Le FIP Gold de Belgrade offre un exemple assez spectaculaire des limites que peut produire le système actuel d’inscription sur le FIP Tour. En additionnant simplement les points des deux partenaires, certaines paires très déséquilibrées au classement mondial peuvent se retrouver directement dans le tableau principal.

Le cas le plus frappant : Álvaro Cepero, 52e mondial, associé à Hami Golestan, 1 116e. Soit 1 064 places d’écart entre les deux hommes.

Plus étonnant encore : avec 1 177 points cumulés, ils constituent la 11e paire parmi les 28 initialement engagées dans le tableau principal.

Tout est parfaitement réglementaire. Les joueurs utilisent simplement le système existant. Mais sportivement, celui-ci mérite-t-il d’évoluer ?

Cepero apporte 1 163 des 1 177 points

La situation de Cepero / Golestan résume parfaitement le débat.

Cepero possède 1 163 points, Golestan seulement 14. L’Espagnol apporte donc à lui seul près de 99 % des points de l’association.

Malgré cet écart, leur total de 1 177 points les place au 11e rang des 28 paires directement engagées, à quelques positions seulement des huit têtes de série. Ces dernières s’arrêtent à Luis Hernández Quesada / Javier Martínez, huitièmes avec 2 442 points.

La question n’est donc pas de contester leur présence, parfaitement conforme aux règles, mais de savoir si l’addition brute des points reflète réellement le niveau d’une paire.

FIP Gold Belgrade : 1 064 places d’écart entre Cepero et son partenaire, le système des points en question

Plusieurs « paires hybrides » à Belgrade

Cepero / Golestan ne constituent pas un cas isolé.

Si l’on fixe, pour les besoins de l’analyse, le seuil d’une « paire hybride » à au moins 300 places d’écart entre les partenaires, plusieurs associations ressortent parmi les 28 paires initialement annoncées :

  • Cepero (52e) / Golestan (1 116e) : 11e paire, 1 177 points, 1 064 places d’écart
  • Jamshidi (436e) / Roglan Pons (94e) : 15e paire, 756 points, 342 places d’écart
  • Aragon Herrera (110e) / Shahi (688e) : 23e paire, 588 points, 578 places d’écart
  • Insa Sotillo (112e) / Aromi Siquier (722e) : 25e paire, 578 points, 610 places d’écart
  • Polovina (1 356e) / Garayo Lana (non classé) : 28e paire, 10 points, mais avec une wild-card, donc dans une situation différente

Le dernier cas doit être mis à part puisque l’accès au tableau principal relève d’une invitation. Pour les autres, c’est bien le cumul des points qui permet de déterminer leur position.

Un impact direct sur le tirage au sort

Ces écarts ne sont pas seulement théoriques. Ils peuvent également avoir une incidence sur l’équilibre du tableau.

Lorsqu’une association repose très largement sur le classement d’un seul joueur, elle peut devenir l’une des paires que les adversaires espèrent rencontrer au premier tour.

L’enjeu n’est pas négligeable : à Belgrade, atteindre les huitièmes rapporte 14 points FIP, contre 8 au premier tour. Un quart vaut ensuite 25 points, une demi-finale 50, une finale 90 et le titre 150.

Un tirage favorable peut donc rapidement débloquer des points importants, tandis qu’une autre paire, parfois beaucoup plus homogène, peut hériter immédiatement d’une opposition nettement plus relevée.

Le hasard fera toujours partie d’un tableau. Mais le mode d’admission doit-il accentuer ces différences ?

Pourquoi ne pas prendre aussi en compte le classement ?

Une piste pourrait être de compléter l’addition des points par un critère basé sur le classement individuel des deux partenaires, au moins dans les catégories les plus élevées du FIP Tour.

Il pourrait s’agir d’une addition des classements, d’un écart maximal autorisé pour entrer directement dans le tableau principal ou encore d’un système combinant points et classement.

Cela n’empêcherait évidemment pas un 52e mondial de jouer avec un 1 116e. Les joueurs resteraient totalement libres de choisir leur partenaire.

Mais une paire présentant un tel écart pourrait être amenée à passer par les qualifications et gagner sa place sur la piste, plutôt que de bénéficier directement des points accumulés presque exclusivement par l’un des deux joueurs.

Le cas Cepero / Golestan est particulièrement révélateur : 1 064 places les séparent, 98,8 % de leurs points appartiennent à Cepero, mais leur total en fait tout de même la 11e paire du plateau initial.

À mesure que le niveau du FIP Tour progresse, la question mérite d’être posée : faut-il continuer à additionner uniquement les points ou mieux prendre en compte le niveau réel des deux joueurs qui composent chaque paire ?

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.