Cette semaine, le FIP Bronze R3 Bullpadel Cup Mol, en Belgique, offre une illustration assez spectaculaire d’un phénomène que l’on observe régulièrement sur le circuit international : il n’y a tout simplement pas de tournoi féminin organisé en parallèle de l’épreuve masculine.
Et Mol est loin d’être un cas isolé.
Au fil de la saison, certains tournois FIP féminins disparaissent, d’autres réunissent un nombre limité de paires et certains tableaux reposent en grande partie sur des joueuses locales venues compléter les inscriptions.
Il serait tentant d’y voir un problème français ou celui de quelques organisateurs. Ce serait passer à côté du véritable sujet.
Le problème est beaucoup plus général : le circuit féminin manque encore de profondeur.
Mol sans tournoi féminin : un symbole
Le FIP Bronze de Mol est particulièrement intéressant parce qu’il rend le constat immédiatement visible.
Il y a bien un tournoi international masculin. Mais pas son équivalent féminin.
Cela ne signifie évidemment pas que l’organisateur belge ne souhaite pas développer le padel féminin. Le sujet est ailleurs : organiser une compétition internationale a un coût et encore faut-il disposer d’un nombre suffisant de joueuses susceptibles de faire le déplacement.
Et lorsqu’on regarde le CUPRA FIP Tour semaine après semaine, on retrouve régulièrement cette problématique sous différentes formes.
Parfois, l’épreuve féminine n’a pas lieu.
Parfois, elle existe mais avec un tableau réduit.
Parfois encore, le nombre de paires est suffisant mais la densité sportive reste limitée, avec beaucoup de joueuses locales dont certaines découvrent le niveau international.
Le problème n’est pas français, il est européen… et probablement mondial
Il faut être très clair sur ce point.
La France n’est pas particulièrement en retard.
Le constat se retrouve dans de nombreux pays européens : il existe aujourd’hui beaucoup moins de joueuses que de joueurs capables et désireux de s’investir pleinement sur le circuit international.
La différence avec les hommes est considérable.
Chez les messieurs, des centaines de joueurs sillonnent l’Europe et parfois le monde pour tenter de gagner quelques points FIP. La concurrence est telle que des joueurs possédant déjà un excellent niveau national peuvent rencontrer énormément de difficultés dès les qualifications d’un tournoi international.
Chez les dames, la pyramide est beaucoup moins profonde.
Il existe une élite mondiale extrêmement performante et un padel féminin de très haut niveau. Mais derrière cette élite, le nombre de joueuses engagées dans une véritable démarche internationale reste plus limité.
Et cette différence se ressent à tous les étages du circuit.
Un calendrier qui grandit plus vite que le vivier ?
C’est ici que la politique menée par la Fédération Internationale de Padel mérite d’être interrogée.
L’intention de départ est évidemment positive : donner aux femmes les mêmes opportunités de compétition et accompagner le développement du padel féminin.
Mais le calendrier international s’est considérablement développé.
Les FIP Bronze, Silver, Gold et Platinum offrent désormais énormément de possibilités de jouer et de gagner des points.
La question est donc simple : le nombre de joueuses capables d’alimenter ces tournois progresse-t-il aussi rapidement que le nombre d’épreuves ?
Sur certains week-ends, la multiplication des tournois disperse mécaniquement un vivier féminin déjà moins important que celui des hommes.
Et les conséquences apparaissent rapidement.
Des tableaux moins remplis.
Des qualifications réduites, voire inexistantes.
Des joueuses locales appelées à compléter certaines compétitions.
Et parfois, comme à Mol, aucune épreuve féminine.
Le paradoxe des joueuses du Top 50
Il existe également un autre phénomène intéressant.
Certains tournois FIP réussissent à attirer des joueuses particulièrement bien classées, notamment lorsque des membres du Top 50 mondial choisissent ponctuellement de ne pas disputer une étape Premier Padel.
Pour un FIP Bronze ou Silver, leur présence constitue évidemment une formidable opportunité.
Elle permet de proposer des joueuses de très haut niveau au public et augmente considérablement l’intérêt sportif de l’épreuve.
Mais elle peut aussi mettre en évidence l’un des principaux problèmes du circuit féminin actuel : les énormes écarts de niveau qui peuvent exister au sein d’un même tableau.
Une paire proche du Top 50 mondial peut ainsi se retrouver face à des joueuses locales possédant très peu d’expérience internationale.
Ce n’est évidemment pas la faute de ces dernières. Participer à un FIP et affronter de telles joueuses constitue même une expérience particulièrement enrichissante.
Mais lorsque ces confrontations se multiplient, elles interrogent nécessairement sur la profondeur sportive du tableau.
La FIP doit-elle revoir sa stratégie ?
La question est sensible, mais elle mérite d’être posée.
Est-ce réellement aider le padel féminin que de vouloir proposer des compétitions féminines partout et tout le temps ?
L’intention est excellente.
Le résultat l’est peut-être moins systématiquement.
Pour un organisateur, mettre en place un tournoi féminin représente des coûts supplémentaires : prize money, terrains, arbitrage, organisation, personnel et infrastructures.
Lorsque le tableau est fourni et sportif, l’investissement prend évidemment tout son sens.
Mais lorsque seules quelques paires s’inscrivent et que les écarts de niveau deviennent très importants, certains organisateurs peuvent légitimement s’interroger sur le modèle.
Le cas de Mol montre d’ailleurs qu’une épreuve FIP peut aujourd’hui se dérouler uniquement chez les hommes.
Alors pourquoi ne pas aller plus loin dans cette réflexion ?
Et si moins pouvait parfois signifier mieux ?
L’idée peut sembler paradoxale, voire provocatrice.
Et si le développement du padel féminin passait temporairement par moins de tournois, mais des tournois plus forts ?
L’objectif ne serait évidemment pas de diminuer la place accordée aux femmes.
Bien au contraire.
Il pourrait s’agir de concentrer davantage les joueuses disponibles sur certaines compétitions afin d’obtenir des tableaux plus denses.
Imaginez, sur une même zone géographique, trois tournois accueillant chacun 15 ou 20 paires féminines.
Ne serait-il pas sportivement plus intéressant d’avoir deux compétitions réunissant chacune 25 ou 30 paires ?
Davantage de concurrence.
De vraies qualifications.
Des premiers tours plus homogènes.
Plus d’intérêt sportif pour le public.
Et davantage de valeur également pour les joueuses qui remportent des points.
La question mérite au moins d’être posée.
Marnes, justement, montre que cela peut fonctionner
Et c’est ici que le FIP Bronze Marnes constitue presque un contre-exemple.
Lors de sa première édition au Forest Hill de Marnes-la-Coquette, le tournoi féminin avait été une réussite pour une compétition de catégorie Bronze.
Les organisateurs avaient réussi à attirer un véritable plateau féminin et à proposer une épreuve cohérente aux côtés du tournoi masculin.
Il serait donc totalement injuste de présenter Marnes comme l’illustration des difficultés actuelles du circuit.
C’est même plutôt l’inverse.
Marnes montre qu’un organisateur de FIP Bronze peut réussir à construire un tournoi féminin attractif.
Mais ce qui est intéressant, c’est que même après cette première édition réussie, les organisateurs souhaitent aller encore plus loin.
Adrien Westermann, cofondateur du tournoi, pose ainsi une question très simple aux joueuses :
« À notre échelle, comment donner envie à plus de joueuses de venir ? »
Transport, hébergement, restauration, récupération, coût du déplacement, prize money, calendrier…
Plutôt que de considérer que la seule création d’un tournoi suffit à attirer les joueuses, Marnes cherche à comprendre ce qui peut réellement déclencher leur venue.
Et cette démarche mérite probablement d’être observée.
Car le vrai problème est peut-être ailleurs
Réduire ponctuellement le nombre de compétitions ne serait de toute façon qu’une réponse temporaire.
Le véritable enjeu est beaucoup plus profond :
augmenter le nombre de joueuses compétitrices.
Le padel a besoin de davantage de pratiquantes, puis de davantage de compétitrices nationales et enfin de davantage de joueuses prêtes à investir du temps et de l’argent pour tenter l’aventure internationale.
C’est un travail qui commence bien avant le FIP Tour.
Dans les clubs.
Dans les écoles de padel.
Dans les compétitions nationales.
Dans la formation.
Et dans la capacité à donner envie aux jeunes filles de faire du padel un véritable projet sportif.
Une question que le padel devra forcément affronter
Le padel féminin progresse. Son niveau au sommet n’a probablement jamais été aussi élevé.
Mais niveau de l’élite et profondeur du circuit sont deux choses différentes.
Et l’exemple de Mol vient brutalement le rappeler : en août 2026, il est encore possible d’organiser un FIP Bronze masculin sans tournoi féminin en parallèle.
À l’autre bout du spectre, Marnes montre qu’une épreuve féminine peut parfaitement fonctionner dans un FIP Bronze lorsque les conditions sont réunies.
Entre les deux se trouve probablement le véritable chantier des prochaines années.
Faut-il continuer à multiplier les tournois pour créer l’offre en espérant que les joueuses suivront ?
Ou faut-il temporairement mieux concentrer cette offre, accompagner davantage certains organisateurs et travailler prioritairement à l’élargissement du vivier ?
La réponse n’est probablement pas binaire.
Mais une chose semble certaine : pour développer le padel féminin, créer toujours plus de tournois ne suffira pas. Il faut désormais réussir à créer toujours plus de joueuses.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.


































































































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