À seulement 16 ans, Victor Caby a déjà fait des choix forts pour tenter de se faire une place dans le padel de haut niveau. Après deux années passées à Palavas loin du foyer familial, le jeune gaucher a encore changé de décor en septembre pour rejoindre Bilbao et l’académie Padel Stuff d’Andoni Bardasco.

Entre cours à distance, entraînements quotidiens et premières compétitions espagnoles, le Français construit son projet sans brûler les étapes. Des premiers coups de raquette avec son père à son rêve de top 100 mondial et de Paris Major, Victor Caby raconte son parcours, ses sacrifices et ses ambitions.

Du tennis à Palavas, les premiers choix à faire

Avant le padel, il y a d’abord eu le tennis. Avec un père entraîneur, Victor Caby a une raquette entre les mains dès l’âge de trois ans et pratique pendant près de dix ans. Une histoire qui finit pourtant par s’essouffler au moment du Covid, jusqu’à une courte tentative dans le football. Le padel arrive finalement presque par hasard, lorsque des pistes sont construites dans son club de tennis. En 2023, ses premiers TNJ lui donnent rapidement envie d’aller plus loin.

« Je voyais que je m’amusais vraiment beaucoup. À la fin de l’année 2024, je voulais partir dans une académie parce que j’avais vraiment envie de progresser le plus possible. En septembre 2024, je suis parti à Palavas pendant deux ans. Et franchement, c’était incroyable. Je me suis fait plein de copains, c’était dingue. »

Un premier départ loin du foyer familial alors qu’il n’a encore que 14 ans. Dans une famille déjà habituée aux projets sportifs, son frère est lui aussi parti aux États-Unis pour le tennis, ses parents l’accompagnent dans son choix. Mais derrière l’opportunité sportive, Caby découvre aussi rapidement ce qu’implique une telle décision à son âge.

« Mes parents, tant que tu t’épanouis dans ce que tu fais, ils te suivront toujours. Mais j’avais vraiment peu de copains. Au bout de six mois, je ne voyais déjà plus personne. Parler à des copains sur les réseaux, entretenir une relation, c’est hyper compliqué. Après, je me suis fait tellement de copains dans le padel qu’au final, ce n’est pas plus mal. En plus, ils te comprennent : tu fais le même sport qu’eux, tu es dans le même projet. »

« Je suis un peu comme un joueur de gauche »

Sur la piste, Victor Caby ne cherche pas à cacher ses intentions. Gaucher installé à droite, le jeune Français se définit avant tout comme un joueur agressif, attiré par le filet et capable de venir terminer les points dans la zone centrale. Un profil offensif qu’il résume simplement :

« Je suis assez agressif au filet, très agressif. Je suis gaucher, donc je joue à droite. Je suis un peu comme un joueur de gauche, finalement, parce que je peux finir les points avec mon coup droit au milieu. »

S’il cite notamment Jon Sanz parmi les joueurs dont il apprécie le style, Caby ne cherche pas non plus à masquer les secteurs dans lesquels il doit encore progresser. La défense reste aujourd’hui son principal axe de travail, quand la volée constitue à l’inverse l’une de ses forces. Un jeu porté vers l’avant qui s’accompagne aussi d’un tempérament expressif sur la piste : il apprécie les joueurs capables de montrer leurs émotions et reconnaît lui-même beaucoup s’encourager.

Et lorsque les points commencent à peser davantage, le jeune gaucher assure ne pas chercher à fuir la pression. Au contraire.

« Dans les moments importants, la pression ne me mange pas du tout. J’aime bien ça, justement. »

Bilbao et Bardasco, la suite logique

Après deux années à Palavas, Victor Caby a de nouveau fait ses valises cet été. Direction cette fois l’Espagne et Bilbao, où il s’est installé en septembre pour travailler sous les ordres d’Andoni Bardasco. Une décision qui ne s’est pas prise du jour au lendemain. Tout commence à la fin de l’année 2025, lors de plusieurs tournois disputés avec Louis Cacheux, son partenaire chez les jeunes. À Barcelone, en décembre, la présence de Bardasco à leurs côtés et leur parcours jusqu’en demi-finale finissent de convaincre le jeune Français.

« On avait fait un tournoi ensemble en novembre et ça s’était hyper bien passé. En décembre, on est partis à Barcelone et Andoni Bardasco est venu. Je crois qu’on a fait le meilleur tournoi de notre vie, on a fait demi-finale. En plus, j’adorais comment il coachait, comment il était. Il m’a proposé de venir faire des stages à Bilbao. En février, je suis donc parti faire des stages et j’ai adoré. C’était vraiment bien. »

L’opportunité est d’autant plus intéressante que Cacheux s’inscrit lui aussi dans le projet, permettant aux deux jeunes Français de poursuivre leur progression ensemble. Mais chez Bardasco, Caby vient surtout chercher une exigence supplémentaire. Après ses premiers mois de travail avec l’Espagnol, une qualité revient systématiquement dans son discours : la rigueur.

« Il est hyper rigoureux. Je pense qu’on a vraiment besoin de ça pour devenir fort. »

À 16 ans, un quotidien rythmé par les cours et le padel

Partir à Bilbao implique aussi de réorganiser complètement son quotidien. Victor Caby poursuit désormais sa scolarité à distance, avec des cours en visioconférence répartis dans la semaine et adaptés à son projet sportif. Autour, le padel occupe naturellement une place centrale : entraînements, parties supplémentaires, préparation physique et désormais compétitions sur le circuit basque.

« J’ai des cours en visio. Le lundi, par exemple, j’ai entraînement à 13 heures pendant une heure et demie. Le mardi, j’ai cours de 8 heures à 11 heures, puis padel l’après-midi. Le mercredi, c’est cours de 8 heures à midi et ensuite on va aussi au padel. Le jeudi, on n’a qu’un entraînement le matin parce que l’après-midi, j’ai cours de 13h30 à 19h50. Et le vendredi, je n’ai pas cours, donc on fait une partie et un entraînement. »

Et sur la piste aussi, le changement de méthode se fait sentir. Après deux années passées à My Center Palavas, Caby découvre avec Bardasco une approche différente, notamment dans le travail défensif.

« Je pense que c’est surtout le coach qui est différent. On fait beaucoup d’individualisation. On passe vraiment beaucoup de temps à bien ralentir le jeu en défense, à se laisser le temps, à faire des blocs. En France, c’est un peu différent, le jeu va plus vite, donc on travaille beaucoup les transitions. Ce sont deux manières différentes et moi, j’aime bien les deux. »

« Pour l’instant, on préfère vraiment progresser »

Malgré ses ambitions, Victor Caby ne semble pas pressé de se lancer à plein temps sur le circuit international. Depuis son installation à Bilbao, le jeune Français évolue principalement sur le circuit basque, face à des jeunes de son âge, et laisse pour le moment les compétitions françaises au second plan. Quelques retours sont envisagés pendant les vacances, tandis que les apparitions sur le FIP Tour doivent avant tout lui permettre d’accumuler de l’expérience.

« Pour l’instant, on laisse un peu le circuit français de côté. Je pense qu’on va rentrer faire quelques tournois en France pendant les vacances et qu’on va en profiter. Pour le FIP Tour, ce n’est pas vraiment notre objectif principal. C’est surtout pour l’expérience. »

Une patience qui n’empêche pas Caby de mesurer le chemin parcouru. Lors des derniers Championnats de France U16, avec Louis Cacheux, il est allé jusqu’en finale avant de s’incliner au terme d’un match particulièrement serré. Une défaite qui lui laisse surtout le sentiment d’avoir réduit l’écart avec les meilleurs jeunes Français, alors que certains possèdent déjà davantage d’expérience sur le circuit international.

« Au début de l’année, je trouvais qu’on était encore vraiment loin de Sacha et Nathan. Et là, que ce soit aussi serré, c’est hyper positif parce qu’on a réussi à rattraper un peu le retard. Eux sont déjà sur le circuit, leur projet est déjà un peu plus avancé. »

Pas question pour autant de modifier le plan de marche pour tenter de combler ce retard au plus vite. À 16 ans, Caby préfère encore construire son jeu avant de chercher des résultats internationaux immédiats.

« Pour l’instant, on préfère vraiment progresser, et après aller sur le circuit pour voir. »

Le top 100 dans un coin de la tête

S’il refuse de brûler les étapes, Victor Caby n’en reste pas moins ambitieux. Lorsqu’il accepte de regarder plus loin que sa progression actuelle à Bilbao, le jeune Français évoque un objectif particulièrement élevé : atteindre un jour le top 100 mondial. Une perspective encore lointaine à seulement 16 ans, mais qui symboliserait déjà un accomplissement considérable dans son projet vers le très haut niveau.

« À long terme, l’objectif, c’est d’être top 100. Et après, si je suis top 100, forcément, l’objectif augmentera. Mais d’abord, j’aimerais bien être top 100 parce que je pense que c’est un chiffre assez symbolique, surtout pour nous les Français. »

De Palavas à Bilbao, Victor Caby a déjà accepté de bouleverser son quotidien pour donner une chance à son projet. Le top 100 reste aujourd’hui un rêve à construire bien plus qu’une étape déjà programmée, et le jeune gaucher en a conscience. Mais lorsqu’il se permet de regarder encore plus loin, une autre image apparaît forcément : celle de Roland-Garros et du plus grand tournoi disputé en France.

« Faire le Major à Paris, ce serait complètement incroyable. »

Raphael Degironde

Fan et joueur de padel, je scanne le milieu du padel : Attention vous êtes surveillés !