Fran Guerrero et Javi Leal ont remporté dimanche le FIP Platinum de Lyon en renversant Franco Stupaczuk et Jon Sanz. Après avoir cédé la première manche, les Espagnols ont progressivement pris le contrôle de la finale pour s’imposer 4/6 6/4 6/1 et décrocher leur deuxième Platinum de la saison après Marseille.

Mais au-delà du titre, cette finale a surtout mis en lumière une différence importante entre les deux paires : la capacité à trouver un niveau de jeu stable lorsque le match s’installe.

Guerrero, le métronome de la diagonale

Fran Guerrero a probablement livré l’une des prestations les plus abouties de sa semaine lyonnaise. En effet un autre élément a particulièrement pesé dans la diagonale : la qualité des déplacements et des transitions de Guerrero. Très juste dans ses replacements, il a constamment cherché à avancer après sa première volée pour fermer l’espace à Sanz, sans se précipiter. Sa volée de revers, souvent jouée compacte et basse, a beaucoup gêné le gaucher espagnol en l’empêchant de s’installer confortablement dans l’échange. Guerrero ne cherchait pas forcément le point gagnant sur cette première volée : il s’en servait pour prendre progressivement le filet, réduire les angles de Sanz et l’obliger à jouer une balle supplémentaire dans des positions de plus en plus inconfortables.

Javi Leal, plus en retrait au début de la rencontre, est lui aussi progressivement monté en puissance. Et c’est probablement là que leur victoire se construit : Guerrero et Leal ont élevé leur niveau sans avoir besoin de jouer constamment au-dessus de leur zone de confort.

À mesure que le match avançait, leur niveau moyen augmentait. Chez leurs adversaires, la courbe a suivi le chemin inverse.

Jon Sanz, du coup exceptionnel à la faute évitable

Le cas de Jon Sanz est presque paradoxal.

Il peut produire, sur un même jeu, un smash gagnant phénoménal, défendre une balle presque impossible ou accélérer avec une violence qui change immédiatement l’échange. Puis, quelques points plus tard, commettre une faute beaucoup plus difficile à expliquer : retour de service manqué, balle précipitée, choix trop rapide dans une situation qui ne l’imposait pas.

C’est précisément ce qui s’est produit au fil de cette finale. Les retours manqués et les fautes directes de Sanz se sont multipliés à mesure que Guerrero gagnait du terrain dans leur diagonale.

Le problème n’est donc évidemment pas le plafond de Jon Sanz. Son plafond est extrêmement élevé.

C’est son plancher.

À son meilleur niveau, il peut faire basculer un match contre pratiquement n’importe quelle paire. Mais entre ses séquences très fortes apparaissent encore trop régulièrement des passages où plusieurs points évitables s’accumulent.

Et contre une paire comme Guerrero–Leal, ces passages finissent par coûter cher.

Le même problème pour Stupaczuk–Sanz ?

La réflexion dépasse d’ailleurs le seul cas de Sanz.

Stupaczuk et Sanz ont montré depuis le début de leur association qu’ils pouvaient atteindre un niveau extrêmement élevé. Ils avaient déjà remporté ensemble le FIP Gold de Belgrade et arrivaient à Lyon comme tête de série numéro 1.

Mais leur jeu semble encore fonctionner par pics.

Il existe des moments où Stupa prend énormément de terrain, où Sanz devient injouable dans les airs et où la paire impose une intensité difficile à contenir. Puis viennent des séquences beaucoup moins propres, avec davantage de précipitation et des fautes qui rendent à l’adversaire les points gagnés quelques minutes auparavant.

C’est peut-être aujourd’hui leur principal chantier : trouver un rythme de croisière.

Pas nécessairement jouer plus fort. Au contraire.

Il s’agit parfois de savoir accepter une séquence à 7/10 plutôt que d’osciller en permanence entre du 10/10 et du 4/10.

Savoir gagner sans être exceptionnel

C’est justement ce qu’ont mieux fait Guerrero et Leal à Lyon.

Ils n’ont pas dominé la finale de bout en bout. Stupa et Sanz avaient même pris la première manche et semblaient alors avoir pris le contrôle du match. Mais Guerrero et Leal n’ont pas cherché à répondre immédiatement par davantage de vitesse ou davantage de risques.

Ils ont progressivement nettoyé leur jeu.

Guerrero a tenu sa diagonale. Leal est entré davantage dans le match. Les fautes adverses ont commencé à apparaître. Et la dynamique s’est totalement inversée.

Le troisième set en est l’illustration : une paire continue à jouer dans la même direction tandis que l’autre ne parvient plus à retrouver durablement son meilleur niveau.

Pour Stupaczuk et Sanz, le potentiel n’est pas vraiment la question. Ils ont déjà montré qu’ils pouvaient produire un padel capable de rivaliser avec les meilleures paires.

La prochaine étape est peut-être plus difficile : apprendre à gagner les périodes où ils ne jouent pas leur meilleur padel.

À Lyon, Guerrero et Leal l’ont fait. Et c’est probablement là que cette finale s’est jouée.

Antoine Tricolet

J’ai découvert le Padel en Espagne par hasard dans un camping. Le virus a pris immédiatement, passionné de padel, je suis l’actualité internationale et régionale en vibrant tout autant que ce sport.