Ancien n°7 mondial, Alex Ruiz refuse de regarder en arrière. À 32 ans, le gaucher de Malaga, aujourd’hui 21e mondial, est bien décidé à retrouver les sommets. Longtemps habitué des quarts et demi-finales sur le circuit, l’Espagnol analyse sans détour les raisons de son recul au classement, évoque l’évolution spectaculaire du niveau mondial, critique le système de points actuel qui pousse les meilleurs joueurs vers les tournois FIP et revient sur son rêve de disputer un nouveau Championnat du monde avec l’Espagne. Rencontre au Bordeaux P2 avec l’un des joueurs les plus expérimentés du circuit Premier Padel.
« Le niveau du circuit n’a jamais été aussi élevé »
Padel Magazine : Tu as été n°7 mondial et aujourd’hui tu occupes la 21e place. On te voit davantage sortir en huitièmes de finale. Comment l’expliques-tu ? Est-ce une question de niveau, de mental ou simplement d’évolution du circuit ?
Alex Ruiz : C’est un peu un mélange de plusieurs facteurs.
Quand tu es n°7 mondial, les tableaux sont complètement différents. Aujourd’hui, en étant autour de la 21e place, tu affrontes très souvent une tête de série dès les huitièmes de finale. Ce sont des matches extrêmement compliqués.
À l’époque où j’étais dans le Top 10, les résultats étaient meilleurs, évidemment. C’est ce qui m’avait permis d’atteindre ce classement.
Mais paradoxalement, je pense qu’aujourd’hui je suis un meilleur joueur.
Mentalement, physiquement et techniquement, j’ai progressé. J’ai corrigé plusieurs aspects de mon jeu sur lesquels j’avais encore des doutes auparavant.
En revanche, le niveau général a énormément augmenté.
Les jeunes arrivent avec une ambition incroyable, le professionnalisme s’est développé et le nombre de joueurs capables de gagner des gros matches est bien plus important qu’avant.
Le classement explique aussi beaucoup de choses, car il conditionne directement les tableaux.
Tu sens vraiment une différence par rapport à il y a quelques années ?
Oui.
Aujourd’hui, tout le monde travaille énormément.
Les joueurs sont beaucoup plus complets.
Le niveau physique a progressé, le niveau tactique aussi. Il y a davantage de concurrence et chaque saison devient plus difficile que la précédente.

« Voir des têtes de série quitter Premier Padel pour les FIP est une erreur »
Beaucoup de joueurs privilégient désormais certains tournois FIP plutôt que des P2 afin de récolter davantage de points. Toi-même pourrais-tu faire ce choix ?
Honnêtement, je pense que c’est un système qui devrait évoluer.
Pour moi, ce n’est pas bénéfique pour la croissance du padel.
Quand on voit des joueurs très bien classés abandonner un tournoi Premier Padel pour aller chercher des points sur un tournoi FIP, cela montre qu’il existe un problème.
Bien sûr, lorsqu’il est possible de combiner un P2 et un FIP la même semaine, pourquoi pas.
Mais les FIP devraient avant tout servir aux jeunes joueurs.
Ils devraient être une passerelle vers Premier Padel, pas une alternative pour les meilleurs joueurs du monde.
Aujourd’hui, on voit des joueurs qui se battent pour être tête de série n°8, voire mieux, partir jouer en Afrique du Sud plutôt qu’un P2 comme Valladolid.
Pour moi, ce sont des pas en arrière dans le développement du sport.


« Les FIP doivent aider les jeunes, pas les joueurs déjà installés »
Quel devrait être, selon toi, le véritable rôle du circuit FIP ?
Il devrait permettre aux jeunes de franchir une étape.
Entrer aujourd’hui sur Premier Padel est devenu extrêmement difficile.
Les FIP devraient justement offrir cette possibilité aux joueurs qui sont encore loin au classement afin de rejoindre progressivement les grands tableaux.
Parce qu’au final, tous les joueurs rêvent de disputer les Majors, les P1 et les P2.
C’est là que l’on veut évoluer.
Existe-t-il un espace de dialogue entre les joueurs et Premier Padel ?
Il existe bien un comité consultatif, mais très honnêtement, il ne représente pas réellement la majorité des joueurs.
Nous ne l’avons pas élu.
Nous ne nous sentons pas représentés.
Aujourd’hui, il n’existe quasiment plus de dialogue entre la PPA et Premier Padel.
Et les joueurs se retrouvent un peu livrés à eux-mêmes.
Nous ne savons pas toujours où nous allons ni si notre voix est réellement entendue.

Comment améliorer cette situation ?
Je pense qu’il faut retrouver une véritable unité entre les joueurs.
Aujourd’hui, il existe beaucoup de divisions.
L’idéal serait de recréer une relation saine entre les joueurs, Premier Padel et les promoteurs.
Le circuit est indispensable pour que nous puissions vivre de notre sport.
Mais les joueurs sont aussi les principaux acteurs du spectacle.
Les promoteurs, le circuit et les joueurs devraient avancer dans la même direction.
Le padel connaît une croissance extraordinaire.
Le public est de plus en plus nombreux.
L’intérêt médiatique augmente sans cesse.
Il manque simplement davantage de cohésion.
Sur les aspects commerciaux, nous ne sommes pas forcément les mieux placés pour donner notre avis.
En revanche, sur tout ce qui concerne le sportif, je pense qu’il y a encore énormément de choses à améliorer.
« Rejouer un Mondial reste l’un de mes plus grands objectifs »
Le Championnat du monde fait-il toujours partie de tes ambitions ?
Évidemment.
Je sais que mes résultats ne sont plus ceux des dernières éditions.
Pas forcément parce que je joue moins bien, mais parce qu’aujourd’hui il faut obtenir de très gros résultats pour être sélectionné.
Il faut retrouver les quarts de finale, les demi-finales, battre les meilleurs.
Mais représenter l’Espagne reste un rêve.
Je crois qu’aucun joueur ne peut dire le contraire.
Porter le maillot de son pays procure des émotions incomparables.
Nous passons toute l’année à nous affronter sur le circuit.
Pendant le Mondial, nous poursuivons tous le même objectif.
Cette atmosphère est unique.
Rien ne ressemble à une compétition par équipes.
« Gagner le Mondial reste le plus beau souvenir de ma carrière »
Quel est le moment que tu retiens avant tout ?
Il y en a plusieurs.
D’abord, atteindre une finale à Malaga, chez moi, au Palais Martín Carpena.
C’était très spécial.
Il y a aussi mon premier titre remporté avec Franco Stupaczuk en Sardaigne.
Après toutes les années de travail, c’était une immense récompense.
Mais si je ne devais en choisir qu’un, ce serait le titre mondial avec l’Espagne.
Quand Paquito Navarro et Juan Lebrón remportent le point décisif…
Je me souviens encore de toutes les émotions.
Le groupe était exceptionnel.
L’ambiance, la solidarité, le soutien entre tous les joueurs…
C’était quelque chose d’unique.
Pour moi, gagner un Championnat du monde représente la plus grande réussite qu’un joueur puisse connaître.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.

























































































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