Avant de devenir l’une des meilleures joueuses de padel du monde, Sofia Araújo avait quasiment décidé d’en finir avec la compétition. Ancienne joueuse de tennis, la Portugaise raconte dans le podcast Bandeja comment elle a découvert presque par hasard le padel, disputé son premier tournoi avec sa mère puis changé de trajectoire après les Championnats du monde 2016 à Cascais.

Il y a quelque chose d’assez paradoxal dans la carrière de Sofia Araújo.

Aujourd’hui 8e mondiale, ancienne numéro 6 et triple championne sur le circuit Premier Padel, la Portugaise explique qu’à une époque de sa vie, elle ne voulait tout simplement plus entendre parler de compétition.

Pour comprendre cette histoire, il faut revenir au sport qui a précédé le padel : le tennis.

Du tennis de 11 à 19 ans

L’entretien se déroule au Foro Italico de Rome, temple historique du tennis devenu également l’un des grands rendez-vous du calendrier Premier Padel.

Un décor idéal pour revenir sur les origines de la Portugaise.

Quelle place le tennis occupe-t-il dans ton histoire ?

Sofia Araújo : « J’ai commencé le tennis quand j’avais 11 ans et j’ai joué en compétition de 11 à 19 ans. »

Mais derrière les voyages, les entraînements et la compétition, Araújo découvre aussi une dimension qui finit par lui peser.

Sofia Araújo : « C’est un sport très solitaire. Même si tu voyages avec ton entraîneur, avec certaines filles ou certains garçons, sur le court tu es très seule. Tu souffres davantage sur le court. »

Progressivement, le plaisir disparaît.

Sofia Araújo : « Il est arrivé un moment où je ne prenais plus de plaisir. J’ai également eu quelques problèmes physiques, de santé, et cela m’a définitivement amenée à arrêter le tennis. Ensuite, je suis partie étudier. »

Il faut ici respecter la limite de son témoignage : Araújo ne précise pas dans cette interview la nature de ces problèmes physiques ou de santé. Il n’y a donc aucune raison de les extrapoler.

Tennis ou padel ? « Sans aucun doute, le padel »

Elle ne renie absolument pas son premier sport.

Mais lorsqu’on lui demande lequel lui semble le plus amusant, la réponse est immédiate.

Sofia Araújo : « Sans aucun doute, le padel. »

Pourquoi ?

Sofia Araújo : « Le padel est très amusant, les gens prennent énormément de plaisir. Bien sûr que j’aime beaucoup le tennis, c’est également un sport incroyable, mais je pense que les gens prennent davantage de plaisir avec le padel. »

Pour elle, le format par équipes change beaucoup de choses.

Sofia Araújo : « C’est un sport qui se joue en paire et, pour commencer, c’est plus facile. Je pense donc que les gens prennent énormément de plaisir. Et aujourd’hui, comme je le dis, c’est ma vie. »

Le contraste est saisissant : le tennis était devenu un sport qu’elle ne parvenait plus à apprécier ; le padel est devenu sa vie.

Un oncle à Bilbao et une découverte presque par hasard

Son premier contact avec le padel n’avait pourtant rien d’un projet professionnel.

Comment découvres-tu le padel ?

Sofia Araújo : « Je jouais encore au tennis. Un de mes oncles vivait à Bilbao et jouait là-bas. Il m’a dit : “Sofi, tu veux aller jouer un tournoi de padel ?” Et moi je lui ai répondu : “Mais qu’est-ce que c’est ?” »

La future numéro 6 mondiale accepte.

Et pour son premier tournoi, elle choisit une partenaire assez particulière.

Son premier tournoi avec sa mère

Sofia Araújo : « Pour ce premier tournoi, je me suis inscrite avec ma mère. Je suis donc allée jouer ce tournoi avec elle. Nous l’avons gagné, je crois… Je ne m’en rappelle même plus ! Mais j’ai énormément apprécié. »

Araújo prend goût au padel.

Mais pas suffisamment pour imaginer immédiatement en faire son métier.

Elle poursuit d’abord ses études et, surtout, conserve une forme de rejet de la compétition après son expérience dans le tennis.

« Non, je ne veux plus jouer »

Lorsqu’on lui propose de revenir disputer des tournois, sa réaction initiale est sans ambiguïté.

Sofia Araújo : « Je disais : “Non, je ne veux plus jouer, je ne veux plus de compétition dans ma vie.” »

Puis le padel revient progressivement.

Sofia Araújo : « C’est comme ça que j’ai commencé, petit à petit. Et aujourd’hui, je suis là. »

Elle dispute plusieurs tournois au Portugal.

Son entourage commence alors à comprendre quelque chose avant elle : son niveau pourrait lui permettre d’aller beaucoup plus loin.

« Les gens me disaient : essaie de jouer le circuit »

À quel moment comprends-tu que tu peux réellement devenir professionnelle ?

Sofia Araújo : « Je jouais plusieurs tournois au Portugal et les gens me disaient : “Tu joues bien, essaie de jouer le circuit, essaie de jouer le circuit.” »

Mais Araújo refuse encore.

Sofia Araújo : « Moi, je disais non, non, que je n’allais pas jouer. »

Il faudra un événement organisé chez elle pour provoquer le véritable déclic.

Cascais 2016, le tournant

Sofia Araújo : « Je pense que c’était au Championnat du monde 2016 à Cascais. On me propose de jouer et je me dis : “Bon, je vais essayer.” »

Sa prestation attire alors l’attention.

Sofia Araújo : « Là, des gens commencent à me voir, à me dire : “Tu joues bien”, ceci, cela… J’ai essayé et voilà. C’est arrivé comme ça. »

Pas de plan de carrière savamment construit, donc.

Pas davantage de rêve d’enfant de devenir joueuse professionnelle de padel.

La carrière d’Araújo s’est construite progressivement.

Virginia Riera et la confirmation

L’association avec Virginia Riera représente ensuite une étape majeure.

Que représentent tes premiers quarts de finale avec Virginia Riera ?

Sofia Araújo : « Quand j’ai fait mes premiers quarts avec Vir, je pense que c’est là que tu te rends compte que tout ton travail commence à être reconnu, que tu récoltes enfin les fruits de ce travail. »

Ces performances modifient progressivement son rapport au sport de haut niveau.

Sofia Araújo : « Petit à petit, tu t’accroches, tu prends du plaisir aussi, tu travailles en croyant que tu peux arriver jusque-là. »

Elle qui ne voulait plus de compétition commence alors à vouloir savoir jusqu’où elle peut aller.

Jusqu’à la 6e place mondiale et trois titres Premier Padel

La suite donne une autre dimension à cette histoire.

Araújo atteindra la 6e place mondiale, son meilleur classement en carrière. Elle remportera ensuite deux titres Premier Padel avec Marta Ortega en 2024, à Gênes et NewGiza, puis un troisième avec Andrea Ustero à Bordeaux en 2025.

Et elle considère toujours ne pas avoir terminé sa progression.

Sofia Araújo : « Je pense que j’ai encore des choses à donner au padel. Je pense que je peux progresser, j’ai énormément de choses à améliorer et je vais essayer de tout donner chaque jour. »

L’histoire est finalement assez singulière.

Sofia Araújo avait quitté le tennis après avoir perdu le plaisir de la compétition. Elle découvre presque par hasard le padel grâce à son oncle, dispute son premier tournoi avec sa mère, refuse ensuite l’idée de revenir vers le haut niveau… avant de se laisser convaincre.

Dix ans après le déclic de Cascais, elle fait partie des meilleures joueuses du monde.

Et lorsqu’on lui demande aujourd’hui jusqu’où elle souhaite aller, sa réponse n’est plus du tout : « Je ne veux plus de compétition ».

Elle parle désormais de devenir numéro 1 mondiale.

Propos recueillis dans le podcast Bandeja de Premier Padel, lors du BNL Italy Major 2026 à Rome.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.