Une ligne du règlement 2026 de Premier Padel pourrait-elle donner un indice sur l’avenir du circuit professionnel ?

En étudiant les grilles de prize money des hommes et des femmes, une différence étonnante apparaît. Chez les hommes, le règlement ne connaît que trois catégories régulières : Major, P1 et P2. Chez les femmes, en revanche, la grille financière distingue un « Major I » et un « Major II ».

Pourtant, ce fameux Major II n’existe pas en tant que catégorie identifiée dans le calendrier Premier Padel 2026.

Alors, de quoi s’agit-il ? D’une simple distinction financière propre au règlement féminin ? D’un mécanisme prévu mais non utilisé comme catégorie sportive ? Ou pourrait-il préfigurer une nouvelle strate de tournois qui, à terme, concernerait aussi bien les hommes que les femmes ?

À ce jour, aucune annonce officielle ne permet d’affirmer que Premier Padel créera un Major II en 2027. Mais l’hypothèse mérite d’être étudiée, notamment parce qu’elle conduirait Premier Padel vers une architecture étonnamment proche de celle du tennis.

Chez les hommes : aucune trace du Major II

Commençons par ce qui est certain.

Le règlement masculin 2026 définit trois catégories de tournois Premier Padel : Major, P1 et P2, en plus des Finals. Il évoque une répartition théorique de 4 Majors, 10 P1 et 11 P2, tout en précisant que ces nombres peuvent être modifiés par Premier Padel.

Dans la grille de prize money masculine, il n’existe également qu’un seul niveau de Major :

Catégorie hommesVainqueur / joueurVainqueurs / paire
Major48 700 €97 400 €
P126 270 €52 540 €
P213 960 €27 920 €

Les montants officiels sont bien ceux indiqués par le règlement masculin.

Pas de Major I. Pas de Major II.

Chez les femmes, en revanche, le Major II existe bien… dans le règlement

C’est ici que l’histoire devient intéressante.

La grille féminine 2026 présente non pas trois, mais quatre niveaux financiers :

Catégorie femmesVainqueure / joueuseVainqueures / paire
Major I48 700 €97 400 €
Major II24 750 €49 500 €
P117 000 €34 000 €
P211 000 €22 000 €

Le règlement est particulièrement explicite : le Major I prévoit 48 700 € pour chacune des championnes, tandis que le Major II prévoit 24 750 €.

Son positionnement est intéressant : financièrement, le Major II se situe exactement entre le Major I et le P1.

Et pourtant, dans la nomenclature générale du Tour, le règlement continue de présenter Premier Padel autour des trois catégories Major, P1 et P2.

C’est cette contradiction apparente qui pose question.

Et si Premier Padel préparait son équivalent des Masters 1000 ?

Imaginons maintenant que ce Major II ne soit pas uniquement une particularité contractuelle concernant le prize money féminin.

Si Premier Padel décidait à l’avenir d’en faire une véritable catégorie sportive et de l’étendre aux tableaux masculins et féminins, le circuit disposerait alors de quatre niveaux de tournois.

La comparaison avec le tennis deviendrait presque naturelle :

TennisPremier Padel hypothétique
Grand ChelemMajor I
Masters 1000Major II
ATP/WTA 500P1
ATP/WTA 250P2

Attention : cette équivalence n’existe officiellement nulle part. Il s’agit d’une projection permettant de comprendre ce que pourrait apporter un niveau intermédiaire.

Mais sportivement et commercialement, elle aurait du sens.

Entre les quatre rendez-vous majeurs de la saison et les P1, Premier Padel disposerait d’une catégorie premium supplémentaire susceptible de réunir systématiquement l’élite mondiale, avec davantage de points et de prize money qu’un P1.

Et cela changerait potentiellement beaucoup de choses pour les P2.

Premier Padel compte 25 tournois en 2026

Pour comprendre l’enjeu, il faut regarder la densité actuelle du circuit.

La saison 2026 comprend désormais 25 tournois Premier Padel répartis dans 17 pays.

Et un élément est particulièrement important pour notre réflexion : Luigi Carraro a déclaré en mai que la volonté était de maintenir un calendrier stable de 25 tournois par an, sans augmenter ni réduire le nombre d’épreuves.

Cela change considérablement l’interprétation possible du Major II.

Si cette volonté est maintenue, la création d’une quatrième catégorie ne signifierait pas forcément davantage de tournois.

Premier Padel pourrait plutôt redistribuer ses 25 événements.

Certains P1 pourraient, par exemple, monter d’un cran. Certains P2 pourraient devenir P1. La pyramide serait réorganisée sans nécessairement ajouter de nouvelles semaines de compétition.

Mais une autre possibilité existe : si, à plus long terme, Premier Padel augmentait finalement son nombre d’épreuves, les joueurs seraient nécessairement amenés à sélectionner davantage leurs tournois.

Et c’est là que les P2 pourraient être directement concernés.

Non, les joueurs ne sont pas obligés de jouer 22 Premier Padel

Il faut ici apporter une précision importante.

Les 22 tournois dont on parle actuellement ne correspondent pas à 22 Premier Padel obligatoires.

Le règlement 2026 prévoit que le classement d’un joueur est calculé en additionnant ses 22 meilleurs résultats, Premier Padel, FIP Tour et autres événements internationaux reconnus par la FIP compris.

C’est très différent.

Il existe néanmoins une exigence précise pour accéder aux Premier Padel Finals : les joueurs du Top 16 doivent avoir disputé au minimum 15 tournois Premier Padel pendant la saison pour être éligibles. Cette règle apparaît également dans le règlement féminin.

Une fois qualifiés pour les Finals, la participation est obligatoire, avec des sanctions pouvant aller jusqu’à 100 000 € en cas de non-participation dans les conditions prévues par le règlement.

Il faut donc distinguer deux choses :

15 Premier Padel minimum pour pouvoir être éligible aux Finals ; 22 meilleurs résultats retenus pour établir le classement FIP 2026.

Et en 2027, ce ne seront même plus 22 résultats, mais 21

Cette donnée est particulièrement intéressante pour imaginer l’avenir du calendrier.

Premier Padel et la FIP ont déjà annoncé qu’en 2027, le nombre de résultats comptabilisés au classement passera de 22 à 21.

La décision s’inscrit notamment dans une réflexion sur le bien-être des joueurs, leur récupération et la soutenabilité du calendrier.

Premier Padel a même indiqué qu’elle avait été prise alors que presque toutes les parties prenantes consultées étaient plutôt favorables à une augmentation du nombre de tournois pour accompagner le développement international du padel.

Nous avons donc deux forces qui pourraient progressivement s’opposer : l’envie de développer encore le circuit mondial et la nécessité de protéger les joueurs d’un calendrier trop chargé.

Et une nouvelle hiérarchie de tournois pourrait justement permettre de concilier les deux.

Le P2 pourrait-il devenir l’ATP 250 du padel ?

C’est probablement la conséquence la plus intéressante d’un éventuel quatrième niveau.

Aujourd’hui, les P2 restent capables d’attirer une très grande partie des meilleurs joueurs mondiaux.

Mais imaginons demain un circuit proposant quatre Majors I, plusieurs Major II, les P1 et enfin les P2.

Avec seulement 21 résultats comptabilisés au classement en 2027, les stars auraient davantage intérêt à privilégier les compétitions offrant le plus de points et les plus grosses dotations.

Un Coello, Tapia, Galán ou Chingotto chez les hommes, comme les meilleures mondiales chez les femmes, n’aurait plus nécessairement le même intérêt à disputer systématiquement les P2 si son calendrier était déjà rempli de Major I, Major II et P1.

Les P2 pourraient alors progressivement prendre le rôle qu’occupent les ATP 250 dans le tennis masculin.

Des tournois professionnels importants, mais dans lesquels la présence de l’ensemble des meilleurs joueurs mondiaux n’est plus automatique.

Une menace pour les P2… ou une opportunité ?

À première vue, cette évolution pourrait inquiéter les promoteurs.

La présence des stars constitue évidemment un argument commercial majeur pour vendre des billets, attirer des partenaires et générer de l’audience.

Si les P2 devenaient facultatifs dans la construction du calendrier des meilleurs mondiaux, certains événements pourraient perdre en attractivité.

Mais il existe une autre manière de regarder la situation.

Cela pourrait aussi ouvrir le circuit.

Les joueurs situés autour de la 20e, 30e, 40e ou 50e place mondiale auraient davantage de possibilités d’aller chercher des quarts, des demi-finales et surtout des titres Premier Padel.

Les P2 deviendraient un véritable étage d’accès au très haut niveau.

Puis les meilleurs joueurs progresseraient vers les P1, les éventuels Major II et enfin les Major I.

On retrouverait alors une pyramide beaucoup plus identifiable.

Une véritable hiérarchie à quatre étages

Le système pourrait finalement devenir extrêmement lisible :

Major I : les quatre rendez-vous suprêmes de la saison.

Major II : les grands événements premium réunissant l’élite mondiale.

P1 : les grands tournois réguliers du circuit.

P2 : la porte d’entrée vers le sommet du Premier Padel.

Exactement comme le tennis a progressivement construit différents niveaux permettant à chaque tournoi d’occuper une place précise dans l’écosystème professionnel.

Pour Premier Padel, cette segmentation pourrait aussi faciliter la valorisation commerciale des événements : droits médias, sponsors, prize money, infrastructures demandées aux organisateurs et nombre de points distribués pourraient varier beaucoup plus clairement selon le niveau.

Mais pourquoi le Major II n’apparaît-il que chez les femmes ?

C’est finalement la grande question.

Si Premier Padel préparait réellement une nouvelle catégorie mondiale pour 2027, pourquoi celle-ci apparaîtrait-elle uniquement dans le règlement féminin ?

À l’inverse, s’il ne s’agit que d’une distinction permettant d’avoir deux niveaux de prize money parmi les Majors féminins, pourquoi employer les appellations spécifiques « Major I » et « Major II » ?

À ce jour, les documents dont nous disposons ne permettent pas de trancher.

Ce que l’on peut affirmer est beaucoup plus précis :

le règlement masculin 2026 ne contient qu’une grille Major ; le règlement féminin contient deux grilles distinctes, Major I et Major II ; et le calendrier 2026 ne présente pas le Major II comme une quatrième catégorie sportive du circuit.

La différence est suffisamment inhabituelle pour mériter d’être relevée.

Premier Padel n’a rien annoncé pour 2027

Autre élément appelant à la prudence : lorsqu’ils ont dévoilé en juin les premières modifications prévues pour 2027, Premier Padel et la FIP ont continué à parler des catégories Major, P1 et P2.

Ils ont notamment annoncé une augmentation des points distribués lors des premiers tours de ces trois catégories. Aucun Major II n’est mentionné dans cette réforme 2027.

C’est probablement l’élément qui empêche aujourd’hui d’aller plus loin que l’hypothèse.

Si une quatrième catégorie est réellement dans les cartons, elle n’a pas encore été officialisée.

Alors, erreur, particularité féminine… ou indice pour l’avenir ?

Trois scénarios restent donc possibles.

Le Major II pourrait simplement désigner un deuxième niveau de dotation des Majors féminins, sans constituer une catégorie sportive indépendante.

Il pourrait également correspondre à une possibilité prévue contractuellement mais qui n’a finalement pas été utilisée comme telle dans le calendrier 2026.

Ou, scénario évidemment beaucoup plus intrigant, cette appellation pourrait être le premier indice d’une évolution future de la pyramide Premier Padel, éventuellement étendue ensuite aux hommes et aux femmes.

Pour l’instant, impossible de l’affirmer.

Mais si Premier Padel devait un jour créer son équivalent des Masters 1000, l’emplacement existe déjà presque naturellement entre le Major et le P1.

Et son apparition poserait immédiatement une autre question : que deviendraient les P2 ?

Avec 25 événements par saison, 21 résultats seulement comptabilisés au classement à partir de 2027 et une éventuelle quatrième catégorie offrant davantage de points et de prize money, les meilleurs joueurs pourraient commencer à sélectionner beaucoup plus fortement leur calendrier.

Les P2 pourraient alors devenir au padel ce que les ATP 250 sont au tennis : des tournois indispensables au circuit, mais où la présence de toutes les stars n’est plus garantie.

Pour l’instant, le Major II reste donc une catégorie fantôme : présente dans un règlement, absente du calendrier.

Reste à savoir s’il s’agit d’une simple curiosité réglementaire… ou d’une petite fenêtre ouverte sur le futur de Premier Padel.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.