Lorenzo Lecci Lopez nous propose sa seconde hypothèse sur le développement du padel en France : Créer une fédération de padel indépendante de la FFT.

Dans une interview accordée au magazine Grand Chelem, Lionel Maltese, Chargé du développement économique au sein du comité exécutif de la FFT, indique : « Pour moi, le padel est une pratique complémentaire et augmente la gamme d’offres d’expériences hédoniques pour les sports de raquette » .

Au cours de l’interview que Lionel Maltese m’a également accordée, le chercheur français compare la situation du padel au basket-ball et à l’émergence du 3×3 (une forme de pratiquer le basket, souvent dans la rue). Ainsi, il considère le padel comme un sport à part entière, certes, mais avec la FFT, on le voit plus comme une activité “complémentaire” au tennis.

Le padel est un sport à part entière

À la question « le padel peut-il être considéré comme un complément technique du tennis ? », les répondants sont partagés, mais une majorité se distingue assez largement. 63 % des répondants pensent qu’il est impossible d’associer le padel et le tennis, et défendent le fait que le padel doit être considéré comme un sport à part entière.

Même si certains voient en la pratique du padel une opportunité pour améliorer « sa volée », « son petit-jeu », « son entente avec son partenaire », l’évidence est qu’il est impossible de considérer le padel comme une pratique alternative du tennis.

Le padel doit être estimé tel qu’il est, comme un sport à part entière avec ses particularités. Baptiste Poey, co-fondateur de Padel Sport Events :

« C’est un peu le message que tout le monde a tenté de faire passer au début. », il reconnait que la FFT, en 2014, a eu un départ poussif dans la mise en place et l’organisation du padel en France. Mais depuis, les choses sont bien différentes avec “un investissement évident de la FFT dans le padel”.

« On ne retrouve pas forcément ce qu’on éprouve au tennis. », pour Laure Moreau, Présidente de la commission Communication du Comité des Yvelines de Tennis FFT. Le padel est complémentaire au tennis.”Les sensations sont différentes, et les deux sports ont tout à y gagner de travailler ensemble” explique Laure Moreau qui fait partie de celle qui croit au padel.

D’autres membres de la FFT ou dirigeants de clubs de tennis ont du mal a accepter forcément l’apparition d’un nouveau sport de raquette sur le territoire. Un frein ?

En faisons-nous trop pour le padel ? Pas assez ? Pas suffisamment bien ? Ce sont des questions qui dépassent les opinions. Car le padel reste un sport à “en devenir”. Par rapport au tennis, le padel reste bien modeste, même si nous sommes sur une pente très positive. La FFT est-elle une grande fédération pour faire développer ce sport ? Son logiciel, sa politique, sont-ils adaptés à la situation ?

Soutien inégal entre les clubs habilités et affiliés

L’objectif de la FFT en développant le padel est de redynamiser leurs clubs de tennis en permettant aux licenciés d’avoir une offre plus large à leur disposition. L’instance de tennis octroie donc des aides financières aux clubs de tennis qui construisent des courts de padel dans leurs installations sportives.

« Pour le moment, les clubs privés n’en {aides financières} bénéficient pas, mais seulement les clubs de tennis ».

Cette phrase est prononcée par Melissa Martin, joueuse de padel professionnelle, classée 3e joueuse française au classement WPT, et vainqueur du FFT Padel Tour 2019.

Ce fait est cohérent avec l’objectif annoncé, mais ne concorde pas vraiment avec l’objectif de faire rayonner le padel, en tant que sport à part entière sur tout le territoire français. Si les clubs de padel ne sont pas aidés par la fédération, il est très difficile pour eux d’être rentables, et de gros risques sont pris par les entrepreneurs (qui sont généralement de grands passionnés de padel).

Ce sont ces personnes qui ont l’envie profonde de développer le padel, mais en les privant de subventions, la FFT affirme son objectif de relancer son nombre de licenciés, et non celui de développer purement le padel.

Questionnée à ce sujet, Laure Moreau, présidente de la commission Communication du Comité des Yvelines de la FFT, m’a indiqué que la FFT n’aiderait pas un club 100% padel qui souhaiterai s’implanter, car « une des missions de la FFT est d’accompagner ses clubs affiliés ! ». Et par conséquent, les clubs habilités semblent être oubliés. Cela a le mérite d’être clair.

« La FFT doit investir plus dans le padel, dans la mesure où cet investissement serait mis en place pour le développement du padel. Pour le moment, elle investit pour rafistoler le tennis. » Julien Menuel, amateur de padel, est assez catégorique et semble en colère contre la FFT. Selon lui, le fait que le padel soit simplement utilisé pour aider les clubs de tennis ne permet pas au padel de s’identifier comme sport à part entière. Le padel est ainsi négligé et n’évolue pas dans un éco-système qui lui permettrait grandir proprement.

Réticence de clubs de tennis pour le padel ?

« À ce jour très peu de club de tennis acceptent correctement les clubs de Padel. Cette guerre fait des dommages collatéraux pour les adhérents Padel. », me commente Mr. Ferrara, ingénieur industriel et amateur de padel.

Un commentaire peut-être vrai dans certains clubs. Mais pas partout ! Bien au contraire.

L’idée de la FFT est donc de donner à ses clubs adhérents plus de moyens pour attirer de nouveaux joueurs. Mais certains puristes du tennis semblent ne pas toujours apprécier l’apparition d’un nouveau sport dans leurs infrastructures.

Le tennis évolue dans un milieu traditionnel dans lequel les règles sont établis depuis très longtemps et ne se modifient que très peu, restreignant ainsi l’ouverture d’esprit de ce sport.

Les dirigeants les plus traditionalistes peuvent vouloir pour certains brider le padel. Peut-on y voir  un conflit d’intérêts entre ces deux sports ?

Développement du padel et FFT : des intérêts divergents ?

« J’ai peur que si le padel prend de l’ampleur comme en Espagne, que la FFT cherche à contenir ce boom… l’avenir le dira. » , Kristina Clément, Directrice à l’export NOX, joueuse professionnelle classée 5e joueuse française au classement WPT.

À la manière de Frankenstein, la FFT pourrait être en train de développer un sport qui finirait par lui faire de l’ombre ? En effet, les différentes caractéristiques du padel évoquées précédemment (aspect ludique, social, économique, logistique, technique, tactique) pourraient permettre à ce sport de se développer de manière très rapide, si les moyens étaient mis en oeuvre pour cet accomplissement.

Carolina PRADO, joueuse de padel, n°1 en Grande Bretagne et coach de l’équipe nationale de padel de la Grande Bretagne, est formelle lors d’un échange successif à sa réponse du questionnaire. Pour elle,  « il y a beaucoup d’intérêts pour le tennis qui ne sont pas compatibles avec une expansion massive du padel. Le football et le futsal ont chacun leur fédération… et les deux sont du foot ».

La FFT voit en l’expansion du padel une opportunité pour donner une image rajeunie et moderne de son sport, et surtout un moyen de relancer l’attractivité de ses clubs de tennis en enrichissant l’offre. La FFT a donc intérêt à promouvoir le padel, sans toutefois provoquer un développement massif qui mettait en péril le règne historique du tennis dans les sports de raquettes en France.

Cet objectif est, à court terme, compatible avec les intérêts du padel qui doit encore se faire connaitre sur l’hexagone, mais qu’en serait-il si le goût du padel qu’a connu la société espagnole dans les années 2000-2010 se répandait a la société française dans les années 2020 ? La FFT briderait le développement du padel de manière à ce que le padel ne puisse pas faire de l’ombre au tennis.

Les articles L131-1 et suivants abordent le rôle de la fédération sportive agréée par le Ministère des Sports. Aucun article n’oblige à la fédération d’engager tous les moyens dans le développement d’un sport. L’Article L131-9 indique « Les fédérations sportives agréées participent à la mise en oeuvre des missions de service public relatives au développement et à la démocratisation des activités physiques et sportives. » Ainsi, si le padel prenait une ampleur trop importante aux yeux des dirigeants de la FFT et qu’une concurrence entre les deux sports naissait, la FFT pourrait tout simplement brider le développement du padel, voir même l’empêcher de grandir.

Encore une fois, nous restons dans l’hypothèse où le padel doit s’émanciper. Et ce sujet est sujet sur la table. La création de l’association des clubs de padel privés est un nouvel outil qui montre qu’il y a des mécontents… même si on ne doit pas tout jeter.

Dans le cas où le padel grandissait réellement, serait-il envisageable de voir deux sports majeurs partager une fédération ? Pour Nicolas Hervé de Beaulieu, « D’autres fédérations le font déjà, je ne vois pas pourquoi ça ne fonctionnerai pas », mais en réalité, tous les sports majeurs ont une fédération totalement engagée dans la défense de son sport.

Pour Ruben Lopez, amateur de padel en Espagne, la situation est claire, il faut créer une fédération française de padel : « Le padel a besoin d’une fédération qui soutienne et défende le padel dans toutes les sphères (économique, publicitaire, et les compétitions). ».

Cet étudiant en master de droit à Madrid souligne un aspect important : tout sport a besoin d’une entité publique qui puisse défendre ses intérêts individuels. Or, si deux sports qui n’ont pas les mêmes intérêts partagent une fédération, des conflits d’intérêts vont apparaitre. Si le padel devenait finalement plus populaire que le tennis, comment réagirait la FFT ? Une cohabitation ne serait pas viable si le padel prenait de l’ampleur.

À l’étranger, une incompréhension de la situation française

En Espagne, le padel s’est développé de manière très rapide sous le contrôle de la FEP (Fédération espagnole de padel). Or, la situation en France parait très particulière pour les étrangers que j’ai interrogés : ils ne comprennent pas comment la fédération de tennis peut avoir obtenu la gestion du tennis par le ministère de Sports. Comme le témoigne le tableau ci-dessous, cinq des six répondants étrangers (quatre Espagnols, une Britannique et une Argentine) ont répondu « créer une fédération de padel » comme meilleure hypothèse de développement du padel en France.

Pour certains d’entre eux, la situation semble même absurde : « C’est comme si les licences de judo et de karaté étaient confondues. », me commentait un fonctionnaire dans le domaine du sport en Espagne qui a souhaité rester anonyme. Le tennis et le padel ont des caractéristiques complètement différentes, et leur seul point commun est finalement que ces deux sports sont des sports de raquettes.

Soutien obligatoire du Ministère des Sports

Le 16 février 2014, au cours de  l’assemblée générale de la FFT à Roland-Garros, le padel est adopté à l’unanimité dans les statuts de la FFT.

Quelques jours plus tard, le Ministère de la Jeunesse et des Sports donne l’agrément à la FFT pour ainsi contrôler le padel. Comme précisé dans l’Article L131-14 du Code du Sport, une seule et unique entité reçoit l’agrément du Ministère des Sports : « Dans chaque discipline sportive et pour une durée déterminée, une seule fédération agréée reçoit délégation du ministre chargé des sports. Un décret en Conseil d’Etat détermine les conditions d’attribution et de retrait de la délégation, après avis du Comité national olympique et sportif français. ».

Ainsi, dans l’hypothèse qu’une fédération française de padel devrait se reformer, l’agrément du Ministère des Sports serait obligatoire pour exercer.

Lorenzo Lecci López

À ses noms, nous devinons ses origines espagnoles et italiennes. Lorenzo est un polyglotte passionné de sport : le journalisme par vocation et l’événementiel par adoration sont ses deux jambes. Son ambition est de couvrir les plus grands événements sportifs (J.O. et Mondiaux). Il s’intéresse à la situation du padel en France, et offre des perspectives pour un développement optimal.