Habitué des qualifications sur le circuit Premier Padel, Marc Quílez connaît parfaitement les réalités du haut niveau. Présent cette semaine au Pretoria P1, le Catalan a profité d’une qualification express pour dresser un constat sans détour sur les difficultés du circuit : répartition des points, calendrier, coût des déplacements et manque de dialogue entre les joueurs et les instances.

Une qualification sans véritable opposition

À Pretoria, Marc Quílez et son partenaire Fede Mouriño ont validé leur place dans le tableau principal en moins d’une heure. Une situation inhabituelle, rendue possible par la présence de paires sud-africaines encore très éloignées du niveau international.

Le Catalan ne cache pas que cette situation lui a facilité la tâche.

« J’aimerais que toutes les qualifications se passent comme ça. »

Mais derrière cette satisfaction personnelle, il reconnaît que ce type d’affiche ne sert pas forcément l’image du padel professionnel.

« À titre personnel, cela m’avantage, mais si l’on pense au développement du sport, cela ne lui rend pas service. Quand on se rend dans des pays où le padel est encore émergent, les joueurs locaux sont très loin du niveau professionnel. Voir des matchs se terminer 6/0 6/0 en vingt minutes donne une mauvaise image de notre sport. »

« Le système de points est le vrai problème »

Pour Quílez, ces qualifications déséquilibrées ne sont qu’une conséquence d’un problème plus profond : le fonctionnement actuel du classement.

Selon lui, de nombreux joueurs préfèrent aujourd’hui s’orienter vers les tournois FIP plutôt que disputer les qualifications de Premier Padel.

« Le système de points est le problème. Un joueur préfère aller jouer un FIP Silver au Portugal plutôt que les qualifications d’un Premier Padel en Afrique du Sud, parce qu’il peut y gagner davantage de points tout en dépensant beaucoup moins. »

Le joueur espagnol rappelle même une étude qui illustre, selon lui, cette incohérence.

« Il existe une étude montrant qu’un joueur qui gagnerait uniquement des tournois FIP pendant une saison terminerait autour de la 40e place mondiale. Cela montre bien qu’il y a un problème. »

Un classement qui ne reflète plus toujours la réalité

Marc Quílez ne reproche pas aux joueurs de privilégier le circuit FIP. Il estime au contraire que le système les y encourage.

Pour lui, l’objectif naturel d’un professionnel devrait être de se mesurer aux meilleurs sur le circuit Premier Padel.

« L’ambition d’un joueur devrait être de disputer le circuit professionnel et de se mesurer aux meilleurs du monde. Si un autre circuit offre plus de points avec des coûts moins élevés, pourquoi choisir Premier Padel ? »

À ses yeux, cette situation finit également par fausser la hiérarchie mondiale, certains joueurs accumulant davantage de points sur le circuit FIP que d’autres engagés sur Premier Padel.

Premier Padel reste la référence

Malgré ces critiques, Quílez continue de privilégier Premier Padel.

Il estime que les conditions d’organisation y sont largement supérieures à celles rencontrées sur certains tournois FIP.

« Je préfère être serein en sachant que, lorsque je joue un tournoi Premier Padel, les conditions seront bonnes et que le niveau des joueurs professionnels sera mis en valeur. »

À l’inverse, il juge que certains tournois FIP se disputent dans des conditions qui « laissent à désirer ».

Des coûts toujours plus difficiles à absorber

Au-delà du classement, le joueur espagnol s’inquiète également de la viabilité économique du circuit.

Selon lui, les organisateurs peinent encore à rentabiliser leurs événements, tandis que les joueurs doivent faire face à des déplacements toujours plus nombreux et plus lointains.

« Aujourd’hui, les promoteurs ne sont pas rentables. Nous devrions tous réfléchir à la manière de rendre les tournois économiquement viables. »

Il estime même que la situation des joueurs classés autour de la 100e place mondiale est plus compliquée qu’elle ne l’était il y a trois ans.

« Nous voyageons davantage, vers des destinations plus éloignées, et de moins en moins de joueurs peuvent assumer ces dépenses. »

Un manque de dialogue qui inquiète

Alors que Premier Padel prévoit une révision de son système de points à partir de 2027, Quílez espère que ces changements permettront de rééquilibrer la situation.

Mais il considère que le principal obstacle reste ailleurs.

« Nous avons un problème. D’abord parce que les joueurs sont incapables de se mettre d’accord entre eux. Ensuite parce que la relation entre le circuit et les joueurs est pratiquement inexistante. »

Le Catalan conclut avec lucidité sur les difficultés du vestiaire.

« Chacun défend ses propres intérêts. Nous sommes très individualistes, et cela rend les choses compliquées. »

Maceo ZERHAT

Maceo Zerhat découvre le padel en 2020 à Savigny-sur-Clairis en Bourgogne. Il participe à l’expansion du club en apportant son énergie et sa curiosité. Sur Padel Magazine, il transmet sa « Padelmania » en rebondissant avec adresse sur toute l’actualité de votre sport préféré !