L’annonce du lancement de la plateforme internationale de formation FIP Academy marque une nouvelle étape dans la stratégie de la Fédération Internationale de Padel. À travers ce projet, l’instance affirme vouloir structurer, unifier et rendre accessible la formation des entraîneurs et des arbitres à l’échelle mondiale.
Sur le principe, l’idée peut paraître légitime. Dans les faits, le positionnement, la méthode et la communication posent question.
Une fédération récente face à un sport bien plus structurée qu’elle
Le padel ne s’est pas construit à partir d’une vision institutionnelle descendante. Il s’est développé grâce aux clubs, aux entraîneurs de terrain, aux joueurs, aux formateurs expérimentés et aux fédérations nationales, parfois depuis plusieurs décennies.
Dans cette dynamique, la FIP reste une structure jeune, encore en phase de consolidation. Pourtant, le discours employé dans sa communication laisse entendre qu’il existerait aujourd’hui une “vision globale” unique de la formation, portée par l’instance internationale elle-même.
Une inversion des rôles s’opère alors :
- Ce n’est plus la FIP qui apprend de ses membres,
- mais ses membres qui seraient invités à apprendre de la FIP.
Des membres souvent plus avancés que l’instance centrale
Il faut rappeler un point fondamental : les membres de la FIP sont ses fédérations nationales. Ce sont elles qui ont :
- structuré la pratique,
- investi dans les infrastructures,
- construit des filières de formation,
- accompagné la professionnalisation du sport,
- absorbé financièrement et humainement l’explosion du padel.
Dans de nombreux cas, ces fédérations ont maintenu la crédibilité de la FIP, malgré une gouvernance internationale souvent jugée approximative. Organisateurs de tournois, arbitres et entraîneurs ont parfois exprimé leur découragement face à un manque de cohérence et de professionnalisme.
Et pourtant, au lieu de commencer par renforcer son fonctionnement interne, la FIP choisit aujourd’hui de s’immiscer directement dans la formation de ses propres membres, comme si ceux-ci étaient dépourvus d’expertise.
Comparer implicitement une structure encore embryonnaire à des institutions établies comme la Fédération française de tennis ou la “Federazione Italiana Tennis e Padel“, particulièrement expérimentées en matière de formation, laisse songeur.
Et, chose plus étonnante, de nombreux membres de la FIP ont été pris au dépourvu par cette nouvelle. Ils n’ont pas été sollicités, ou alors en marge. Au regard de l’importance du sujet, il y a de quoi, sur le papier, formuler plusieurs objections.
La FIP doit aussi beaucoup aux circuits professionnels
Autre angle mort de cette communication : le rôle déterminant des circuits professionnels dans la construction de la FIP actuelle.
Le premier véritable socle structurant est venu du World Padel Tour. C’est grâce à ce circuit privé que la FIP a pu, pour la première fois, unifier le classement international et offrir une hiérarchisation lisible du padel mondial.
Puis est venu un virage stratégique majeur. Dans des conditions très particulières, la FIP a choisi de se détourner du World Padel Tour pour soutenir “brusquement” Premier Padel, un projet porté par le Qatar.
Là encore, la FIP n’a pas été à l’origine du projet. Elle a accompagné une structure financée, pensée et ambitieuse.
Et il faut le rappeler : Premier Padel a dû apprendre, et doit encore aujourd’hui s’ajuster. Calendrier, gouvernance, relations joueurs, organisation sportive, communication : les corrections sont permanentes. Mais le circuit progresse, et bien plus vite que l’instance censée l’encadrer.

Une tentation de réécriture de l’histoire
Le malaise vient de là.
La FIP donne aujourd’hui le sentiment de vouloir s’approprier le succès collectif :
- celui des clubs privés,
- des entreprises investisseuses,
- des fédérations nationales,
- des formateurs indépendants,
- des circuits professionnels.
Comme si, désormais, l’histoire du padel devait être racontée à partir d’un seul centre de gravité.
À vouloir devenir le wagon de tête d’un sport dont elle n’était qu’un wagon, la FIP semble multiplier les coups de poker institutionnels, en s’appuyant sur son statut plus que sur son expertise réelle.
Former ou fédérer ? Le vrai rôle d’une fédération internationale
Il est possible — et souhaitable — que la FIP Academy devienne un outil utile, collaboratif, respectueux des savoir-faire existants. Il faut laisser une chance au projet. Mais cela suppose une chose essentielle : changer de posture.
Le rôle d’une fédération internationale devrait être de :
- fédérer les compétences existantes,
- valoriser les expertises locales,
- harmoniser sans imposer,
- apprendre autant qu’enseigner.
Le padel n’a pas attendu la FIP pour se développer.
Les formateurs, les entraîneurs et les structures nationales non plus.
Reste à savoir si cette stratégie relèvera d’une vision collective assumée… ou d’un ego institutionnel sans limite, convaincu d’avoir toujours été au centre de l’histoire.
La suite dira si ce pari sera payant. Mais une chose est certaine : la légitimité ne se décrète pas, elle se construit — et se partage.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.


































































































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