’autre côté, Paquito et Di Nenno doivent plus souvent créer la balle de finition avant de pouvoir l’exploiter.
Cette différence oblige parfois Paquito à en faire davantage : prendre plus de risques, forcer une accélération ou chercher une conclusion depuis une position moins favorable. Di Nenno peut alors se retrouver lui aussi poussé hors de son registre naturel, contraint d’accélérer alors que sa première force consiste justement à donner de la continuité au jeu.
À Londres, le scénario a résumé cette difficulté. Paquito et Di Nenno ont obtenu le premier break et pris les commandes du match. La réaction de Coello et Tapia a pourtant été immédiate : les numéros 1 ont progressivement augmenté la pression, imposé leur rythme et bouclé la rencontre en 57 minutes.
Une ouverture avait existé. Mais elle s’est refermée très vite.
Une limite définitive ? Non, mais un problème très précis
Trois défaites ne suffisent pas à condamner un projet. Elles permettent en revanche de faire apparaître une tendance.
Paquito et Di Nenno ont déjà prouvé que leur formule pouvait les installer parmi les meilleures paires du moment. Leur expérience commune, leur lecture du jeu et leur capacité à traverser les matchs difficiles constituent une base suffisamment forte pour atteindre régulièrement les quarts et les demi-finales.
Le dernier étage exige toutefois autre chose.
Pour inquiéter Coello et Tapia, ils doivent parvenir à augmenter leur agressivité sans perdre la stabilité qui fait leur force : reprendre le filet plus vite, obtenir davantage de rendement sur les premières balles favorables et empêcher les numéros 1 d’installer leur domination aérienne.
Tout le paradoxe de cette paire est là.
Ce qui lui permet d’arriver jusqu’en demi-finale — patience, construction, maîtrise et capacité à faire jouer une balle de plus — ne semble pas encore suffire pour franchir la dernière marche.
Paquito Navarro et Martín Di Nenno n’ont peut-être pas besoin de changer d’identité. Mais face à Coello et Tapia, ils doivent encore trouver le moyen de gagner davantage de points sans avoir à les construire aussi longtemps.
J’ai découvert le Padel en Espagne par hasard dans un camping. Le virus a pris immédiatement, passionné de padel, je suis l’actualité internationale et régionale en vibrant tout autant que ce sport.
































































































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