Quelques minutes après leur énorme victoire face à Juanlu Esbrí / Sanyo Gutiérrez, Thomas Leygue et Jesús Moya se sont confiés ensemble au micro de Padel Magazine. Une interview qui raconte surtout l’histoire de leur paire : un projet interrompu par les blessures, deux parcours de reconstruction, puis des retrouvailles qui prennent aujourd’hui une toute autre dimension à Roland-Garros.

Car derrière cette qualification en huitièmes de finale du Paris Major, il y a une histoire commune qui ne date pas d’hier.

« On savait qu’un jour, on reviendrait ensemble »

Avant la blessure de Thomas Leygue, les deux joueurs avaient déjà partagé la piste.

Et pour le Français, l’association fonctionnait déjà très bien.

« Quand je me suis blessé, j’étais avec Jesús et on jouait à un niveau très élevé. On était une très bonne équipe. »

La blessure a évidemment tout stoppé. Mais dans leur esprit, la porte n’a jamais vraiment été fermée.

« La blessure nous a arrêtés, mais on savait qu’un jour, on reviendrait ensemble et qu’on allait bien le faire. »

Une phrase qui prend forcément du poids aujourd’hui.

Après des mois de reconstruction chacun de leur côté, Leygue et Moya ont finalement retrouvé leur association, et les résultats leur donnent raison. Leur parcours au Paris Major est déjà exceptionnel, avec quatre victoires depuis les qualifications et désormais un huitième de finale.

Une vraie relation au-delà de la piste

Jesús Moya insiste lui aussi sur la facilité avec laquelle fonctionne cette paire.

« Thomas et moi, nous sommes une très bonne équipe en dehors de la piste et sur la piste. »

Les deux joueurs se connaissent bien, leurs entourages communiquent facilement et cela se ressent aussi dans leur manière de jouer.

Moya évoque un style assez similaire, très agressif, mais surtout une relation construite sur la confiance.

Contrairement à de nombreuses paires du circuit, les deux hommes ne semblent pas vouloir fonctionner dans l’urgence.

« On n’aime pas changer de partenaire, surtout si on se sent bien. »

Et même lorsque les résultats sont moins bons, leur philosophie reste la même.

« Même si un tournoi peut être mauvais, on va continuer. Il faut travailler. »

Dans un circuit où les changements de partenaires sont devenus presque permanents, Leygue et Moya affichent donc une logique différente : construire, corriger, travailler et laisser du temps au projet.

Deux joueurs marqués par les blessures

Il y a aussi un élément qui rapproche particulièrement les deux hommes : leur parcours physique.

Thomas Leygue revient d’une rupture du tendon d’Achille, une blessure qui a complètement interrompu sa progression et l’a éloigné du circuit pendant de longs mois.

Moya connaît lui aussi très bien ce type d’épreuve, après avoir été touché au pectoral.

Pour l’Espagnol, traverser ce genre de période change forcément un joueur.

« Les blessures te font beaucoup réfléchir. Tu as beaucoup de temps pour penser et travailler sur les aspects mentaux. »

Même lorsqu’il n’est pas possible de travailler normalement sur la piste, il reste des choses à développer.

Et surtout, jouer ensuite avec quelqu’un qui a vécu une expérience similaire crée forcément une compréhension particulière.

Moya le résume en parlant du retour de Leygue après sa blessure :

« Sortir de ça, c’est très difficile. Et tu y arrives, tu le fais, parce que tu es très fort. »

Deux blessures différentes, deux longues périodes loin du niveau qu’ils souhaitaient atteindre, mais une même volonté de revenir.

Un projet qu’ils veulent inscrire dans la durée

Le message est également clair lorsqu’il est question de la suite.

Moya ne présente pas cette association comme un simple projet de quelques tournois.

« Je veux continuer longtemps. C’est l’idée. »

Une volonté qui colle parfaitement à leur façon d’aborder leur relation sportive.

Les deux joueurs veulent travailler ensemble, accepter les mauvaises semaines et chercher à progresser plutôt que de remettre constamment le projet en question.

Et forcément, une semaine comme celle qu’ils vivent à Paris ne peut que renforcer cette conviction.

Une stratégie claire face à Esbrí / Sanyo

Leur victoire face à Esbrí / Gutiérrez 6/2 4/6 7/5 a également montré leur capacité à préparer précisément un match.

Avec leur entraîneur Mati Diaz, Leygue et Moya avaient identifié certaines zones à exploiter.

« On peut analyser les joueurs, mais chaque match est différent et parfois c’est plus mental que tactique. »

L’idée était notamment de jouer davantage vers Juanlu Esbrí, en tenant compte de l’expérience énorme de Sanyo Gutiérrez.

Moya explique aussi avoir cherché certaines trajectoires pour empêcher Esbrí d’attaquer facilement, notamment sur une piste plus lente.

Le plan a parfaitement fonctionné dans le premier set, remporté 6/2, avec un Esbrí en grande difficulté et un Sanyo de plus en plus frustré.

Même lorsque la tête de série 13 a réussi à inverser la dynamique dans la deuxième manche, Leygue / Moya ont conservé leur ligne directrice et ont fini par faire la différence au troisième.

Des retrouvailles qui changent tout

Ce Paris Major raconte donc bien plus qu’une simple série de victoires.

Il raconte le retour d’une paire qui avait été stoppée alors qu’elle commençait à trouver son rythme.

Il raconte aussi deux joueurs qui ont dû reconstruire leur corps, leur confiance et leur niveau séparément avant de se retrouver.

Aujourd’hui, Leygue et Moya semblent avoir repris exactement là où leur histoire s’était arrêtée, avec encore plus d’expérience.

Partis des qualifications, ils sont désormais en huitièmes de finale après avoir battu Gala / Jensen, puis Esbrí / Gutiérrez.

Et au-delà des résultats, leur discours montre surtout une chose : cette association n’est pas pensée comme une parenthèse.

Ils voulaient rejouer ensemble. Ils l’ont fait. Et pour l’instant, difficile d’imaginer de meilleures retrouvailles.

Benjamin Dupouy

J’ai découvert le padel directement lors d’un tournoi, et franchement, je n’ai pas trop accroché au début. Mais la deuxième fois, ça a été le coup de foudre, et depuis, je ne rate plus un seul match. Je suis même prêt à rester éveillé jusqu’à 3h du matin pour regarder une finale de Premier Padel !