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La médiatisation du tennis féminin

Dans le tennis l’illustration parfaite de la femme ayant réussi pour son physique et non pour ses performances, même si elle était prometteuse, est la tenniswoman russe Anna Kournikova. Elle aura plus fait parler d’elle par sa plastique avantageuse en quinze ans, que par ses performances sportives.

Même si au début de sa carrière elle accède au demies-finales de Wimbledon en 1997 à seulement 16 ans, et réalise les exploits de battre Martina Hingis et Steffi Graf, elle finit par se blesser au pouce. A partir de là on n’entend plus parler d’elle que pour ses photos de charme, ses campagnes publicitaires et ses apparitions sur les plateaux télé. Anna Kournikova aura réussi à marquer le tennis non pas pour ses performances, puisqu’elle n’a jamais remporté de tournoi majeur, mais par sa capacité à décrocher des contrats publicitaires et à occuper le premier plan dans les médias.

En effet sur les 11 millions de dollars de revenus qu’elle a perçu en 1999 d’après le magazine américain Forbes, moins de 7% de ses revenus provenaient du tennis. Le reste, c’est-à-dire 10,25 millions de dollars, était issu de ses contrats sponsoring qui allaient d’Adidas à la marque de lingerie britannique Berlei. Comme l’analyse le journaliste sportif Yannick Cochennec, « le sport féminin a beaucoup perdu avec Anna Kournikova. Ce qu’il a gagné en visibilité, il l’a cédé en crédibilité (…) La glorification de la beauté est devenue la norme, réduisant la femme à un simple objet de désir pour la population masculine ». Elle a permis au tennis féminin et aux joueuses d’obtenir de plus en plus de sponsors mais cela au détriment de leur considération en tant que sportive.

Grâce à elle l’intérêt pour le tennis féminin et ses joueuses s’accroît mais pas pour les bonnes raisons. De fait les femmes ne sont pas considérées de la même manière que les hommes, c’est-à-dire pour leurs résultats sportifs mais plutôt pour leur plastique et leur beauté. Aujourd’hui l’image de la sportive que promeuvent le plus les médias et les sponsors est celle d’une « mannequin » et non pas celle d’une femme aux gros muscles. L’image de la femme sportive en est réduite à ce niveau-là. Et c’est cette image-là qui attire le public. Malheureusement les sportives les plus méritantes au niveau des résultats ont plus de mal à décrocher des contrats publicitaires, que celles qui disposent d’une plastique avantageuse et qui passent plus de temps à poser nues ou en petites tenues dans les magazines ou dans des campagnes publicitaires que sur les terrains de sport.

D’ailleurs les femmes sportives ayant un physique d’athlète, avec de gros muscles, sont très souvent discréditées avant même que leurs performances soient étudiées. Le journaliste Yannick Cochennec estime que « Kournikova a changé la manière de vendre le circuit féminin de tennis WTA : elle l’a rendu glamour » et

« c’est un peu triste d’en arriver là, surtout que tout le monde s’engage maintenant sur ce terrain ». Le problème est que c’est ce qui attire le public, les performances sportives de ces femmes ne sont apparemment pas suffisantes à susciter l’intérêt des spectateurs et des téléspectateurs. Dans la société actuelle vendre un événement sportif féminin via l’usage d’attributs glamour et sexy est devenu commun, c’est presque devenu une « norme ».

Au-delà de la médiatisation des joueuses il est nécessaire de préciser qu’en France la diffusion télévisuelle du tennis féminin est minime. Mis à part Roland Garros et la Fed Cup qui sont sur des chaînes publiques, il n’y a rien d’autre. Même Beinsports qui possède les droits télévisuels de la majorité des tournois masculins n’en a aucun sur le tennis féminin.

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Nicolas ZEBBAR

Diplômé d'un Master management du sport et passionné de tennis, j'ai réalisé une étude sur le développement du tennis féminin. Pratiquant de ce sport depuis vingt ans et aujourd'hui dirigeant de mon club (TC Morlaàs dans les Pyrénées-Atlantiques), je suis toujours à l'affût de nouvelles idées visant à améliorer l'environnement de pratique des adhérents. Je suis donc ravi de pouvoir partager ce travail.

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