Le padel professionnel séduit de plus en plus de spectateurs, remplit les tribunes et s’impose progressivement sur les chaînes de télévision. Pourtant, le sport n’a pas encore atteint sa pleine maturité médiatique. Pour Nicolas Fauré, directeur de HEAD France, Espagne et Portugal, la marge de progression reste immense, aussi bien dans la mise en scène des compétitions que dans la valorisation des joueurs.

Présent au FIP Promises Paris by WME, il évoque également l’arrivée du pickleball en Europe, la multiplication des tournois et l’avenir du circuit professionnel.

« Oui, le padel est un sport télégénique »

La question revient régulièrement : le padel peut-il devenir un véritable produit télévisuel capable de séduire un large public, au-delà des pratiquants ?

Pour Nicolas Fauré, la réponse est sans hésitation positive.

« Oui, je pense que c’est un sport télégénique. Il suffit de regarder la fréquentation des tournois Premier Padel. Il y a de plus en plus de monde dans les tribunes et le produit évolue énormément. »

Selon lui, le circuit professionnel a déjà profondément changé en quelques années.

« Nous avons fait évoluer les pistes, les balles, la mise en scène des tournois. Ce n’est déjà plus du tout le même spectacle qu’à l’époque des premières saisons du World Padel Tour. »

Donner davantage de place au coaching et à la tactique

Si le spectacle progresse, Nicolas Fauré estime que certains aspects restent encore sous-exploités.

Le coaching, désormais audible lors des changements de côté sur plusieurs compétitions, constitue selon lui une excellente évolution.

Mais il imagine aller encore plus loin.

« Il y a un énorme travail à faire sur la dimension tactique, la visualisation du jeu, la digitalisation ou encore les stratégies utilisées par les meilleurs joueurs. Les amateurs veulent comprendre ce qui fait la différence au plus haut niveau. »

Autrement dit, raconter davantage le jeu, plutôt que simplement le montrer.

Construire les héros du padel

Certains observateurs pointent également une certaine répétition des affiches au sommet du circuit, avec des finales souvent disputées entre les mêmes paires.

Là encore, Nicolas Fauré relativise.

« C’est justement comme cela que l’on construit des héros. Toutes les grandes disciplines ont connu ces grandes rivalités. Le padel professionnel n’a réellement que sept ou huit ans d’existence. »

Pour lui, il est encore trop tôt pour comparer le padel à des sports installés depuis plus d’un siècle comme le tennis.

Pickleball : HEAD est déjà prêt

Autre sujet incontournable : le développement du pickleball.

Très implanté aux États-Unis, où il rassemble plus de 23 millions de pratiquants, ce sport reste encore discret en Europe.

HEAD a pourtant anticipé cette évolution.

« Nous avons créé une cellule de développement pickleball à Miami il y a déjà trois ans. Les produits existent, nous sommes prêts si le marché accélère. »

Pour autant, Nicolas Fauré ne voit pas le pickleball concurrencer directement le padel sur le Vieux Continent.

« Aujourd’hui, c’est plutôt le padel qui freine son développement en Europe. Nous observons une progression, mais rien de comparable avec celle du padel. »

Trop de tournois ? « Au contraire »

L’explosion du nombre de compétitions, aussi bien sur le circuit Premier Padel que sur le FIP Tour ou les compétitions nationales, alimente régulièrement les débats.

Pour Nicolas Fauré, cette abondance constitue au contraire un signe de bonne santé.

« On me posait déjà cette question à l’époque du World Padel Tour. Plus il y a de compétitions, plus il y a d’opportunités pour créer des joueurs. À long terme, c’est bénéfique pour le développement du sport. »

Selon lui, les difficultés ponctuelles de remplissage observées durant certaines périodes de l’année, notamment pendant l’été ou lors des épisodes de canicule, ne remettent pas en cause cette dynamique de fond.

L’Espagne mérite un Major

Dernier sujet abordé : l’absence d’un tournoi Major Premier Padel en Espagne.

Pour Nicolas Fauré, le pays qui a largement contribué à faire grandir le padel mondial devrait naturellement accueillir une telle épreuve.

« Je considère que c’est anormal que l’Espagne n’ait pas un Major. C’est le berceau du padel. Aujourd’hui, c’est surtout une question d’investissement et de promoteurs. »

En attendant, il salue le travail réalisé sur plusieurs grands événements internationaux, notamment à Bordeaux.

« Nous sommes très fiers d’être partenaires du Premier Padel de Bordeaux. Les activations réalisées autour du tournoi montrent que le padel continue de franchir des étapes dans sa professionnalisation. »

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.