La Fédération Internationale de Padel ne cache plus son objectif : voir un jour le padel intégrer les Jeux Olympiques. À Taranto, à l’occasion de la première apparition de la discipline aux Jeux Méditerranéens, son président Luigi Carraro a une nouvelle fois insisté sur la croissance mondiale du padel et son installation progressive dans les grandes compétitions multisports.

Sur le papier, les arguments sont nombreux. Mais ces Jeux Méditerranéens ont également montré une réalité beaucoup moins flatteuse : sportivement, le padel international reste extrêmement déséquilibré.

Et pour ceux qui doutent encore de la maturité olympique de la discipline, Taranto pourrait presque fournir quelques arguments supplémentaires.

L’Espagne n’envoie pas ses meilleurs… et reste devant

C’est probablement le constat le plus frappant.

L’Espagne n’est évidemment pas arrivée à Taranto avec Arturo Coello, Ale Galán, Juan Lebrón, Bea González, Ari Sánchez ou Paula Josemaría.

Très loin de là.

Chez les hommes, la sélection espagnole s’appuyait notamment sur David Gala et José Antonio Diestro. Des joueurs de très haut niveau certes, mais qui ne représentent absolument pas ce que l’Espagne pourrait aligner de mieux dans une hypothétique compétition olympique.

Chez les dames, Lucía Sainz et Patty Llaguno, anciennes numéros 1 mondiales mais désormais éloignées du sommet du classement, accompagnaient notamment Jimena Velasco et Nuria Rodríguez.

Et pourtant, le résultat est particulièrement parlant.

Les deux paires espagnoles féminines se sont retrouvées en finale. Avant même que celle-ci ne débute, l’Espagne était donc déjà assurée de repartir avec l’or et l’argent.

L’Espagne peut ainsi descendre très profondément dans son réservoir de joueurs tout en restant capable de dominer une compétition internationale.

Derrière l’Espagne et l’Argentine, quel véritable contre-pouvoir ?

Le problème ne concerne évidemment pas uniquement les Jeux Méditerranéens.

Il suffit d’observer les Championnats du monde.

En 2024 à Doha, les deux finales par équipes opposaient encore une fois l’Espagne à l’Argentine, chez les hommes comme chez les femmes. L’Argentine remportait le titre masculin tandis que l’Espagne décrochait un sixième titre mondial féminin consécutif.

Chez les hommes, l’historique mondial reste lui aussi presque entièrement une affaire entre ces deux nations.

Le constat est difficile à contourner : l’Espagne et l’Argentine vivent encore dans un autre monde.

Derrière, l’Italie progresse énormément. Le Portugal possède également une vraie culture padel et plusieurs joueurs et joueuses capables d’évoluer à très haut niveau.

La France avance également, avec une Fédération particulièrement impliquée.

Mais entre se rapprocher du podium (du top 2) et être réellement capable de battre l’Espagne ou l’Argentine avec leurs meilleurs joueurs, il existe encore un gouffre.

Des écarts parfois énormes

Taranto a également offert des scores qui rappellent l’hétérogénéité actuelle du padel international.

On a notamment vu le Portugal infliger un 6/0 6/0 à la Turquie chez les dames. L’Italie a signé exactement le même résultat contre Chypre.

Dans d’autres rencontres, les différences de niveau étaient également considérables.

Il ne s’agit évidemment pas de se moquer de ces nations. Leur présence est au contraire indispensable au développement du padel.

Mais pour une discipline qui ambitionne les Jeux Olympiques, la question mérite d’être posée : combien de pays possèdent aujourd’hui une véritable profondeur de haut niveau ?

Des grandes nations pas encore totalement investies ?

Il existe un autre paradoxe.

Les Jeux Méditerranéens représentent une étape historique pour le padel, mais toutes les grandes nations n’ont pas nécessairement traité la compétition comme un rendez-vous absolument prioritaire.

L’Espagne en est l’exemple le plus évident puisqu’elle possède des dizaines de joueurs capables de prétendre à une sélection supérieure sur le papier.

Et c’est précisément là que se situe une partie du problème.

Pour convaincre totalement de sa dimension olympique, le padel doit non seulement être pratiqué dans énormément de pays, mais également parvenir à donner une véritable importance sportive à ces compétitions internationales.

L’Italie joue clairement le jeu. Le Portugal également. La France s’investit de plus en plus dans les compétitions internationales. Et pour de nombreuses nations émergentes, participer à ces Jeux représente déjà un événement considérable.

Mais le niveau d’implication et surtout les moyens sportifs restent encore très différents d’un pays à l’autre.

38 millions de pratiquants… mais combien de nations capables de jouer les médailles ?

Luigi Carraro rappelle que le padel compterait aujourd’hui environ 38 millions de pratiquants, 85 000 pistes et 27 000 clubs dans 178 pays et territoires.

Ce sont des chiffres impressionnants. (et certainement sur-estimé)

Mais ils racontent surtout la diffusion du padel comme sport pratiqué.

La question olympique en pose une autre : celle de sa maturité comme sport international de très haut niveau.

Et sur ce terrain, la photographie est différente.

Il existe une multitude de pays où l’on joue désormais au padel. Mais combien peuvent aujourd’hui construire une sélection capable de rivaliser avec les meilleures ?

L’Espagne possède une profondeur presque sans équivalent. L’Argentine reste l’autre puissance historique. Derrière, l’Italie, le Portugal et la France tentent de réduire l’écart, tandis que plusieurs nouvelles nations construisent encore leurs premières générations de joueurs internationaux.

Taranto : une réussite… qui expose aussi les faiblesses du padel

C’est tout le paradoxe de ces Jeux Méditerranéens.

Pour la FIP, Taranto constitue incontestablement une victoire institutionnelle. Après les Jeux Européens de Cracovie, le padel poursuit son implantation dans les événements multisports et sera également présent dans d’autres grandes compétitions continentales.

Cette internationalisation est indispensable dans la quête olympique.

Mais Taranto révèle simultanément la face cachée de cette expansion : être présent dans 178 pays ne signifie pas encore disposer de 178 nations compétitives.

Et lorsque l’Espagne peut se présenter sans une grande partie de ses meilleurs joueurs tout en restant candidate naturelle aux médailles d’or, la question du véritable équilibre international reste entière.

Le padel grandit extrêmement vite.

Mais avant les cinq anneaux, son prochain défi sera peut-être moins d’ajouter de nouveaux pays sur une carte que de faire émerger davantage de nations réellement capables de battre les deux géants que sont l’Espagne et l’Argentine.

Car pour l’instant, derrière l’impressionnante croissance mondiale affichée par la FIP, la hiérarchie sportive internationale reste encore terriblement étroite.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.