Paula Josemaría ne remet pas en cause le FIP Tour, mais plutôt l’équilibre entre les différents circuits. Dans un entretien accordé au quotidien espagnol SPORT en juin dernier, l’ancienne numéro 1 mondiale a pointé du doigt une anomalie du classement FIP : certains résultats obtenus sur le circuit secondaire peuvent aujourd’hui rapporter davantage qu’une performance réalisée au plus haut niveau sur Premier Padel. Un constat d’autant plus intéressant que la FIP et Premier Padel ont depuis annoncé une première correction du système pour 2027.

300 points contre 180 : Josemaría met le doigt sur le problème

Le constat de Paula Josemaría est simple.

« Actuellement, gagner un FIP Platinum rapporte presque le double de points qu’atteindre les quarts de finale dans un P1, et cela n’a aucun sens compte tenu du fait que le niveau d’exigence en Premier Padel est bien plus élevé. »

Les chiffres lui donnent raison sur l’écart : un titre en FIP Platinum rapporte 300 points FIP en 2026, contre 180 points pour un quart de finale en Premier Padel P1.

Ce n’est donc pas tout à fait le double, mais le rapport reste spectaculaire : un succès en Platinum rapporte 67 % de points supplémentaires.

Un exemple concret permet de mesurer cette différence. Juan Tello a remporté 300 points en gagnant le FIP Platinum du Portugal en juin, alors que son quart de finale au Valencia P1 lui en avait rapporté 180.

Et c’est précisément là que se situe le débat soulevé par Josemaría : les deux performances ne sont pas nécessairement comparables en matière de densité sportive.

Le problème n’est pas que les meilleurs jouent les FIP

L’Espagnole prend d’ailleurs soin de ne pas accuser les joueurs et joueuses qui profitent du système.

À ses yeux, ils ne font qu’utiliser les possibilités offertes par le règlement. Quand 300 points sont disponibles sur un Platinum, il devient parfaitement rationnel pour un joueur bien classé d’aller les chercher.

Et les exemples ne manquent plus.

Fin mai, Franco Stupaczuk et Mike Yanguas ont ainsi remporté le FIP Platinum d’Albanie et les 300 points associés au titre. Chez les dames, Marina Guinart et Veronica Virseda avaient remporté la compétition.

Le FIP Tour, conçu notamment comme une voie permettant de progresser au classement et d’accéder progressivement aux tableaux Premier Padel, peut donc devenir également une arme stratégique pour des joueurs déjà installés parmi l’élite.

C’est ce détournement de fonction que Josemaría semble surtout questionner.

Une conséquence potentiellement lourde pour le « ventre mou » du classement

Il existe surtout un deuxième effet, moins visible.

Lorsqu’un joueur du top mondial participe à un Platinum, il augmente mécaniquement le niveau nécessaire pour aller chercher les gros points disponibles. Les joueurs situés plus bas dans la hiérarchie, qui utilisent justement le FIP Tour pour progresser et tenter d’intégrer durablement Premier Padel, peuvent alors se retrouver confrontés à des joueurs qu’ils auraient normalement rencontrés sur le circuit principal.

C’est l’un des paradoxes du système.

Premier Padel est censé représenter le sommet de la pyramide, tandis que le FIP Tour doit notamment permettre d’y accéder. Mais lorsque la récompense en points devient suffisamment importante, le sommet peut être tenté de redescendre d’un étage.

Josemaría estime ainsi que les joueurs de milieu de classement peuvent être parmi les premiers pénalisés.

Et on peut élargir le constat jusq’aux FIP GOLD… cpmme la fameuse polémique du FIP Gold Belgrade où nous retrouverons carrément les paires 4 et 5 mondiales.

Un autre élément entre dans l’équation : le coût

La question ne se limite d’ailleurs pas aux points.

Dans son entretien avec SPORT, Josemaría évoque également le coût de participation aux différentes compétitions. Pour certains joueurs, disputer une étape Premier Padel peut représenter une dépense importante entre transport, hébergement, staff et plusieurs jours de compétition.

Dès lors, l’équation sportive devient également économique.

Pourquoi choisir une compétition extrêmement dense pour tenter de gagner 90 ou 180 points si un tournoi inférieur dans la pyramide permet potentiellement d’en obtenir davantage ?

À partir du moment où cette question peut raisonnablement se poser pour un joueur professionnel, le barème commence à influencer le choix du circuit.

La FIP et Premier Padel ont justement décidé de modifier le système

Et c’est peut-être l’élément le plus intéressant à mettre en parallèle avec les déclarations de Paula Josemaría.

La FIP et Premier Padel ont annoncé en juin plusieurs changements applicables à partir de 2027, dont une revalorisation des points distribués lors des premiers tours des compétitions Premier Padel.

Pour un P1, par exemple, le quart de finale passera de 180 à 200 points. Les huitièmes seront revalorisés de 90 à 110 points, les seizièmes de 45 à 55 et les premiers tours de 22 à 35 points.

Les derniers tours ne sont donc pas bouleversés, mais l’objectif annoncé est clair : mieux récompenser les joueurs qui progressent dans les tableaux Premier Padel.

Plus significatif encore : de nouvelles règles de participation au FIP Tour seront instaurées pour les joueurs les mieux classés, en fonction de leur ranking au moment de la clôture des inscriptions.

Autrement dit, les instances ont identifié le même phénomène : il faut préserver une certaine cohérence entre la fonction du FIP Tour et celle de Premier Padel.

Même si… ces modifications sont estimées comme beaucoup trop “light” pour un avoir un impact réel sur la problématique. La FIP n’ayant d’ailleurs même pas touché au FIP Platinum.

Une réforme qui ne règle pas encore complètement l’équation

La hausse prévue en 2027 atténuera néanmoins seulement une partie du problème soulevé par Josemaría.

Si l’on compare uniquement le quart de finale d’un P1, le passage de 180 à 200 points réduit l’écart avec les 300 points actuellement associés à un titre en Platinum, mais ne l’efface évidemment pas.

Toute la question sera donc de connaître précisément les restrictions appliquées aux meilleurs joueurs sur le FIP Tour en 2027 et l’éventuelle évolution parallèle du barème des Platinum.

Car l’enjeu dépasse largement quelques dizaines de points.

Il s’agit de conserver une véritable pyramide sportive : permettre aux joueurs de progresser via les FIP, puis de rejoindre Premier Padel, plutôt que d’inciter les joueurs déjà installés au sommet à revenir régulièrement chercher des points sur l’échelon inférieur.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.