En France, les points remportés dans les tournois mixtes alimentent directement les classements individuels masculin et féminin. Un fonctionnement simple, mais régulièrement contesté par certains compétiteurs : le mixte répond-il vraiment aux mêmes rapports de force que les tableaux masculins et féminins ? Et une performance obtenue avec un partenaire de l’autre sexe doit-elle avoir exactement la même valeur dans le classement individuel ?
Un seul classement par sexe, quelle que soit l’épreuve disputée
Le règlement français ne laisse aucune ambiguïté : il existe un classement masculin et un classement féminin, calculés à partir des douze meilleurs résultats obtenus au cours des douze derniers mois.
Les compétitions mixtes ne possèdent pas leur propre classement. Les points gagnés par le joueur sont donc versés dans son classement masculin, tandis que ceux obtenus par sa partenaire alimentent son classement féminin. La FFT indique explicitement que toutes les épreuves mixtes sont prises en compte dans le calcul des deux classements.
Lorsqu’une paire remporte un P250 mixte, chacun de ses membres reçoit ainsi 250 points. Le joueur ajoute ces 250 points à son bilan masculin et la joueuse à son bilan féminin, exactement comme s’ils avaient gagné respectivement un P250 masculin et un P250 féminin. La catégorie détermine le nombre maximal de points, indépendamment du nombre de paires engagées.
Administrativement, le système est très lisible. Sportivement, l’équivalence soulève davantage de questions.
Le problème n’est pas le mixte, mais son équivalence automatique
Le padel mixte n’est évidemment pas une version secondaire du padel. Il impose une répartition tactique particulière, des adaptations dans le choix des zones et une vraie complémentarité entre les partenaires.
Mais une compétition mixte ne produit pas nécessairement les mêmes rapports de force qu’une compétition masculine ou féminine.
Dans une paire, l’écart de niveau relatif entre le joueur et la joueuse peut être important. Un compétiteur peut évoluer avec une partenaire nettement supérieure aux autres femmes du tableau et bénéficier largement de cette domination. La situation inverse existe évidemment aussi : une joueuse peut être portée par un partenaire beaucoup plus fort que les hommes rencontrés.
Il s’agit toujours d’une performance collective. Pourtant, les points sont ensuite utilisés pour mesurer individuellement le niveau du joueur parmi les hommes et celui de la joueuse parmi les femmes.
C’est précisément là que se situe la controverse : une victoire obtenue dans un équilibre de paire mixte doit-elle être valorisée exactement comme une victoire obtenue face à une opposition exclusivement masculine ou féminine ?
Le P250, symbole le plus visible du paradoxe
La question concerne l’ensemble du circuit mixte, mais le P250 concentre l’essentiel des critiques.
La FFT organise des compétitions mixtes dans les catégories P25, P50, P100 et P250. Les P500, P1000, P1500 et P2000 ne disposent pas d’épreuves mixtes dans le cadre réglementaire actuel.
Dans les trois premières catégories, des limitations existent :
- en P25 mixte, les hommes du Top 30 000 et les femmes du Top 3 000 ne peuvent pas participer ;
- en P50 mixte, la limite concerne le Top 10 000 masculin et le Top 1 000 féminin ;
- en P100 mixte, le tournoi est interdit au Top 3 000 masculin et au Top 300 féminin.
Mais le P250 mixte ne comporte aucune limitation de classement. Dans le même temps, un P250 masculin est interdit au Top 800 et un P250 féminin au Top 100.
Un joueur classé 300e français, interdit de P250 masculin, peut donc participer à un P250 mixte. Une joueuse du Top 50, qui ne peut plus jouer de P250 féminin, peut également s’y inscrire. Chacun peut ensuite inscrire jusqu’à 250 points dans son classement habituel.
Le règlement autorise donc des joueurs trop bien classés pour une catégorie classique à obtenir le même nombre de points par l’intermédiaire de sa déclinaison mixte.
Des points identiques pour des conditions d’accès différentes
La FFT explique avoir instauré des restrictions du P25 au P250 masculin et féminin afin d’homogénéiser les niveaux. Pourtant, le P250 mixte échappe précisément à ce mécanisme.
Cela ne signifie pas nécessairement que les P250 mixtes sont plus faibles. L’absence de limite peut même attirer des joueurs et joueuses de très bon niveau et rendre certains tableaux particulièrement relevés.
Le problème est plutôt leur manque de comparabilité.
Un P250 mixte peut réunir plusieurs membres des premiers milliers français et proposer un niveau élevé. Un autre peut présenter un tableau moins dense ou reposer sur une forte disparité entre les partenaires. Dans les deux cas, le vainqueur percevra 250 points.
Cette variabilité existe également entre deux P250 masculins ou deux P250 féminins. Aucun tournoi ne possède exactement la même densité. Mais le format mixte ajoute une variable supplémentaire : la performance dépend de la combinaison de deux classements issus de populations différentes.
Une addition des classements qui reste très théorique
Pour ordonner les paires mixtes, la FFT additionne simplement le rang masculin du joueur et le rang féminin de la joueuse.
Un homme classé 1 000e associé à la 100e Française obtient ainsi un poids de paire de 1 100. Une équipe composée du 500e joueur et de la 700e joueuse présente un poids de 1 200 et sera théoriquement placée derrière la première.
Ce calcul possède l’immense avantage d’être simple. Mais il suppose qu’un rang masculin et un rang féminin puissent être additionnés directement.
Or, les deux classements ne reposent pas nécessairement sur le même nombre de compétiteurs, la même densité ni la même profondeur sportive. Être 500e chez les hommes ne représente donc pas automatiquement le même niveau relatif qu’être 500e chez les femmes.
La FFT utilise d’ailleurs une grille d’équivalence lorsqu’une joueuse est autorisée à participer à une compétition masculine. Une joueuse classée 23e est, par exemple, assimilée 1 023e chez les hommes pour calculer le poids de la paire. Mais dans une véritable compétition mixte, aucune conversion n’est appliquée : les deux rangs sont directement additionnés.
Le classement de la paire reste donc un outil organisationnel pratique, mais pas nécessairement une mesure scientifique de sa force réelle.
Peut-on optimiser son classement grâce au mixte ?
Le système ouvre forcément la voie à une forme d’optimisation.
Un compétiteur peut rechercher les tournois mixtes dans lesquels son association sera particulièrement favorable, notamment avec un partenaire disposant d’un avantage important par rapport aux adversaires du même sexe.
Cela n’a rien d’irrégulier. Les joueurs ne font qu’utiliser le règlement existant. Il faut également remporter les rencontres : une paire déséquilibrée ou mal organisée ne gagne pas automatiquement un tournoi.
Mais dans un classement reposant uniquement sur les douze meilleurs résultats, quelques performances mixtes peuvent remplacer des résultats plus faibles et produire une progression significative.
Pour un joueur qui gagne plusieurs P250 mixtes, les points obtenus peuvent donc contribuer fortement à son classement masculin, même s’il n’a jamais réalisé de performance comparable dans un P250 masculin.
La même logique vaut pour les joueuses.
Le classement n’est pas totalement artificiel pour autant : les résultats ont bien été obtenus sur le terrain. Mais il peut exister un décalage entre le rang atteint et le niveau démontré dans la catégorie utilisée pour établir ce rang.
Le tennis offre-t-il un meilleur modèle ?
Le parallèle avec le tennis doit être nuancé.
Au niveau professionnel, le tennis distingue clairement les classements de simple et de double. L’ATP et la WTA publient séparément ces deux hiérarchies, et les résultats obtenus en double ne viennent pas améliorer le classement de simple.
En revanche, il n’existe pas de grand classement professionnel autonome du double mixte comparable aux classements ATP et WTA de double. Les résultats mixtes sont principalement liés aux compétitions concernées, notamment les tournois du Grand Chelem.
La comparaison possède également une limite fondamentale : le tennis distingue deux disciplines, le simple et le double, alors que le padel se joue exclusivement à deux contre deux. La FFT rappelle d’ailleurs que le padel est uniquement pratiqué en double.
Le modèle du tennis ne peut donc pas être reproduit mécaniquement.
Un autre sport géré par la FFT offre toutefois un exemple intéressant : le pickleball possède désormais des classements distincts en simple, en double par genre et en double mixte.
Cela montre qu’une séparation du mixte n’est pas techniquement impossible au sein de la Fédération.
Pourquoi maintenir le système actuel ?
Les documents réglementaires expliquent le fonctionnement, mais ne détaillent pas les raisons ayant conduit à conserver les résultats mixtes dans les deux classements principaux.
Plusieurs logiques peuvent néanmoins être avancées.
La première est la simplicité. Le padel français dispose déjà d’un classement masculin et d’un classement féminin compris par l’ensemble des compétiteurs. Ajouter une troisième hiérarchie nécessiterait un nombre suffisant de tournois mixtes pour qu’elle soit représentative.
La deuxième concerne l’attractivité des compétitions. Le fait de distribuer des points utiles au classement encourage les inscriptions. Un classement séparé ou une forte diminution des points pourrait rendre les tournois mixtes moins recherchés.
La troisième tient à la philosophie du système français. Les points ne sont pas calculés en fonction de chaque adversaire battu, mais principalement selon la catégorie de l’épreuve et le rang final obtenu. La FFT assume donc déjà qu’un même P250 peut présenter des niveaux différents tout en distribuant le même maximum de points.
Le mixte s’inscrit aujourd’hui dans cette logique générale.
Les tournois mixtes faussent-ils complètement le classement ?
Parler d’un classement « complètement faussé » serait probablement excessif.
Les résultats mixtes ne représentent généralement qu’une partie des douze performances comptabilisées, notamment chez les joueurs les plus actifs. Une victoire isolée ne suffit pas à transformer durablement le niveau de classement d’un compétiteur.
Le mixte reste également une vraie discipline sportive, nécessitant des qualités techniques, tactiques et relationnelles. Les points obtenus ne sont pas fictifs.
En revanche, il existe bien une distorsion potentielle.
Elle devient particulièrement visible lorsqu’un joueur ou une joueuse interdit de P250 dans sa catégorie peut remporter un P250 mixte et ajouter les mêmes 250 points à son classement individuel.
Le débat ne porte donc pas sur la légitimité du mixte, mais sur l’équivalence automatique de ses résultats.
Quelles évolutions seraient envisageables ?
Créer immédiatement un classement mixte autonome constituerait la solution la plus lisible, mais aussi la plus lourde. Dans certaines régions, le nombre de tournois serait peut-être encore trop limité pour obtenir une hiérarchie véritablement représentative.
Des solutions intermédiaires pourraient être étudiées :
- appliquer aux résultats mixtes un coefficient spécifique ;
- limiter le nombre de performances mixtes comptabilisées parmi les douze meilleurs résultats ;
- instaurer une limitation de classement en P250 mixte ;
- adapter les points à la force réelle du tableau ;
- conserver les classements masculin et féminin tout en créant parallèlement un classement mixte indicatif.
La mesure la plus immédiate serait probablement de corriger l’exception du P250. Dès lors que des restrictions existent en P25, P50 et P100 mixtes, mais aussi dans les P250 masculins et féminins, l’absence totale de limite au plus haut niveau du mixte amateur paraît difficile à justifier sportivement.
Une question de valeur, plus que de légitimité
Les compétitions mixtes ont pleinement leur place dans le développement du padel français. Elles permettent de diversifier les partenaires, de proposer une autre lecture tactique du jeu et de réunir des publics qui ne se rencontrent pas toujours dans les tableaux classiques.
Mais reconnaître leur intérêt ne signifie pas que leurs résultats doivent nécessairement être traités de manière strictement identique.
La véritable question n’est donc pas de savoir si les tournois mixtes doivent rapporter des points. Elle est de déterminer si ces points doivent continuer à alimenter, sans aucune pondération, les classements masculin et féminin.
J’ai découvert le Padel en Espagne par hasard dans un camping. Le virus a pris immédiatement, passionné de padel, je suis l’actualité internationale et régionale en vibrant tout autant que ce sport.
































































































Mercato : Collado choisit Goenaga, Hernández mise sur Castaño
Paris Major : Leygue, Fonteny et Guichard au programme, les cadors entrent en scène
Paris Major 2026 : les wild cards de la FFT portent leurs fruits, avec déjà un bilan historique chez les hommes
Sofia Araújo : « Au début, ça a été difficile avec Claudia Fernández »
Nathan Perrot prêt à tourner une page : « Vous allez nous voir assez souvent séparés avec Sacha »
Bergeron / Seurin reviennent sur les WC Paris Major : « Il faut que ça dépende plus de nous » et un projet qui veut durer
Coello et Tapia choisissent leur partenaire idéale pour jouer en mixte aux Jeux Olympiques
Paris Major : Bahurel et Val López éliminées, il n’y a plus de Française à Roland-Garros
Paris Major : Guichard et Geens en mission sur le Chatrier, démonstration totale pour rejoindre le deuxième tour
Paris Major : grosse désillusion pour Collombon / Sharifova, éliminées dès le premier tour
À vendre : deux clubs de padel à l’île Maurice, à partir de 330 000 euros
Combien coûte réellement l’organisation d’un FIP Bronze ?
Padel : comment Lidl transforme Crivit en marque sportive à part entière avec Steffi Graf
Compagnie des Alpes accélère dans le padel avec PadelCity : une nouvelle étape dans sa stratégie européenne
OSS Padel Tour 2026 : et si votre prochain tournoi de padel se jouait à Barcelone ?
FAST Padel Academy poursuit son développement et s’implante à Liège
Julien Seurin se livre sur le mental : « Il y a beaucoup plus de doutes que de moments de bonheur »
Ni FIP Tour, ni Championnat du monde par équipes : le format particulier du padel aux Jeux Méditerranéens
Ce que révèle l’analyse du geste : coup droit tennis vs bandeja padel
La bandeja a-t-elle disparu du padel moderne ?
Coup droit à plat au padel : les 5 exercices de Cristian Álvarez pour gagner en contrôle et en efficacité
Pourquoi savoir jouer à droite et à gauche peut faire la différence
Tapia donne la recette pour battre Coello / Tapia : « Je jouerais tout sur moi »
Comment Coello a désamorcé le plan de jeu de Chingotto
Au padel, l’alchimie d’une paire compte-t-elle autant que le niveau individuel ?
L’été change le padel… et si le vrai défi n’était pas de frapper plus fort ?
Premier Padel : quand la télévision peut rallonger les pauses des joueurs
Premier Padel : oui, un arbitre peut refuser à un joueur d’aller aux toilettes
Le Major II peut-il mettre en danger les tournois P2 de Premier Padel ?
Plus d’un an après, Thomas Leygue de retour dans le top 150 : les coulisses d’un comeback encore inachevé
Padel vs squash vs badminton : le classement scientifique de l’intensité cardio
Pourquoi Arturo Coello joue-t-il avec la main droite bandée ?
Les Pyramides : après 12 pistes de padel, le club mise sur la formation des jeunes
Et si votre progression au padel passait par ce que personne ne regarde ?