Derrière les joueuses du top 100 mondial, il existe une autre réalité du tennis professionnel. Voyages permanents, équilibre financier fragile, nécessité de progresser rapidement pour continuer à croire au très haut niveau : Karine Marion Job connaît parfaitement cette vie du circuit ITF.
Présente au Cameroun lors d’un événement atypique organisé autour de la tentative de record du ministre camerounais de l’Intérieur Paul Atanga Nji, la joueuse franco-camerounaise s’est confiée sans détour sur son quotidien, ses ambitions, l’évolution du tennis féminin moderne et son envie de faire évoluer son jeu pour franchir un cap.
« Phénoménal, c’est le mot »
Question : Karine, comment décrirais-tu cet événement au Cameroun ?
Karine Marion Job : J’utiliserais le mot phénoménal. C’est du jamais vu. Le ministre est quelqu’un de passionné par le tennis, comme on a pu le voir, mais c’est quand même impressionnant de le voir dans ce cadre-là, face à des légendes du sport, faire des points incroyables, sans boire et sans s’asseoir.
Physiquement, c’est très impressionnant et très plaisant à voir.
« Chez les filles, le revers à deux mains est plus naturel »
Question : Pendant cet événement, on a vu beaucoup d’hommes avec un revers à une main ou un revers slicé, alors que chez les filles, le revers à deux mains domine. Comment l’expliques-tu ?
Karine Marion Job : Le revers à une main demande beaucoup de force dans un seul bras. Chez les filles, on a globalement moins de puissance musculaire, donc c’est plus facile de jouer à deux mains.
Et puis, à l’époque, quand on regarde les anciens joueurs, le revers à une main était beaucoup plus courant. Aujourd’hui, il y en a encore quelques-uns, mais de moins en moins.
Question : Est-ce que tu regrettes cette perte de variété, notamment dans le tennis féminin ?
Karine Marion Job : C’est vrai que le tennis moderne, surtout chez les femmes, propose souvent le même style de jeu, les mêmes techniques. Quand une joueuse a un jeu plus atypique, comme Ashleigh Barty avec son chop très efficace, ça gêne beaucoup.
Chez les filles, on est davantage habituées à la cadence, au rythme, aux balles tendues. Donc dès qu’une joueuse possède d’autres armes, c’est forcément avantageux.
« Je travaille le chop et les amorties »
Question : Est-ce que tu essaies justement de développer ces armes-là à l’entraînement ?
Karine Marion Job : Oui. Ce que je travaille surtout, c’est le chop. Avant, c’était une catastrophe, je n’avais pas du tout de toucher. Là, ça va mieux.
Je sais que parfois, pour ralentir le jeu ou changer le rythme, je peux utiliser le chop. Je suis beaucoup plus à l’aise maintenant.
Il me reste encore à travailler davantage les amorties. Ça va mieux qu’il y a quelques années, mais je dois encore progresser.
Après, je continue aussi à travailler mes points forts : les balles tendues, la puissance, la vitesse de balle. C’est ce que j’aime faire, c’est mon type de jeu.

« Galérienne ? Je ne dirais pas ça »
Question : On parle parfois des joueurs au-delà de la 300e ou 400e place mondiale comme des “galériens” du circuit. Toi, tu es proche de la 999e place mondiale, classée -15. Est-ce que tu te reconnais dans ce terme ?
Karine Marion Job : Je ne dirais pas galérienne, non. Je suis dans le processus.
Chaque joueur a un rythme différent, un parcours différent. C’est vrai que les joueurs du top 100 sont beaucoup sacralisés. Financièrement, c’est beaucoup plus facile pour eux.
Dès qu’on sort du top 100, c’est beaucoup plus difficile financièrement. Au niveau des sponsors aussi, c’est compliqué.
Donc je comprends pourquoi le terme “galérien” est utilisé, mais je le trouve un peu péjoratif. Parce qu’on a quand même la chance de vivre une vie incroyable et de vivre de notre passion, même si ce n’est pas toujours simple.
Question : Aujourd’hui, le tennis est ton métier ?
Karine Marion Job : Oui, c’est mon métier. Je ne fais que ça.
« Je me donne une limite »
Question : Est-ce qu’il t’arrive de te dire que c’est trop dur financièrement ou mentalement, avec cette obligation de repartir à zéro chaque semaine ?
Karine Marion Job : Forcément, je me donne une limite dans le temps.
Je sais qu’aujourd’hui, j’ai encore mes chances de monter au classement. Quand je vais en tournoi, je vois qu’il y a la possibilité d’aller plus loin, d’atteindre le top 100. C’est mon objectif.
Mais si je vois que mon classement n’augmente pas et que je reste autour des 500, 900 ou plus pendant plusieurs années, c’est sûr que j’arrêterai.

« Si dans deux ou trois ans je n’ai pas atteint mes objectifs… »
Question : Tu te donnes combien de temps ?
Karine Marion Job : Je pense que dans deux ou trois ans, si je n’ai pas atteint mes objectifs, ça mettra forcément un coup au moral.
Et quand la motivation baisse, on s’entraîne moins bien. En match, ça se ressent aussi.
Pour moi, c’est important de me fixer une limite. Si je dois arrêter, je veux le faire en sachant que j’ai tout donné.
Question : Tu as déjà pensé à l’après-tennis ?
Karine Marion Job : Pas vraiment. Je ne sais pas encore ce que je ferai.
Ça pourrait rester dans le tennis, mais je n’ai pas encore d’idée précise. Pour l’instant, je reste concentrée sur mes objectifs actuels.
Le padel ? « Rendez-vous dans deux peut-être »
Question : On voit beaucoup d’anciennes joueuses de tennis réussir au padel, comme Jessica Ginier ou Alix Collombon. Est-ce que cela pourrait être une option pour toi ?
Karine Marion Job : Je reste ouverte à toutes les options. Mais honnêtement, quand j’ai essayé le padel pour le plaisir, ça ne m’a pas vraiment plu.
J’aurais tendance à dire que je n’irai pas dans cette direction, mais je reste ouverte. Peut-être que dans deux ans, j’aurai un autre regard sur le padel.
La vie, c’est le changement. Donc je ne peux pas dire que c’est un non catégorique.
« Je voyage 90 % du temps avec mon coach »
Question : Sur le circuit, tu voyages seule ou accompagnée ?
Karine Marion Job : Je voyage 90 % du temps avec mon coach, Cédric Bourguignon, avec qui je m’entraîne à Lyon.
C’est une chance de pouvoir voyager avec quelqu’un. Certaines joueuses sont seules sur le circuit. Je l’ai déjà fait, et c’est beaucoup plus compliqué mentalement.
Question : Être seule sur le circuit, c’est trop dur ?
Karine Marion Job : Pas forcément pour tout le monde. Certaines joueuses se débrouillent très bien seules.
Moi, je sais que ça m’aide énormément d’être accompagnée. Je peux faire un ou deux tournois seule dans la saison, mais sur le long terme, c’est trop compliqué. J’ai besoin d’un soutien autour du court.


« Je suis exclusivement sur le circuit ITF »
Question : Aujourd’hui, tu pourrais faire beaucoup de tournois français avec ton classement, mais tu as choisi l’international…
Karine Marion Job : Oui, exactement. Je ne fais que des tournois ITF. Je suis exclusivement sur le circuit international.
Cela veut dire que je me concentre sur les tournois internationaux, même si mon classement français peut parfois être en dessous de mon niveau réel.
Question : Quand on n’arrive pas encore à passer un cap, est-ce qu’il faut parfois modifier son jeu, tenter autre chose ?
Karine Marion Job : Oui, c’est quelque chose dont je me suis rendu compte cette année, notamment avec mon entraîneur. En tant que joueuse, on ne voit pas toujours tout. Un œil extérieur peut aider.
J’avais un jeu assez commun, assez proche de ce qu’on voit chez beaucoup de joueuses. Pourtant, j’ai des armes. Ma vitesse de balle peut être très importante.
J’ai changé mon point de vue sur mon jeu.
« Aller vers l’avant, c’est ce qui me correspond le mieux »
Question : Qu’est-ce que tu veux changer ?
Karine Marion Job : Je pense qu’aller vers l’avant, c’est ce qui me correspond le mieux.
Au lieu de rester au fond du court, de frapper et de m’épuiser, je veux frapper et venir finir à la volée.
C’est quelque chose que je vais faire de plus en plus.
Question : C’est un vrai axe de travail ?
Karine Marion Job : Oui. À l’entraînement, je le travaille. Je peux le faire sans pression. En match, je commence à le faire de plus en plus, même si ce n’est pas encore automatique.
Plus je vais jouer de matchs, plus je vais être à l’aise pour le faire.
L’objectif, c’est clairement d’aller davantage vers l’avant et de devenir une joueuse plus performante à la volée.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.

























































































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