La participation de Álex Ruiz (22e mondial) et Maxi Sánchez (28e) à un FIP Silver à Palerme, alors qu’un tournoi Premier Padel P2 se déroulait simultanément à Valladolid, a surpris plus d’un observateur. Ce choix stratégique met en lumière une problématique structurelle du padel professionnel : l’absence de règles claires encadrant l’accès aux tournois de niveau inférieur.
Le tennis : un modèle structuré et réglementé
Dans le tennis professionnel, la hiérarchie est limpide. On distingue :
- les tournois ITF World Tennis Tour (anciennement Futures)
- les tournois ATP Challenger
- les épreuves ATP Tour (250, 500, 1000, Grand Chelem)
Les Futures sont réservés aux joueurs en développement, avec de faibles dotations (15 000 à 25 000 dollars) et des points ATP limités (10 à 25 pour un vainqueur). S’ils sont ouverts à tous sur le papier, les joueurs du Top 200 n’y participent quasiment jamais. La raison est simple : l’intérêt sportif et stratégique est quasi nul.
Les Challengers, situés un cran au-dessus, offrent jusqu’à 125 points ATP pour une victoire. Toutefois, l’accès y est réglementé :
- Interdiction pour les joueurs du Top 50 mondial d’y participer (sauf dérogation)
- Accès limité pour les joueurs du Top 100
- Priorité donnée aux joueurs en progression
Cette organisation permet de protéger les circuits de développement, de valoriser les tournois majeurs, et de garantir une filière lisible.

Le padel : une hiérarchie encore floue
Dans le padel, le système est encore jeune. Le FIP Tour (Bronze, Silver, Gold, Platinum), sous l’égide de la Fédération Internationale de Padel, est censé jouer le rôle de circuit intermédiaire, destiné aux joueurs hors du Top 50.
Mais aucune règle formelle ne limite l’accès aux mieux classés. Résultat : des joueurs du Top 30, voire Top 20, s’engagent régulièrement même dans des FIP Silver…
Pourquoi un tel choix ?
L’exemple de Ruiz et Sánchez est révélateur : à Palermo, une victoire pouvait leur rapporter 80 points FIP, contre seulement 45 points en cas de huitième de finale à Valladolid, leur meilleur résultat sur le circuit Premier Padel. Le calcul est vite fait.
Outre le gain de points, ces tournois permettent :
- de retrouver de la confiance
- de redevenir la tête d’affiche d’un événement
- de séduire des sponsors locaux
- de gagner en visibilité médiatique
Un double déséquilibre
Ce fonctionnement pose deux problèmes majeurs :
- Pour les jeunes joueurs, qui voient des tableaux secondaires bloqués par des têtes d’affiche
- Pour l’image de Premier Padel, délaissé ponctuellement par ses propres stars
Le risque est clair : perte de lisibilité, hiérarchie brouillée, et un circuit FIP qui ne remplit plus sa fonction initiale de tremplin vers l’élite ou encore de tournois secondaires.
Quelles solutions pour la FIP ?
C’est surtout Premier Padel qui semblerait pousser La Fédération Internationale de Padel à réfléchir à plusieurs pistes, inspirées du modèle ATP :
- Limiter l’accès au FIP Tour aux joueurs classés hors du Top 30 ou Top 50
- Réduire les points distribués sur les FIP Silver, Gold et Platinum
- Prioriser les inscriptions aux FIP pour les joueurs moins bien classés
- Interdire la participation à un tournoi FIP si un Premier Padel est programmé en parallèle
- Structurer le calendrier pour éviter les conflits de dates

Un enjeu de professionnalisation
Dans le tennis, cette structuration a permis de bâtir un écosystème méritocratique, lisible et stable. Chaque niveau de tournoi a son rôle, ses règles, ses participants. Le padel peut — et doit — s’en inspirer.
Le FIP Tour doit rester une passerelle, pas une échappatoire stratégique. Premier Padel doit devenir un objectif, pas une contrainte évitable.
Autre conséquence directe de cette dérégulation : certaines paires classées entre la 100e et la 200e place mondiale, venues sur le FIP Tour pour gagner de l’expérience, des points et de la confiance, se retrouvent confrontées dès le premier tour à des joueurs du Top 50 mondial. Une situation frustrante pour ces duos, qui investissent temps et argent dans les déplacements, les hébergements et l’entraînement, avec l’espoir légitime de passer quelques tours. Tomber d’entrée sur une tête d’affiche mondiale ruine souvent tout objectif sportif, et transforme ces tournois censés être des tremplins en obstacles insurmontables. Pour ces joueurs, la régularité et la progression passent aussi par la possibilité d’accéder aux phases finales, ce qui devient quasi impossible dans de telles configurations.
À l’heure où le padel franchit un cap mondial, il lui faut désormais réguler sa croissance, définir ses circuits et protéger ses joueurs en développement. Si le padel veut se hisser au niveau d’exigence du tennis professionnel, cela passera nécessairement par des règles claires d’accessibilité, une attribution de points cohérente et une vision à long terme.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.

























































































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