Quelques jours après avoir installé une piste devant l’Opéra de Sydney, le padel australien vient de rencontrer un obstacle d’une tout autre nature. À Athelstone, dans la banlieue d’Adélaïde, un projet de trois pistes de padel payantes, prévu à la place de deux terrains de tennis gratuits, a été abandonné par le conseil municipal. Une décision locale qui pose une question de plus en plus importante pour la discipline : comment poursuivre l’expansion du padel sans entrer en conflit avec les usages existants et les habitants ?

Le contraste est saisissant. Les 15 et 16 août, l’Australie présentait le padel dans l’un de ses décors les plus emblématiques : le parvis de l’Opéra de Sydney. Pat Rafter, ancien numéro un mondial de tennis devenu ambassadeur de la discipline, participait au Padel Invitational aux côtés de joueurs internationaux.

Le 18 août, à près de 1 400 kilomètres de là, le conseil municipal de Campbelltown revenait sur un projet d’implantation à Foxfield Oval. Non parce que le padel manquerait d’intérêt, mais parce que son arrivée était perçue par une partie des habitants comme la privatisation d’un espace sportif jusqu’alors accessible gratuitement.

Trois pistes de padel à la place de deux terrains de tennis gratuits

Le projet concernait Foxfield Oval, un espace public situé à Athelstone, dans l’agglomération d’Adélaïde. Le site accueille notamment un terrain utilisé pour le football et le cricket, une aire de jeux, des équipements associatifs et deux terrains de tennis en libre accès.

La municipalité étudiait leur remplacement par trois pistes de padel, accompagnées d’un petit kiosque ou d’une boutique. Le futur exploitant devait financer l’installation et assumer les coûts d’entretien, sans investissement direct de la collectivité. Un bail de cinq ans était envisagé.

Sur le papier, le modèle présentait plusieurs avantages : introduction d’une nouvelle activité sportive, amélioration d’équipements vieillissants, journées de découverte gratuites pour les enfants et tarifs réduits pour certains publics. Mais la consultation officielle organisée par la municipalité exposait elle-même les principales contreparties : disparition d’un équipement gratuit, exploitation possible en soirée, nuisances sonores et risque de saturation du stationnement.

Selon les éléments publiés par Adelaide Now, le projet porté par Padel Plus représentait un investissement privé d’environ 250 000 dollars australiens. La location d’une piste aurait pu atteindre 50 à 70 dollars australiens par heure.

Plus de 400 signatures contre le projet de padel

La contestation ne portait donc pas seulement sur le padel. Elle concernait également la transformation de terrains publics gratuits en installations exploitées commercialement.

Plus de 400 personnes auraient signé une pétition contre l’implantation à Foxfield Oval. Les opposants ont notamment invoqué le bruit produit par les frappes et les parois, la proximité des habitations, l’impact éventuel sur la faune locale et la disparition des terrains de tennis gratuits. La solution de remplacement gratuite la plus proche se trouve à environ deux kilomètres, selon la municipalité.

Le dossier était pourtant loin de faire l’unanimité dans un seul sens. D’après Adelaide Now, plus de 60 % des réponses recueillies lors de la première consultation étaient favorables au projet. Le conseil avait même décidé, au début du mois d’août, de poursuivre les négociations avec l’exploitant.

Le 18 août, il a finalement annulé cette orientation. Le procès-verbal officiel de la séance acte l’abandon du projet de padel à Foxfield Oval. Les élus ont également demandé l’étude d’une remise en état des terrains de tennis et la recherche d’autres emplacements susceptibles d’accueillir du padel dans la commune.

Il ne s’agit donc pas d’un rejet définitif de la discipline, mais bien d’un refus de l’implanter à cet endroit et dans cette configuration.

L’expansion du padel doit aussi convaincre localement

L’épisode intervient au moment où le padel cherche à changer de dimension en Australie. Le Padel Invitational organisé devant l’Opéra de Sydney devait mettre en scène son potentiel spectaculaire et soutenir ses ambitions internationales.

Cette visibilité ne suffit cependant pas à résoudre les difficultés très concrètes de son implantation. Une piste de padel nécessite davantage d’infrastructures qu’un terrain de pickleball, produit un bruit particulier et repose souvent sur un modèle économique payant destiné à amortir un investissement privé important. Lorsqu’elle remplace un équipement gratuit ou s’installe à proximité de logements, la promesse sportive peut rapidement devenir un sujet d’aménagement urbain.

Le cas australien fait écho à plusieurs contestations apparues au Royaume-Uni. À Londres, plusieurs projets ont récemment été critiqués lorsqu’ils impliquaient la disparition d’espaces communautaires ou leur transformation en installations sportives plus coûteuses.

Il serait excessif d’y voir un mouvement général contre le padel. Ces oppositions restent locales et concernent souvent moins la discipline elle-même que le choix du site, le prix de la pratique ou la qualité de la concertation avec les habitants. Mais elles constituent un avertissement pour les opérateurs et les collectivités.

Le développement du padel ne se mesurera bientôt plus uniquement au nombre de pistes ouvertes. Sa capacité à s’intégrer dans les territoires, limiter les nuisances et préserver une forme d’accessibilité deviendra tout aussi déterminante.

À Campbelltown, le projet n’a pas été abandonné parce que le padel ne suscitait aucun intérêt. Au contraire, la consultation avait montré une majorité d’avis favorables. Il a surtout été stoppé parce que, pour une partie de la population et finalement pour les élus, son emplacement et son modèle n’étaient pas les bons.

Antoine Tricolet

J’ai découvert le Padel en Espagne par hasard dans un camping. Le virus a pris immédiatement, passionné de padel, je suis l’actualité internationale et régionale en vibrant tout autant que ce sport.