Il existe des points spectaculaires, des finales marquantes, des rivalités durables. Et puis il y a ces instants rares qui changent durablement un sport. Dans l’histoire du padel, une action en particulier continue d’alimenter débats, incompréhensions et nostalgie. Une action aujourd’hui interdite, mais longtemps autorisée, devenue au fil du temps la plus grande polémique réglementaire que le padel ait connue.

Un geste légal devenu symbole

La scène se déroule en 2018, lors d’un tournoi du World Padel Tour à Alicante. deux joueurs sont hors de la piste après une balle amortie. Dans un réflexe aussi instinctif que calculé, Fernando Belasteguín choisit de ne pas renvoyer la balle vers le terrain, mais de viser directement son adversaire, Federico Chingotto, situé à l’extérieur du court.

La balle touche le corps. Le point est validé.

À l’époque, le règlement l’autorise. Tant que la balle est frappée correctement et que l’adversaire est en jeu, toucher un joueur hors de la piste n’est pas sanctionné. L’action est spectaculaire, inattendue, parfaitement légale. Elle déclenche rires, applaudissements… et malaise.

Une règle méconnue du grand public

Ce point met en lumière une zone grise du padel moderne. Contrairement au tennis, le padel autorise les sorties de piste et les échanges hors du terrain. Mais pendant longtemps, aucune protection réglementaire claire n’existait pour les joueurs hors de la cage.

Résultat : viser le corps devenait une option tactique réelle, notamment dans des situations extrêmes. Rare, mais possible. Trop possible, selon certains.

Pour les puristes, cette liberté faisait partie de l’ADN du padel, sport d’improvisation, d’instinct et de créativité. Pour d’autres, elle introduisait un risque inutile, voire contraire à l’esprit du jeu.

Sécurité contre spectacle

La polémique prend de l’ampleur avec la médiatisation croissante du padel. Les images circulent. Les débats s’installent. Plusieurs entraîneurs et joueurs évoquent des risques évidents de blessures, notamment au visage ou aux cervicales, dans des situations où les joueurs n’ont plus aucun moyen de se protéger.

Progressivement, la question dépasse le simple cadre d’un point spectaculaire :
faut-il tout autoriser au nom du show ?

La réponse institutionnelle arrive quelques années plus tard.

Le changement de règle

La Fédération Internationale de Padel tranche. Désormais, il est strictement interdit de toucher volontairement un adversaire situé hors du terrain, même si la balle est encore en jeu. Le point est automatiquement perdu.

La décision est motivée par des raisons de sécurité, mais aussi par une volonté de clarifier le règlement et d’éviter toute interprétation dangereuse.

Ce changement marque une rupture. Il efface définitivement la possibilité de revoir ce type de point en compétition officielle.

Une nostalgie persistante

Aujourd’hui encore, lorsque les images de ce point refont surface, les réactions restent contrastées. Certains y voient un moment de génie, reflet d’un padel plus libre, plus instinctif. D’autres rappellent qu’un sport professionnel ne peut évoluer sans cadre clair.

Ce qui est certain, c’est que cette action a laissé une trace durable. Elle symbolise une époque, un padel en transition, encore en quête d’équilibre entre spectacle, créativité et sécurité.

Plus qu’un simple point, cette action a contribué à faire évoluer le règlement international. Elle a posé une question centrale que le padel continue de se poser aujourd’hui :
jusqu’où peut aller l’innovation sur la piste sans mettre en danger les joueurs ?

C’est en cela que cette séquence reste, à ce jour, la polémique réglementaire la plus marquante de l’histoire du padel.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.