Après un quart de finale complètement fou remporté face à Jérémy Robert et Yoan Boronad au FIP Bronze Marnes II, Johan Bergeron et Julien Seurin se sont confiés au micro de Padel Magazine. Au-delà de cette victoire, les deux Français parlent de leur association, de leur volonté de construire dans la durée, de leur approche du circuit international et reviennent sans détour sur la question des wild-cards françaises.

Depuis, leur parcours à Marnes-la-Coquette s’est arrêté en demi-finale face à la tête de série 2 Nacho Moragues / Timéo Fonteny (7/5 6/2). Et les qualifications du Paris Major démarrent.

Un quart de finale où il fallait « que ça dépende de nous »

Face à Jérémy Robert / Yoan Boronad, Bergeron et Seurin sont passés par toutes les émotions. Après avoir pris le premier set, ils voient leurs adversaires revenir dans la partie avant un troisième acte particulièrement tendu.

À 5-5 et 0-40, la paire expérimentée est au bord de la rupture. Elle résiste pourtant, sauve plusieurs situations très compliquées et finit par faire basculer la rencontre de son côté.

« La fin, elle est folle. Je pense que n’importe quelle équipe peut gagner. C’est tombé de notre côté, on n’a rien lâché », résume Johan Bergeron.

Plus que le résultat, les deux joueurs insistent sur leur parti pris : continuer à prendre des risques, même sous pression.

Avec le vent, la fatigue et des conditions ne permettant pas toujours de finir facilement les points, Bergeron explique leur philosophie : plutôt que subir les lobs adverses, ils voulaient continuer à déclencher leurs smashs.

« Le smash, c’est le seul coup qui dépend que de nous », explique-t-il. Quitte à en manquer, le choix était assumé : prendre l’initiative plutôt que laisser Robert et Boronad installer leur jeu.

Julien Seurin partage exactement la même logique : même dans les moments chauds, il ne voulait pas tomber dans un jeu d’attente, notamment face à la qualité de lob proposée par leurs adversaires dans les deuxième et troisième sets.

Bergeron / Seurin, un projet qui résiste aux mauvais résultats

Cette victoire a aussi une autre portée. Elle intervient dans une saison où leur association n’a pas suivi une trajectoire parfaitement linéaire.

Le début avait pourtant été idéal, avec un titre à Dakar. Puis une blessure est venue casser la dynamique et les résultats sont devenus plus irréguliers.

Julien Seurin ne cherche d’ailleurs pas d’excuse : « On n’a pas réussi à être au niveau » sur certaines périodes.

Mais c’est précisément là que leur projet se distingue. Dans un circuit où les associations peuvent parfois être très courtes, Bergeron et Seurin ont choisi de continuer.

« On avait envie quand même de créer quelque chose de solide », explique Seurin. Malgré « deux, trois moins bons résultats », les deux Français ont repris l’entraînement ensemble et cherché à relancer une dynamique positive.

Une stabilité qui leur permet aujourd’hui de mieux se connaître sur la piste et de poursuivre leur projet sans repartir de zéro à chaque tournoi.

La wild-card du Paris Major ? « Je n’y ai pas du tout pensé »

Difficile cependant d’ignorer le contexte du quart de finale.

Yoan Boronad fait partie des jeunes joueurs soutenus par la FFT et avait obtenu une wild-card pour le Paris Major, tandis que Bergeron / Seurin avaient également candidaté sans être retenus.

De quoi donner une saveur particulière à cette confrontation ?

Seurin évacue rapidement l’idée d’un règlement de comptes : « Moi, je n’y ai pas du tout pensé. J’ai joué le match. Honnêtement, ça n’avait pas d’incidence. »

Bergeron reconnaît néanmoins avoir apprécié le défi. Sans remettre en cause la stratégie fédérale consistant à pousser les jeunes, l’ancien numéro 1 français assume un petit supplément de motivation :

« Il faut qu’on ait un esprit revanchard. Moi, j’étais très content de les jouer maintenant parce que j’aime ce genre de moment aussi. »

Mais il nuance immédiatement : la vérité d’une rencontre ne vaut pas verdict définitif. « La réalité d’un match n’est pas forcément la réalité du match suivant. »

Seurin : « Je ne peux pas espérer ma saison là-dessus »

Sur le fond, Julien Seurin livre surtout une analyse lucide du système des wild-cards.

Selon lui, la politique fédérale semble aujourd’hui privilégier davantage la jeunesse et le niveau de jeu potentiel plutôt que la volonté de faire entrer le maximum de joueurs français dans les tableaux.

Et plutôt que de faire dépendre sa saison d’une invitation, il préfère ramener le problème à ses propres performances :

« Ça reste une wild-card et je ne peux pas espérer ma saison là-dessus. »

« J’essaie en tout cas de me convaincre qu’il faut que ça dépende plus de moi, donc il faut que je gagne plus de matchs. »

Bergeron regrette surtout le manque de communication

Johan Bergeron formule toutefois une critique précise. Ce n’est pas tant la décision fédérale qui lui pose problème que le moment où elle leur a été communiquée.

Les joueurs devaient organiser leur calendrier international et notamment décider s’ils s’inscrivaient sur un tournoi FIP organisé la même semaine que le Paris Major. Dans cette situation, attendre une éventuelle wild-card rend la programmation compliquée.

Bergeron explique avoir relancé plusieurs fois afin d’obtenir une réponse.

Son souhait était simple : être prévenu plus tôt si la stratégie consistait effectivement à privilégier les jeunes.

« Je préfère qu’on m’appelle et qu’on me dise : “Jo, cette année, on la donne aux jeunes, c’est notre stratégie.” »

Il précise d’ailleurs ne pas considérer les choix effectués comme incohérents. Sa remarque porte avant tout sur la communication avec les joueurs concernés.

Lyon déjà dans un coin de la tête

La discussion se projette également vers le FIP Platinum Lyon, rendez-vous forcément particulier pour Bergeron.

Le Français ne cache pas son envie d’y obtenir une wild-card et de pouvoir évoluer devant son public et ses partenaires.

Et la victoire obtenue à Marnes contre Robert / Boronad constitue forcément un argument supplémentaire.

« Je pense que c’est très bien pour prétendre avoir la wild-card qu’on ait gagné aujourd’hui », reconnaît Bergeron.

« Sentir qu’on est présent sur le terrain »

Le parcours du FIP Bronze Marnes II s’est finalement terminé un tour plus tard, en demi-finale.

Mais le message délivré par Bergeron et Seurin dépasse largement le résultat d’un tournoi.

Pour la suite de la saison, pas de grand objectif chiffré annoncé. Bergeron parle plutôt de prendre du plaisir, engranger des points et retrouver de la constance.

Surtout : « Sentir qu’on est présent sur le terrain à chaque fois. »

Il reconnaît une année « un poil plus compliquée » que les précédentes, mais la réponse reste la même : « Il faut l’accepter, travailler plus, et puis ça va tourner. »

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.