Ils ont terminé Lyon par un 6/1. Trois jours plus tard, il faudra déjà repartir.

Dimanche, Javi Leal et Fran Guerrero ont remporté le FIP Platinum Lyon en renversant Franco Stupaczuk et Jon Sanz, 4/6 6/4 6/1. Une victoire construite au terme d’un week-end particulièrement dense puisque les Espagnols avaient déjà dû batailler trois sets en demi-finale contre Momo González et Lucas Campagnolo, 7/5 2/6 6/4.

Mercredi, ils seront pourtant de nouveau sur la piste au Rotterdam P2 face à Enrique Goenaga et Guillermo Collado. Contrairement aux quatre premières têtes de série, exemptées du premier tour dans un tableau de 28 paires, Leal et Guerrero devront immédiatement remettre la machine en route.

La question n’est donc pas nécessairement de savoir s’ils sont fatigués, rien ne permet de l’affirmer mais plutôt comment gérer une transition aussi courte entre une semaine victorieuse et un nouveau tournoi Premier Padel.

Lyon a montré leur meilleur visage

Le troisième set de la finale lyonnaise est probablement ce que Leal et Guerrero voudront conserver.

Face à Stupaczuk et Sanz, les Espagnols ont progressivement pris le contrôle de la rencontre avant de terminer sur un 6/1. Ce dernier set a montré une paire capable d’augmenter fortement son niveau d’intensité sans désorganiser son jeu.

Leal a retrouvé ce qui rend son padel particulièrement difficile à contenir lorsqu’il est en confiance : beaucoup d’engagement vers l’avant, une volonté permanente de prendre de la hauteur et cette capacité à transformer une balle légèrement courte en situation offensive.

À ses côtés, Guerrero apporte une structure différente. Plus posé dans la construction, capable d’occuper énormément de terrain et de permettre à Leal de jouer avec davantage de liberté, il équilibre une paire dont le potentiel repose justement sur cette complémentarité.

À Lyon, lorsque les deux ont réussi à installer cette organisation simultanément, le niveau est rapidement monté.

Mais reproduire cette intensité mercredi suppose déjà de répondre à une première question : faut-il repartir exactement de la même manière ?

L’élan compétitif peut aussi être un avantage

L’enchaînement n’est pas uniquement une contrainte.

Leal et Guerrero arrivent à Rotterdam avec des automatismes parfaitement installés. Ils sortent de plusieurs matchs à enjeu, viennent de gagner un titre et ont terminé leur finale en produisant probablement leur meilleur padel du week-end.

Dans ces conditions, il peut être tentant de chercher à conserver exactement le même rythme : entrer très fort, avancer au filet et maintenir la pression aérienne qui a fait la différence à Lyon.

Il existe également un avantage difficile à mesurer mais bien réel dans le sport de haut niveau : ne pas avoir besoin de reconstruire une dynamique compétitive.

Goenaga et Collado arrivent sur un premier tour de Premier Padel. Leal et Guerrero arrivent, eux, avec plusieurs matchs de haute intensité encore extrêmement récents.

La difficulté sera de profiter de cette continuité sans transformer chaque échange en nouveau combat physique.

Le véritable enjeu : choisir ses accélérations

C’est probablement là que se situe la gestion la plus intéressante.

Le padel de Leal réclame beaucoup. Son efficacité vient notamment de son explosivité, de ses sorties vers l’avant et du volume de frappes aériennes qu’il est capable de produire.

Mais sur une semaine qui pourrait durer jusqu’au dimanche suivant, toutes les séquences ne nécessitent pas forcément le même niveau d’engagement.

Leal–Guerrero peuvent-ils gagner certains échanges en étant plus économes ? Peuvent-ils davantage installer le point avant de solliciter le smash de Leal ?

Et Guerrero peut-il prendre encore davantage de responsabilités dans la gestion du rythme afin d’éviter que chaque jeu ne se transforme en succession d’accélérations ?

Il ne s’agit évidemment pas de jouer moins intensément. Il s’agit plutôt de savoir quand l’intensité maximale est réellement nécessaire.

C’est souvent ce qui distingue une paire capable de produire un grand match d’une paire capable d’en produire quatre ou cinq consécutivement.

Pretoria avait déjà posé cette question

Cette situation rappelle aussi un autre moment important de leur saison.

À Pretoria, début août, Leal et Guerrero avaient réalisé l’une de leurs plus grosses performances de l’année en éliminant Coello et Tapia 7/5 7/5 en demi-finale, mettant fin à une série de 27 finales consécutives des numéros 1.

Le lendemain, ils avaient encore poussé Galán et Chingotto jusqu’au bout.

Après avoir perdu le premier set 6/2, ils avaient arraché le deuxième 7/5 puis obtenu une balle de titre dans le troisième set avant de finalement s’incliner au tie-break.

La déception était forcément immense sur le plan sportif : quelques semaines auparavant, ils avaient été à un point de convertir l’une des plus belles semaines de leur carrière en titre Premier Padel.

Lyon apporte donc une information supplémentaire.

Leur progression ne repose plus uniquement sur une performance spectaculaire isolée contre les meilleures paires. Ils viennent désormais de transformer une nouvelle grosse semaine en titre.

Après Pretoria, ils étaient repartis avec la sensation d’être passés tout près.

Après Lyon, ils arrivent à Rotterdam avec un trophée.

Goenaga / Collado, un premier tour à ne pas considérer comme une transition

Le piège serait précisément de regarder trop vite vers la suite du tableau.

Le premier obstacle sera la paire formée par Enrique Goenaga et Guillermo Collado, alors que Leal–Guerrero apparaissent comme tête de série numéro 7. Le tableau officiel place ensuite leur portion de tableau dans le quart de Coello et Tapia.

Ce premier tour peut donc servir de révélateur. Pas forcément sur leur niveau maximal, que l’on connaît désormais, mais sur leur capacité à revenir immédiatement dans un nouveau tournoi.

Après une semaine comme Lyon, le premier défi est souvent moins spectaculaire : retrouver rapidement les distances, accepter de reconstruire un match et ne pas vouloir immédiatement retrouver les sensations du 6/1 qui a conclu la finale précédente.

Et derrière, Coello / Tapia ?

Si la logique du tableau est respectée, un éventuel quart de finale pourrait proposer un nouvel affrontement contre Arturo Coello et Agustín Tapia.

Le souvenir de Pretoria serait alors forcément présent. Leal–Guerrero avaient réussi ce jour-là à battre les numéros 1 en deux sets, avant que Coello et Tapia ne prennent leur revanche quelques semaines plus tard au Paris Major, 6/2 7/5.

Mais avant d’envisager ce test, Leal et Guerrero devront d’abord montrer qu’ils peuvent passer d’une logique de tournoi à une autre en seulement quelques jours.

De la frustration de Pretoria au titre de Lyon

C’est peut-être finalement le fil conducteur le plus intéressant de leur saison. À Pretoria, ils avaient battu les numéros 1, atteint une finale Premier Padel et obtenu une balle de titre. Ils étaient repartis sans trophée.

À Lyon, ils ont cette fois terminé le travail. Et ils l’ont fait en traversant une demi-finale en trois sets puis une finale en trois manches, avant d’écraser le dernier set 6/1.

Rotterdam va désormais poser une question différente, pas celle de leur plafond, Leal et Guerrero ont déjà montré qu’ils pouvaient battre presque tout le monde.

Mais celle de leur capacité à enchaîner les performances sans avoir besoin de repartir de zéro à chaque tournoi.

Mercredi, face à Goenaga et Collado, le défi sera donc presque paradoxal : conserver tout ce que Lyon leur a donné en confiance et en automatisme, sans forcément reproduire immédiatement toute la dépense physique qui a été nécessaire pour gagner le titre.

Parce qu’après avoir appris à produire des pics de très haut niveau, la prochaine étape pour Leal et Guerrero pourrait bien être d’apprendre à les inscrire dans la durée.

Antoine Tricolet

J’ai découvert le Padel en Espagne par hasard dans un camping. Le virus a pris immédiatement, passionné de padel, je suis l’actualité internationale et régionale en vibrant tout autant que ce sport.