Présent au Set Padel de Narbonne pour accompagner sa joueuse Laura Buteau et leur partenaire en FIP Luisa Roque de Pinho, le coach Alexandre Prévert a accordé un long entretien sans détour à Padel Magazine.
À la fois technique, émotionnel et politique, Alexandre revient sur l’état d’esprit de son duo, les difficultés mentales dans le haut niveau, les limites structurelles du circuit FIP et la réalité économique des joueuses hors du top 100 mondial.
Un match retour attendu après une “branlée”
Après une victoire sans appel au premier tour, Alexandre évoque l’état d’esprit de son équipe quelques minutes avant d’affronter en 1/8ème de finale une paire espagnole du top 70.
“On joue contre Nuria Vivancos / Xenia Clasca Vidiella (ESP), têtes de série 5. Il y a deux semaines, on avait pris 6/0 6/1. J’ai trouvé que tout avait été mal préparé : l’attitude, la gestion, le match en lui-même, y compris de ma part.”
Ce jour-là, il avait mis les choses à plat avec Laura et Luisa, en posant une exigence claire : ne plus voyager pour subir, mais pour performer.
“J’ai dit aux filles : on ne va pas passer l’année à voyager ensemble pour prendre des branlées dès qu’il y a une tête de série en face. Ce n’est pas le niveau qui me gêne, c’est de ne pas se donner les moyens de mieux faire.”
Alexandre Prévert revient sur le debrief tendu à l’échauffement, juste avant l’entrée en compétition.
“On a fait un set d’entraînement, avec Lucile Pothier et Louise Bahurel, qui nous ont prêté la piste à la dernière minute. C’est toujours agréable de sentir cette solidarité entre Français. Mais j’ai vu des comportements qui ne me plaisaient pas de notre côté. Mes filles jouent bien, mais dès que ça rate, ça râle. On ne construit pas sur ce qui fonctionne. Il n’y a pas d’énergie, pas de sourire, pas d’encouragements.”
Il insiste : ce n’est pas une question de niveau.
“Ce n’est pas la qualité de padel qui m’inquiète. Je sais ce qu’elles savent faire, je les ai vues performer contre des top 40 à Valladolid (P2). Elles sont géniales. Ce que je veux voir, c’est si on est capables de jouer chaque match de haut-niveau pour le gagner. Aujourd’hui, je n’en suis pas sûr. Et je m’inclus là-dedans.”
Prévert poursuit en expliquant que l’enjeu n’est pas forcément de gagner, mais d’avoir une intention claire.
“On peut perdre, mais si on perd après avoir tout donné, après avoir montré de la grinta, de la concentration, de l’intensité, alors on aura avancé. Ce qui m’est insupportable, c’est de voyager autant, de s’investir autant pour ne rien produire de consistant sur la piste.”
Une exigence de cohérence
L’échange avec les joueuses a été franc. Prévert a demandé un changement immédiat de posture.
“Ce que je veux dans ce match, ce n’est pas que tout fonctionne, mais que chaque point positif fasse du bruit. Je veux que ça gueule, que ça se célèbre, que ça prenne de la place. Et tout ce qui est raté, on passe à autre chose. On est dans un cycle de progression, pas dans un tribunal.”
Il souligne la nécessité de se responsabiliser, surtout lorsqu’on veut exister dans le haut niveau.
“On ne peut pas se permettre d’avoir des phases à moitié. Tu ne peux pas faire trois points motivée, puis deux jeux où tu défiles. Ce n’est pas acceptable quand tu es une professionnelle du padel. Et Laura comme Louisa le sont. Moi aussi. On doit se comporter comme une équipe sérieuse et ambitieuse qui veut progresser.”
(ndlr. Laura Buteau / Luisa Roque De Pinho finiront à 1/6 2/6 dans un meilleur match toujours insuffisant, avec cinq balles de jeux différentes contre une seule il y a deux semaines ; Xenia & Nuria poursuivront aujourd’hui avec une victoire nette 6/2 6/3 contre les top 30 Sharifova & Rodriguez)
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.
































































































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