Ils étaient suffisamment réguliers pour rester très haut dans la hiérarchie, mais jamais assez dangereux pour s’installer à la table des deux premières paires. La deuxième aventure de Franco Stupaczuk et Mike Yanguas s’achève sur ce paradoxe : beaucoup de quarts et de demi-finales, très peu de véritables coups d’éclat et, surtout, aucun set remporté en 2026 face à Coello–Tapia ou Galán–Chingotto.

L’élimination dès leur entrée en lice au London P1 face aux qualifiés José Solano et Ramiro Pereyra a précipité l’annonce. Mais elle n’explique pas, à elle seule, la fin du projet. Londres est davantage le dernier symptôme d’un problème apparu bien plus tôt : Stupaczuk et Yanguas savaient tenir leur rang face à une grande partie du tableau, sans parvenir à franchir le plafond qui les séparait des deux références du circuit.

Un bilan trop solide pour parler de fiasco

Si l’on s’en tient aux résultats, le mot « échec » doit être manié avec prudence. Sur les 14 tournois Premier Padel qu’ils ont effectivement disputés ensemble en 2026 — leur forfait à Pretoria n’étant pas comptabilisé — Stupaczuk et Yanguas ont atteint une finale, ont été éliminés six fois en demi-finale et cinq fois en quart de finale. Ils ne sont donc tombés avant les quarts qu’à deux reprises : en huitièmes au Major de Rome, puis dès leur premier match à Londres.

Autrement dit, ils ont atteint au moins les quarts dans 12 tournois sur 14. Leur bilan, après Londres, s’établit à 26 victoires pour 14 défaites sur les matchs réellement joués en Premier Padel, soit 65 % de succès. Ils ont également remporté le FIP Platinum d’Albanie à Tirana.

Ce bilan confirme une chose : la paire possédait un plancher très élevé. Elle perdait rarement contre beaucoup moins bien classé, du moins jusqu’aux dernières semaines, et elle occupait presque toujours les tours attendus d’une tête de série numéro 3 ou 4.

Mais à ce niveau de la hiérarchie, atteindre les demi-finales ne suffit pas. Il faut encore y exister.

Le chiffre qui condamne le projet : 0 sur 7

En 2026, Stupaczuk et Yanguas ont affronté quatre fois Coello–Tapia et trois fois Galán–Chingotto. Leur bilan est sans appel : sept matchs, sept défaites et aucun set remporté.

Face aux numéros 1, ils se sont inclinés à Gijón (7/6 6/4), Bruxelles (7/5 6/2), Buenos Aires (6/2 7/6) et Valence (6/2 6/2). Contre Galán et Chingotto, ils ont perdu à Miami (6/2 6/2), en finale à NewGiza (6/4 6/1), puis à Bordeaux (7/5 7/5).

Le total est brutal : 0 victoire, 14 sets perdus et 48 jeux remportés contre 89.

Le contraste avec leur première association, en 2024, est important. À l’époque, Stupa et Yanguas avaient battu deux fois Galán–Chingotto et remporté le NewGiza P2. Ces résultats avaient donné du sens à leurs retrouvailles. Mais sur l’ensemble de leurs deux périodes communes, le bilan contre les deux meilleures paires reste de seulement deux victoires en 14 confrontations. Ils n’ont jamais battu Coello et Tapia en sept tentatives.

Ils ont donc été une très bonne paire du haut de tableau. Ils ne sont jamais devenus, dans la durée, une troisième force capable de modifier l’ordre établi.

Les points importants, révélateurs du plafond

Toutes les rencontres n’ont pourtant pas été à sens unique. Sur les 14 sets disputés cette saison face aux deux premières paires, sept se sont terminés sur le score de 7/6, 7/5 ou 6/4. Stupaczuk et Yanguas ont perdu les sept.

Ce constat ne remplace pas une base complète et harmonisée des balles de break ou des points décisifs, qui n’est pas publiée pour l’ensemble du calendrier. Mais il fournit un indicateur très parlant : chaque fois qu’un set est entré dans sa zone de vérité face aux deux meilleures paires, le dénouement leur a échappé.

Le scénario de Bordeaux résume parfaitement cette difficulté. Dans la première manche, Stupa et Yanguas sont revenus de 2-5 à 5-5, avant de céder. Dans la seconde, les deux équipes étaient encore à égalité à 5-5. Galán et Chingotto ont de nouveau remporté les deux jeux qui comptaient le plus.

À Gijón et Buenos Aires, Stupaczuk et Yanguas ont également poussé Coello–Tapia au tie-break. Ils ont perdu les deux. Leur problème n’était donc pas seulement de produire du bon padel. Il était de maintenir leur niveau lorsque quelques points décidaient de la manche.

Deux joueurs complets, mais une identité restée floue

Sur le papier, l’association avait pourtant beaucoup de sens. Stupaczuk apportait sa vitesse, sa couverture de terrain, son explosivité et sa capacité à créer depuis le côté gauche. Yanguas offrait sa grande envergure, sa pression à la volée, sa víbora et un profil de joueur de droite nettement plus offensif que la moyenne.

Lors de leur titre à NewGiza en 2024, la répartition avait même paru presque idéale : Stupa avait signé 29 coups gagnants en finale, tandis que Yanguas n’avait commis que cinq fautes directes en absorbant une grande partie du jeu. L’Argentin finissait, l’Espagnol soutenait, et la paire possédait une lecture claire.

Cette version n’est jamais devenue suffisamment stable en 2026. Les deux joueurs sont capables de défendre, de construire et d’accélérer, mais leur complémentarité n’a pas produit une identité aussi évidente que celle de leurs principaux rivaux.

Coello–Tapia peuvent s’appuyer sur la domination physique de Coello et la créativité de Tapia. Galán–Chingotto disposent d’une répartition tout aussi lisible entre le volume, la précision et la défense de Chingotto, puis la capacité de Galán à prendre le centre et à terminer les points. Chez Stupa–Yanguas, les rôles semblaient plus interchangeables, mais aussi moins tranchés lorsque le match leur échappait.

Ils avaient suffisamment de puissance pour dominer une grande partie du circuit, sans pouvoir surclasser Coello–Tapia dans ce domaine. Ils possédaient suffisamment de défense et de volume pour prolonger les échanges, sans contrôler le tempo comme Chingotto et Galán. La paire se retrouvait ainsi entre deux modèles, sans arme structurelle capable de faire basculer régulièrement ces confrontations.

Le piège de la paire 3

Stupaczuk et Yanguas ont commencé l’année avec le statut de troisième paire mondiale, juste devant Lebrón–Augsburger. Cette position était un avantage dans les tableaux, mais aussi une obligation : arriver en demi-finale relevait presque de la normalité, tandis que chaque élimination en quart devenait une contre-performance.

Leur régularité a donc fini par se retourner contre eux. Une demi-finale à Gijón, Miami, Bruxelles, Buenos Aires, Valence ou Bordeaux entretenait leur classement, mais ne changeait pas leur statut. À chaque fois, l’étape suivante rappelait la même limite.

Pendant ce temps, Lebrón et Augsburger ont gagné à Bruxelles, atteint plusieurs finales et fini par les dépasser. Au classement FIP du 3 août, Lebrón et Augsburger occupaient les cinquième et sixième places mondiales, devant Stupaczuk, septième, et Yanguas, huitième. La paire numéro 3 était devenue numéro 4.

Cette pression ne peut pas, à elle seule, expliquer les tensions ou les performances. Mais elle modifie forcément la perception des résultats : quand une paire est construite pour menacer les deux meilleures, une succession de demi-finales perdues n’est plus une preuve de réussite. Elle devient la confirmation d’un plafond.

NewGiza, Rome, Malaga : les trois étapes de la rupture

Le sommet de leur saison reste la finale du NewGiza P2 en avril. Elle venait après une demi-finale à Miami et a été suivie d’une nouvelle demi-finale à Bruxelles. C’est à ce moment-là que Stupa et Yanguas ont semblé les plus proches d’assumer leur statut de troisième paire.

La première fissure apparaît ensuite à Asunción, avec une défaite en quart contre Edu Alonso et Aimar Goñi. Elle devient plus profonde à Rome : battus dès les huitièmes par Momo González et Lucas Campagnolo, ils s’inclinent face à une paire qu’ils avaient dominée une semaine auparavant au FIP Platinum d’Albanie.

La demi-finale de Valence, puis celle de Bordeaux, ont retardé le constat sans réellement inverser la tendance. À Valence, Coello et Tapia les ont balayés 6/2 6/2..

La rupture devient visible à Malaga. Après la défaite 7/5 6/3 contre Paquito Navarro et Martín Di Nenno, les échanges sur le banc ont montré une paire qui ne parvenait plus à cacher sa frustration. Stupaczuk a demandé à son partenaire de freiner les gestes négatifs et de « faire équipe », avant de publier un message d’autocritique évoquant un manque d’attitude, d’équipe et de jeu.

Le forfait de Pretoria pour les problèmes physiques de Stupaczuk a ensuite interrompu la compétition, sans apaiser la dynamique. À Londres, Stupa et Yanguas ont remporté le premier set contre Solano et Pereyra avant de s’effondrer progressivement : 6/7 6/4 6/1. Quelques semaines plus tôt à Malaga, ils avaient battu cette même paire 6/2 6/4.

Londres n’a donc pas créé la séparation. Londres a simplement rendu sa poursuite presque impossible à défendre.

Une paire trop forte pour le reste, pas assez menaçante pour les deux premières

Stupaczuk–Yanguas n’a pas été une mauvaise paire. Ses résultats sont même supérieurs à ceux de la grande majorité du circuit. Mais son objectif n’était pas d’être meilleure que la majorité : il était de se rapprocher de Coello–Tapia et Galán–Chingotto.

Or, en 2026, elle n’a remporté contre eux ni match, ni set. Elle a perdu tous les tie-breaks et toutes les manches serrées disputées face à ces deux équipes. Elle a conservé un niveau moyen élevé, sans trouver une identité tactique suffisamment forte ni une stabilité suffisante dans les moments décisifs.

C’est peut-être là que se trouve la véritable explication de cette séparation. Stupa et Yanguas avaient le classement d’une très grande paire, le talent d’une très grande paire et la régularité d’une très grande paire. Mais jamais, au cours de cette deuxième aventure, ils n’ont donné l’impression de disposer d’un chemin durable pour devenir les meilleurs.

Antoine Tricolet

J’ai découvert le Padel en Espagne par hasard dans un camping. Le virus a pris immédiatement, passionné de padel, je suis l’actualité internationale et régionale en vibrant tout autant que ce sport.