45 000 homologations sur la saison écoulée, 175 000 joueurs et joueuses classés, plus de 12 000 P50 en seulement six mois et, peut-être, près de 60 000 homologations à l’issue de la nouvelle saison. Le padel français poursuit sa croissance à une vitesse qui oblige la Fédération Française de Tennis à adapter en permanence son système de compétition et de classement.

À l’occasion des Championnats de France de padel 2026 à Padel Plus Agen, Padel Magazine s’est entretenu avec François-Xavier Coninck, en charge des compétitions et des classements au sein de la FFT.

Explosion du nombre de tournois, nécessité de mieux réguler les calendriers, arrivée du P50, évolution des P500, création des P2000 et P3000, nouvelles règles chez les jeunes, W.O., bonus-malus et éventuelle prise en compte des contre-performances : FX Coninck fait le point sur les changements déjà engagés et les pistes de réflexion de la FFT pour les prochaines saisons.

« 45 000 homologations, c’est énorme »

Padel Magazine : Quel bilan tires-tu de la saison 2025-2026 sur la partie compétition et classement ?

François-Xavier Coninck : Le gros point positif, c’est la nette augmentation du nombre de compétitions et de compétiteurs. Nous sommes passés à 45 000 homologations, ce qui est énorme.

Cela prouve que le padel est toujours en pleine expansion et que les joueurs et les joueuses ont envie de faire de la compétition.

Notre objectif est maintenant de continuer à améliorer cette compétition pour la nouvelle saison, afin que nos compétiteurs puissent jouer dans de bonnes conditions et qu’il y ait encore davantage d’épreuves, tout en étant capables de réguler cette croissance.

Il faut aussi préciser que lorsque nous parlons de 45 000, nous parlons bien d’homologations. Une même homologation peut parfois comprendre plusieurs épreuves, par exemple une épreuve mixte, dames ou messieurs. Le nombre réel d’épreuves disputées est donc encore supérieur.

La saison précédente, nous étions autour de 31 000 à 32 000 homologations. L’évolution est donc très importante.

Vers 60 000 homologations ?

Padel Magazine : Jusqu’où cette croissance peut-elle aller dès la prochaine saison ?

François-Xavier Coninck : Il y a encore énormément de clubs qui se créent et, mécaniquement, de nouveaux tournois vont apparaître.

Je ne serais donc pas étonné que nous puissions approcher les 60 000 homologations à la fin de la saison.

Il faut aussi prendre en compte l’arrivée du P50, créé en cours de saison sportive au mois de mars. Nous sommes déjà à plus de 12 000 homologations P50. Cela va forcément avoir un impact important sur une saison complète.

Y a-t-il désormais trop de tournois en France ?

Padel Magazine : Avec cette explosion, une question revient régulièrement : n’y a-t-il pas désormais trop de tournois ? Certains clubs peuvent avoir le sentiment d’être obligés d’en organiser parce que le club voisin le fait.

François-Xavier Coninck : Je ne sais pas si l’on peut dire aujourd’hui qu’il y a « trop » de tournois. En revanche, il faut certainement mieux les réguler et harmoniser les calendriers.

Les ligues travaillent de mieux en mieux là-dessus.

Quand on passe d’environ 30 000 à 45 000 homologations, il faut comprendre qu’en parallèle énormément de clubs se sont créés. C’est normal que ces clubs souhaitent organiser des compétitions. Ils veulent proposer des animations à leurs membres, mais aussi remplir certaines heures creuses.

La question est donc plutôt celle de la répartition. S’il y a beaucoup de tournois un même jour, ne peut-on pas en positionner certains le mardi, d’autres le mercredi, etc. ?

C’est un gros travail pour les ligues. Quand il y avait 5 000 ou 6 000 tournois, c’était beaucoup plus simple à gérer. Aujourd’hui, nous sommes arrivés à 45 000 homologations en seulement quelques années.

Les structures doivent donc elles aussi s’adapter et se renforcer pour pouvoir harmoniser correctement les calendriers.

Cela prendra du temps, mais certaines ligues commencent déjà à mettre en place cette harmonisation, notamment à partir des P250 et P500.

Pourquoi la FFT a créé les P2000 et P3000

Padel Magazine : Parmi les grandes évolutions, les anciens P1500 sont devenus des P2000 et les P2000 des P3000. Quelle était la logique ?

François-Xavier Coninck : Nous avons voulu accompagner cette évolution avec une augmentation du prize money pour les joueurs.

On sait que ce n’est jamais évident pour les joueurs de haut niveau qui doivent se déplacer partout en France.

Nous avons donc créé les catégories P2000 et P3000, avec un barème de points supérieur et davantage de prize money.

L’objectif était également de recréer une véritable différence entre les nombreuses compétitions organisées sur le territoire et les épreuves fédérales, afin de mieux valoriser les joueurs de haut niveau et de leur permettre d’aller chercher davantage de points sur la saison.

P500 et P1000 : pourquoi avoir créé un barème unique ?

Autre changement important : la FFT a choisi d’instaurer des barèmes uniques notamment pour les P500 et P1000.

François-Xavier Coninck : Nous voulions éviter de pénaliser les joueurs qui s’étaient inscrits dès le départ à un tournoi simplement parce que le nombre d’équipes engagées avait finalement évolué.

Désormais, sur un P500 ou un P1000, les joueurs savent quel nombre de points correspond à leur résultat.

Auparavant, avec des forfaits ou un nombre insuffisant de participants, le barème pouvait évoluer et les joueurs se retrouvaient avec moins de points que prévu.

Nous avons essayé d’écouter les joueurs sur ce sujet.

« Le niveau des P500 a baissé » : la FFT entend la critique

Padel Magazine : Mais il y a une contrepartie. Beaucoup de joueurs considèrent que le niveau moyen d’un P500 aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui d’il y a quelques années.

François-Xavier Coninck : C’est effectivement la contrepartie du système actuel.

Aujourd’hui, les inscriptions se font au cut et la 16e équipe d’un tableau de 16 peut ne pas avoir réellement le niveau P500. Pourtant, elle va participer au tournoi et prendre les points correspondant à son résultat.

La saison précédente, nous avions un autre problème : certains P500 devaient être rétrogradés en P250 lorsqu’ils ne remplissaient pas les conditions nécessaires. Cela entraînait beaucoup de désistements.

Nous avons donc cherché une solution.

Aujourd’hui, certains nous disent que le niveau d’un P500 n’est plus réellement celui d’un P500. C’est une remarque que nous entendons.

Mais je pense malgré tout que les équipes qui gagnent les P500 ont toujours un véritable niveau P500.

175 000 joueurs et joueuses classés : la masse change tout

Cette évolution des catégories ne peut pas être dissociée d’un autre chiffre spectaculaire : selon François-Xavier Coninck, le padel français compte désormais 175 000 joueurs et joueuses classés, contre seulement 10 000 à 12 000 quelques années auparavant.

François-Xavier Coninck : La masse a énormément grandi.

Il y a forcément beaucoup plus de tournois et beaucoup de joueurs veulent essayer de monter de catégorie, de se confronter à de meilleurs adversaires.

Je pense qu’avec le temps, la compétition va aussi se réguler naturellement et que les joueurs vont progressivement trouver leur catégorie.

Notre objectif, c’est que chacun puisse jouer à son niveau.

Aujourd’hui, pour compléter certains P500, les clubs doivent parfois aller chercher des équipes plus bas dans la hiérarchie. Les quatre ou cinq dernières équipes n’ont pas toujours un véritable niveau P500.

Mais au moins, le tournoi a lieu.

La saison précédente, nous avions beaucoup de désistements parce que certains P500 ne pouvaient finalement pas être organisés dans les conditions prévues.

Le système actuel constitue donc pour nous un compromis. Cela ne signifie pas qu’il ne pourra pas évoluer. Nous allons observer la saison et rester à l’écoute.

P50 : plus de 12 000 homologations en six mois

Padel Magazine : Le P50 était l’une des grandes nouveautés. Six mois après son lancement, peut-on déjà parler de réussite ?

François-Xavier Coninck : Le bilan est très positif.

Nous avons enregistré plus de 12 000 homologations en six mois, ce qui est énorme. Je pense que cette catégorie a véritablement trouvé sa place.

Les clubs ont joué le jeu en organisant des P50.

Avec l’augmentation considérable du nombre de joueurs, notamment dans les classements intermédiaires et inférieurs, il fallait pouvoir proposer des compétitions adaptées.

Le P50 correspond très bien à une partie importante de notre population de joueurs. Il permet d’avoir une progression plus cohérente entre P25, P50 et P100.

Je pense vraiment que cette catégorie manquait dans notre pyramide.

Jeunes : fin de la course artificielle aux points

La FFT a également fait évoluer son système pour les compétitions réservées aux jeunes.

L’objectif est clair : éviter qu’un jeune puisse accumuler un nombre de points trop important dans sa catégorie d’âge alors que son classement ne reflète pas encore réellement son niveau de jeu.

François-Xavier Coninck : Nous avons limité les valorisations en fonction des catégories d’âge.

Cela doit permettre, dans quelques mois, d’avoir des classements jeunes davantage adaptés au niveau réel des joueurs.

C’est également important pour créer une vraie différence entre les compétitions organisées dans les clubs et nos Tournois Nationaux Jeunes (TNJ).

Nous avons trois TNJ par an, plus le Masters. Nous voulons retrouver les meilleurs joueurs sur ces compétitions nationales.

Les jeunes peuvent d’abord jouer dans leurs clubs, progresser, aller chercher des points puis accéder progressivement aux TNJ.

U12, U14, U16, U18 : les plafonds de valorisation

Padel Magazine : Concrètement, comment fonctionne cette limitation ?

François-Xavier Coninck : Pour les tournois exclusivement jeunes organisés dans les clubs, nous avons désormais une valorisation maximale selon l’âge :

U12 : P25 maximum
U14 : P50 maximum
U16 : P100 maximum
U18 : P250 maximum

Attention, cela concerne les épreuves jeunes.

Un U12, par exemple, peut toujours participer à une compétition adulte lorsqu’il remplit les conditions pour le faire. Mais lorsqu’un club organise spécifiquement une compétition U12, celle-ci sera valorisée au maximum en P25.

Cela permet de mieux structurer la progression et de préserver une différence avec les grandes compétitions nationales jeunes.

Bonus-malus, coefficients, performances : la FFT réfléchit à une évolution du classement

Interrogé sur l’avenir du classement français, François-Xavier Coninck confirme que la FFT travaille sur plusieurs pistes, sans qu’aucune ne soit encore définitivement arrêtée.

Parmi les sujets étudiés : un éventuel système de coefficients, des mécanismes de bonus-malus, ou encore une meilleure prise en compte de la performance réalisée lors d’un tournoi.

François-Xavier Coninck : Nous sommes en pleine réflexion sur plusieurs sujets.

Est-ce qu’il faut mettre en place un système de coefficients ? Un bonus-malus selon les tours, les tournois ou les performances ?

Il faut pouvoir faire évoluer la compétition dans le bon sens et avoir tous les outils nécessaires pour le faire.

Mais ce sont des sujets sur lesquels nous devons encore travailler.

Les W.O. dans le viseur

Autre dossier récurrent : celui des forfaits et W.O., notamment sur les compétitions nationales.

François-Xavier Coninck : C’est un sujet récurrent.

Je trouve dommage que, sur certaines compétitions qui se déroulent sur 48 heures maximum, des joueurs ne disputent pas les deux ou trois matchs de classement proposés.

Le padel doit aussi rester un sport convivial. Les joueurs ont bloqué leur week-end, ils sont sur place : l’idée est aussi de profiter, de jouer et de continuer à progresser.

Le problème concerne également certains W.O. annoncés après la publication des tableaux ou très tardivement, avant même le début du tournoi.

Des sanctions contre les W.O. ? « Rien n’est acté »

Padel Magazine : Peut-on imaginer prochainement un système pour encadrer davantage ces forfaits ?

François-Xavier Coninck : Nous sommes en réflexion.

Aujourd’hui, il est trop tôt pour dire qu’une mesure est actée.

Il faut également être capables de mettre cela en œuvre avec nos outils. Avec 45 000 homologations, gérer manuellement ce genre de situations est impossible.

Et si nous créons une règle, elle doit pouvoir être appliquée à tout le monde, pas uniquement au haut niveau.

Nous réfléchissons donc au sujet, mais il est encore trop tôt pour annoncer quelque chose qui pourrait sortir dans les prochains mois.

Les contre-performances bientôt prises en compte au padel ?

Autre piste évoquée au cours de l’entretien : la prise en compte des contre-performances, sur un modèle qui pourrait rappeler certains principes historiques du classement tennis.

Aujourd’hui, le classement padel récompense avant tout les résultats obtenus. Mais avec l’explosion du nombre de compétitions et de matchs disputés, la question se pose : faut-il également tenir compte d’une défaite contre une paire théoriquement beaucoup moins bien classée ?

Padel Magazine : Est-ce que la notion de contre-performance pourrait désormais avoir du sens ?

François-Xavier Coninck : Je pense que ce serait une bonne idée, mais il faut prendre tous les paramètres en compte.

Le padel est un sport qui se joue en double.

Quand il existe une très grande différence de classement entre les deux joueurs d’une même paire, est-ce que le résultat reflète réellement une contre-performance de la manière dont on pourrait l’imaginer dans un sport individuel ?

C’est pour cette raison qu’il faut vraiment réfléchir avant de mettre un système en place.

« Il ne faut pas penser uniquement aux 100 meilleurs »

Pour le responsable des compétitions et du classement, toute réforme doit surtout être pensée à l’échelle de l’ensemble du padel français.

François-Xavier Coninck : Nous devons déterminer si ce que nous mettons en place sera réellement bénéfique pour l’ensemble de l’écosystème et pour nos 175 000 joueurs et joueuses classés.

Personnellement, je pense que la prise en compte de certains éléments supplémentaires pourrait être une bonne chose. Maintenant, il faut trouver la meilleure manière de le faire.

Faire l’unanimité sera impossible.

Mais l’objectif doit être de satisfaire le maximum de joueurs.

Et surtout, il ne faut pas penser uniquement aux 100 meilleurs joueurs français. Il faut penser à toute la masse, aux 175 000 joueurs et joueuses classés.

C’est ce qui rend la mise en place complexe.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.