Pourquoi Arturo Coello et Agustín Tapia parviennent-ils à durer au sommet alors que les changements de partenaires se multiplient sur le circuit ? Dans En Bandeja, le podcast officiel de Premier Padel, Tapia a livré quelques éléments de réponse : confiance absolue, admiration mutuelle, capacité à reconnaître ses erreurs et surtout absence d’ego.
Les résultats d’Arturo Coello et Agustín Tapia s’expliquent évidemment par leur niveau de jeu. Mais leur domination ne repose peut-être pas uniquement sur leur puissance, leur talent ou leur complémentarité tactique.
Dans En Bandeja, le podcast officiel de Premier Padel, Agustín Tapia a mis en avant un autre élément : la qualité de la relation construite avec Arturo Coello et entre les membres de leurs équipes.
Une relation que l’Argentin considère comme difficile à trouver dans le sport de haut niveau.
« Depuis le premier jour »
Interrogé sur l’importance de l’entente dans un sport de paire, Tapia ne laisse planer aucun doute.
« Sans aucun doute. »
Pour lui, cette connexion existe depuis le début de leur aventure.
« C’est quelque chose que nous avons entre nous et entre notre équipe depuis le premier jour. »
Mais Tapia insiste : une telle relation ne se décrète pas.
« Ce n’est pas facile à obtenir. Cette confiance… »
Au fil des saisons, les deux hommes ont construit quelque chose qui dépasse leur simple complémentarité sur la piste.
Ils savent surtout qu’ils poursuivent exactement le même objectif.
« Nous savons que nous tirons tous les deux dans la même direction. »
La relation se mesure lorsque les choses vont mal
C’est probablement l’une des phrases les plus intéressantes de Tapia.
Lorsque les victoires s’enchaînent, tout semble évidemment plus facile.
Mais selon lui, la véritable solidité d’une paire apparaît dans les moments difficiles.
« Cela ne se voit pas toujours, mais c’est dans les mauvais moments qu’on le voit. »
Cette confiance peut alors directement avoir une influence sur le résultat.
« Cela te donne quelque chose en plus. Cela peut te donner un match de premier tour dont personne ne se rend compte, comme cela peut te donner une finale. »
Autrement dit, la relation Coello / Tapia ne serait pas simplement une conséquence de leurs résultats.
Elle pourrait aussi être l’une des causes de ces résultats.
« Ne pas avoir d’ego »
Tapia va ensuite beaucoup plus loin dans son explication.
Parmi les éléments qui ont permis à la paire de construire autant de stabilité, il cite l’admiration réciproque.
Mais surtout un mot particulièrement important au très haut niveau : l’ego.
Ou plutôt son absence.
« Le fait de bien nous entendre, d’avoir cette admiration mutuelle, de ne pas avoir d’ego… cela nous a beaucoup apporté. »
Dans une paire composée de deux joueurs capables de prétendre au statut de star, la répartition du leadership pourrait facilement devenir problématique.
Chez Coello et Tapia, leur fonctionnement semble différent.
Lorsque l’un commet une erreur, il doit être capable de la reconnaître.
« Chaque fois que l’un se trompe, il peut dire : “Je me suis trompé, je vais m’améliorer là-dessus.” »
Une phrase simple, mais qui explique peut-être beaucoup de choses.
Pas besoin d’être ensemble 24 heures sur 24
Autre particularité : Coello et Tapia ne vivent pas dans la même ville.
Ils ne passent donc pas leur quotidien ensemble en dehors des compétitions et des périodes de travail.
Et pour Tapia, ce n’est pas un problème.
Au contraire, leur relation repose sur une confiance suffisante pour savoir que l’autre continue de travailler lorsqu’il est loin.
« Même si nous ne vivons pas dans la même ville et que nous ne sommes pas ensemble 24 heures sur 24, tu as la confiance de savoir que ton partenaire, où qu’il soit, fait les choses correctement. »
Pour l’Argentin, cette tranquillité leur apporte énormément.
Une relation qu’ils travaillent comme le reste
Mais il y a un détail important.
Tapia ne considère pas leur entente comme définitivement acquise.
Comme le physique, la technique ou la tactique, la relation doit elle aussi être entretenue.
« Nous nous chargeons au quotidien de prendre soin de cette relation, comme de n’importe quelle relation. »
Et son souhait est très clair :
« J’espère que cela se maintiendra pendant très longtemps. »
Une déclaration qui prend encore davantage de relief lorsqu’on la rapproche des propos tenus par Arturo Coello dans la même émission.
L’Espagnol explique de son côté que l’un de ses rêves serait de terminer sa carrière avec Agustín Tapia, allant jusqu’à imaginer les deux joueurs encore ensemble à 30, 32 ou 34 ans.
Le renforcement positif, autre arme des numéros 1
Après l’entretien, Bárbara Vitantonio et Alberto Bote reviennent justement sur le comportement des deux joueurs sur la piste.
Vitantonio relève une scène devenue presque habituelle : lorsque Tapia manque un coup, Coello intervient rapidement avec un encouragement.
Un simple :
« Bien, Agus, ça me plaît. »
Bote estime que ce renforcement positif permanent constitue l’une des clés de leur succès.
Les deux joueurs possèdent des profils capables de travailler pour un intérêt commun plutôt que de chercher à imposer individuellement leur leadership.
Au départ, leur association suscitait pourtant des doutes
Avec le recul, cela peut paraître étonnant.
Mais lorsque Coello et Tapia ont décidé de s’associer, leur jeunesse avait suscité des interrogations.
Deux immenses talents, certes.
Mais qui allait diriger la paire ?
Qui allait prendre le leadership dans les moments compliqués ?
Alberto Bote reconnaît lui-même avoir fait partie des sceptiques.
« J’étais de ceux qui avaient des doutes. »
Selon lui, leur réussite a précisément démontré qu’une autre voie était possible : partager le leadership et savoir l’alterner.
« Ils ont montré que la clé du succès était de partager le leadership et de savoir l’alterner. »
Une philosophie à contre-courant du mercato permanent
L’émission pousse d’ailleurs la réflexion au-delà du cas Coello / Tapia.
Dans un circuit où certaines saisons ont vu des joueurs multiplier les partenaires, les Golden Boys ont choisi la continuité.
Bárbara Vitantonio et Alberto Bote rapprochent leur situation de celle de Galán / Chingotto : malgré les échecs dans leur quête de la première place mondiale, ces derniers ont également continué à croire dans leur projet.
L’idée défendue est simple : un projet ne doit pas nécessairement être abandonné dès que les résultats deviennent moins bons.
L’histoire du padel fournit d’ailleurs un exemple ultime avec Juan Martín Díaz et Fernando Belasteguín, dont l’association a résisté pendant treize années malgré les évolutions de leur quotidien et de leurs lieux d’entraînement.
Coello / Tapia : plus qu’une association de circonstance
C’est probablement ce qui distingue aujourd’hui les Golden Boys.
Deux joueurs extrêmement complémentaires se sont trouvés au bon moment. Mais plutôt que de simplement profiter de leurs qualités respectives, ils ont progressivement construit un véritable projet commun.
Confiance, admiration, communication, leadership partagé, reconnaissance des erreurs et absence d’ego : Tapia donne finalement plusieurs clés permettant de comprendre pourquoi leur association résiste au temps.
Et quand on lui demande ce qu’il souhaite pour la suite, sa réponse rejoint parfaitement celle de Coello :
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.