Pour sa première apparition aux Jeux Méditerranéens, le padel offre à Taranto des médailles historiques, mais visiblement pas de chèque à la clé. Le règlement technique de la compétition ne prévoit aucun prize money pour les joueurs, une situation qui contraste fortement avec le circuit professionnel et même avec d’autres grands événements multisports.

Une donnée qui permet aussi de mieux comprendre les enjeux de cette première édition et, peut-être, en partie, l’absence de la majorité des toutes meilleures joueuses et joueurs mondiaux.

Médailles et diplômes, mais aucun prize money

Le règlement de Taranto 2026 est précis concernant les récompenses. Or, argent et bronze sont distribués dans les compétitions masculines, féminines et mixtes, tandis que les joueurs classés de la quatrième à la huitième place reçoivent également un diplôme.

En revanche, aucune dotation financière n’apparaît dans le manuel technique.

Nous n’avons pas non plus identifié dans les informations officielles de Taranto 2026 de prize money attribué aux médaillés du tournoi de padel.

Pour les professionnels habitués au Premier Padel et au CUPRA FIP Tour, où les tournois distribuent une dotation, l’équation économique est donc très différente : à Taranto, la récompense prévue par l’organisation est avant tout sportive.

Aux Jeux Olympiques, la France verse jusqu’à 80 000 euros

La comparaison avec les Jeux Olympiques et Paralympiques est intéressante, même si les deux événements n’ont évidemment ni le même statut ni les mêmes moyens.

Pour les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026, l’État français verse à ses médaillés 80 000 euros pour l’or, 40 000 euros pour l’argent et 20 000 euros pour le bronze. Ces primes sont identiques à celles mises en place pour Paris 2024 et sont cumulables lorsqu’un athlète remporte plusieurs médailles.

Attention toutefois à la différence fondamentale : il ne s’agit pas d’un prize money versé par l’organisateur des Jeux, mais de primes versées par l’État français à ses athlètes olympiques et paralympiques.

À Taranto, aucune prime comparable destinée aux joueurs français de padel n’a été publiquement identifiée dans les sources officielles consultées.

La FIP voulait pourtant attirer les meilleurs joueurs

C’est là que le sujet devient intéressant.

Lorsqu’elle annonçait l’arrivée du padel aux Jeux Méditerranéens, la Fédération Internationale de Padel précisait que la compétition avait été intégrée au calendrier professionnel officiel de la FIP afin d’encourager la participation des athlètes d’élite.

L’ambition était donc claire.

Mais lorsqu’on regarde les joueurs effectivement présents à Taranto, le plateau reste éloigné de celui d’un grand rendez-vous Premier Padel.

Chez les hommes, les principales références espagnoles sont Pol Hernández et Guille Collado, autour de la 35e place mondiale, accompagnés notamment de David Gala et José Diestro. Côté français, Bastien Blanqué, Dylan Guichard, Yoan Boronad et Timéo Fonteny ont été sélectionnés.

Les principaux leaders mondiaux masculins ne sont donc pas présents.

Chez les dames, le niveau est plus relevé avec notamment Sofia Araújo, 8e mondiale, ainsi que les anciennes numéros 1 mondiales Lucía Sainz et Patty Llaguno et plusieurs joueuses du top 30. Araújo est d’ailleurs la joueuse la mieux classée de toute la compétition.

On est donc loin d’un tournoi sans joueuses ou joueurs de premier plan, mais la grande majorité du gratin mondial n’a pas fait le déplacement.

L’absence de prize money peut-elle l’expliquer ?

Il serait trop catégorique d’établir un lien direct entre l’absence de prize money et le choix des meilleurs mondiaux de ne pas participer.

Aucune déclaration publique des principaux absents ne permet, à notre connaissance, de l’affirmer.

Mais l’équation peut légitimement être posée.

Un joueur professionnel construit sa saison autour des tournois qui lui permettent de gagner des points, du prize money et de remplir ses obligations sportives et commerciales. Les Jeux Méditerranéens offrent une médaille historique et la possibilité de représenter son pays, mais aucune dotation financière officielle n’est annoncée dans le règlement.

Pour une discipline qui cherche encore à installer ce type de rendez-vous dans son calendrier, l’attractivité sportive et symbolique doit donc compenser l’absence de rémunération directe.

Une première qui dépasse néanmoins la question financière

Le bilan ne peut toutefois pas être résumé au seul prize money.

La FIP annonçait 88 joueurs et joueuses représentant 18 pays pour cette première édition, avec trois compétitions et les premières médailles méditerranéennes de l’histoire du padel.

Certaines nations émergentes bénéficient surtout d’une exposition internationale rarement accessible ailleurs. La Tunisie, par exemple, dispute à Taranto sa première compétition internationale par sélection nationale, hommes ou femmes confondus.

Le tournoi est par ailleurs diffusé à grande échelle puisque la FIP annonce une disponibilité sur Eurovision Sport dans 244 pays et territoires.

Pour cette première, l’intérêt est donc ailleurs : une médaille, un maillot national et une place dans l’histoire des Jeux Méditerranéens.

Reste une question pour les prochaines éditions : si le padel veut faire de ce rendez-vous un événement capable d’attirer systématiquement les toutes meilleures joueuses et les tout meilleurs joueurs mondiaux, le prestige de la médaille suffira-t-il à lui seul ?

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.