Éliminées en qualifications, rentrées chez elles, rappelées en urgence, sans hôtel et même sans savoir si elles allaient réellement pouvoir jouer : Vici Kurz et Anna Ortiz vivent une histoire complètement folle au Paris Major. Repêchées comme lucky losers après le forfait de Tamara Icardo / Claudia Jensen, elles ont profité d’un bye avant de battre Camila Ramme / Brittany Dubins 6/3 6/0. Les voilà en huitièmes de finale à Roland-Garros. Elles racontent cette aventure improbable au micro de Padel Magazine.
Lorsque Vici Kurz et Anna Ortiz s’inclinent au dernier tour des qualifications, leur Paris Major semble terminé.
Les deux joueuses quittent Paris et commencent déjà à penser à la suite de leur programme. Mais le forfait de Tamara Icardo / Claudia Jensen va complètement bouleverser leurs plans.
Et surtout provoquer une journée assez invraisemblable.
« On essayait de jouer les agents du FBI »
Vici Kurz raconte avoir quitté Paris le matin même et être rentrée chez elle vers 14 heures lorsqu’elle commence à recevoir des messages concernant la situation de Tamara Icardo.
À ce moment-là, rien n’est encore certain.
« Beaucoup de personnes nous envoyaient des messages pour nous dire que Tamara était blessée et qu’elles ne savaient pas ce qui allait se passer. J’ai appelé Anna et je lui ai dit : “Qu’est-ce qu’on fait ?” On essayait un peu de jouer les agents du FBI pour comprendre ce qui allait arriver. »
Une décision doit pourtant être prise rapidement.
Si une place se libère, Kurz et Ortiz peuvent être repêchées dans le tableau principal. Mais pour cela, encore faut-il être à Paris.
« Nous savions qu’elle était blessée, mais nous ne savions pas si elle allait jouer. Il fallait donc prendre le risque de revenir. Pour moi, c’était cinq heures de trajet. Anna a heureusement pu prendre un avion dans la soirée. »
Les deux joueuses reviennent donc vers la capitale.
Sans même savoir si le voyage servira à quelque chose.
Arrivées à 1 heure du matin… sans hôtel
Le retour est improvisé jusqu’au bout.
« Nous sommes arrivées vers une heure du matin. Nous n’avions même pas d’hôtel lorsque nous avons décidé de revenir. »
Et au réveil, toujours aucune certitude.
Kurz et Ortiz se présentent à Roland-Garros sans savoir si elles feront réellement partie du tableau.
« Ce matin, nous sommes venues ici sans savoir si nous allions jouer. C’est seulement vers 12h30 que nous avons appris que nous allions finalement entrer dans le tableau. C’était complètement fou. »
Une autre destination était d’ailleurs déjà prévue : les deux joueuses devaient partir aux Pays-Bas pour disputer un FIP Silver si la porte parisienne ne s’ouvrait pas.
Finalement, pas besoin de repartir.
« On avait deux possibilités : pleurer ou rire »
Cette incertitude aurait pu être difficile à gérer. Les deux joueuses choisissent plutôt d’en rire.
Vici Kurz résume parfaitement l’état d’esprit de la paire :
« Quand Anna est arrivée hier soir, je pense qu’on avait deux possibilités : pleurer ou rire. On a beaucoup ri. »
Et pour l’Allemande, leur relation en dehors de la piste a joué un rôle important dans cette aventure.
« Je suis heureuse qu’on ait vécu ça ensemble. Si tu n’as pas de bonnes ondes avec ta partenaire, ce genre de voyage serait impossible. »
Quelques heures plus tard, ce mélange de décontraction et d’envie va se retrouver sur la piste.
Un bye, puis une démonstration
Le scénario sportif est tout aussi particulier.
En récupérant la place laissée vacante dans cette partie du tableau, Kurz / Ortiz bénéficient d’un bye au premier tour.
Elles affrontent ensuite Camila Ramme Coellar / Brittany Dubins, issues des qualifications et tombeuses au tour précédent d’Ivet Val López / Louise Bahurel.
Cette fois, Kurz et Ortiz ne laissent aucune place au doute : 6/3 6/0.
Une victoire qui les envoie directement en huitièmes de finale du Paris Major.
Anna Ortiz explique cette performance par l’état d’esprit avec lequel elles sont entrées sur la piste.
« Nous sommes simplement entrées en nous disant que c’était une opportunité et que tout ce qui pouvait arriver serait positif. Je pense que la rage de vaincre et la lutte que nous avons montrées aujourd’hui nous ont amenées jusque-là. »
Et elle rejoint sa partenaire sur un élément essentiel :
« Jouer avec une amie, ça se ressent énormément. Je pense que le plus beau dans tout ça, c’est aussi avec qui tu le partages et les personnes que tu as autour de toi. »
Kurz : « Je ne pense pas que ce soit totalement juste »
Mais Vici Kurz ne se cache pas derrière leur réussite.
Interrogée sur cette situation très particulière créée par le format du tableau et le statut de lucky loser, l’Allemande reconnaît volontiers qu’elles ont bénéficié de circonstances extrêmement favorables.
« Nous avons été extrêmement chanceuses. Bien sûr, nous devions saisir cette opportunité, mais je ne pense pas que ce soit quelque chose de totalement juste. »
Une déclaration d’autant plus intéressante qu’elle vient directement de l’une des principales bénéficiaires du système.
Kurz va même plus loin en évoquant le fonctionnement général des tableaux et les avantages accordés aux meilleures têtes de série :
« Pour moi, tout le monde devrait commencer depuis le début et devoir montrer sur la piste son chemin pour gagner le tournoi. »
Mais elle ne cherche évidemment pas à minimiser ce qu’elles viennent d’accomplir.
« Pour nous, aujourd’hui, ça a fonctionné. Et nous sommes extrêmement chanceuses. »
La victoire change aussi tout pour les points
Leur succès face à Ramme / Dubins possède également une importance particulière.
Kurz explique qu’en raison de leur situation de lucky losers et du bye dont elles ont bénéficié, une défaite lors de leur premier match ne leur aurait pas permis de bénéficier de tous les points normalement associés au tour atteint.
Mais en gagnant, la situation change :
« Maintenant que nous avons gagné, nous sommes normalement dans le tableau. Nous sommes en huitièmes, donc nous aurons les points et le prize money correspondant aux huitièmes. »
La chance leur a donc permis de revenir dans le tournoi.
La victoire leur a permis de transformer cette chance en véritable résultat sportif.
Même leur banc a dû être improvisé
L’histoire est tellement inattendue que même l’organisation de leur équipe a dû être reconstruite en urgence.
Après leur élimination en qualifications, leur coach Sara était elle aussi repartie.
« Comme nous avions perdu et étions rentrées, Sara était également repartie chez elle. Tout est arrivé tellement vite que nous n’avons même pas eu le temps de lui demander de revenir avec nous », raconte Ortiz.
Les deux joueuses ont donc cherché une solution pour leur banc.
Ángel, entraîneur de Vici Kurz, a finalement pu les accompagner, tandis que d’autres membres de leur entourage avaient déjà des engagements.
Kurz raconte même qu’elles ont demandé de l’aide à Cristian, entraîneur d’un ami, au cas où aucune autre solution ne serait possible.
Une solidarité qui l’a particulièrement marquée :
« Je pense que c’est aussi ce qui définit le padel : nous sommes une famille et tout le monde tend la main pour aider les autres. J’en suis très reconnaissante. »
Des « lucky losers » devenues « lucky winners »
En l’espace de quelques heures, Vici Kurz et Anna Ortiz sont donc passées de l’élimination à un huitième de finale d’un Major.
Elles sont rentrées chez elles. Elles ont enquêté sur leur téléphone pour savoir si une place pouvait se libérer. Elles ont repris la route et l’avion. Elles sont revenues sans hôtel. Elles se sont présentées à Roland-Garros sans savoir si elles joueraient. Elles ont appris leur repêchage quelques heures avant leur rencontre.
Puis elles ont gagné 6/3 6/0.
Au prochain tour, le défi sera autrement plus relevé face à la tête de série 13, Carolina Orsi / Patricia Llaguno.
Mais après une aventure pareille, le terme de « lucky losers » paraît presque dépassé.
À Paris, Vici Kurz et Anna Ortiz sont pour l’instant les « lucky winners » de Roland-Garros.
Directeur & Coach de son Académie haut-niveau à Barcelone : Alexandre partage la vie des circuits FIP & Premier Padel !
































































































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